mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2307747 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | FORCINAL |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 2 juin 2023 sous le numéro 2307747, suivie de la production d'un mémoire le 16 juin 2023, Mme C B, représentée par Me Raimbault, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 2023-014 du 30 janvier 2023 par lequel le maire de la commune du Bailleul a fixé le montant annuel de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (I.F.S.E) à 6 000 euros à compter du 1er février 2023 ;
2°) de mettre à la charge de la commune du Bailleul la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite : l'arrêté attaqué porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts en la plaçant dans une situation financière très compliquée face à ses créanciers et ses dépenses courantes en raison de la baisse de plus de 50% de sa rémunération mensuelle ; au mois de janvier 2023, elle a perçu une rémunération mensuelle de 4 713,75 euros qui a diminué à 2 338,55 euros pour le mois suivant ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
* il est une sanction disciplinaire déguisée, une mesure de représailles dès lors que celui-ci intervient suite à une plainte adressée au procureur de la République dénonçant une prise illégale d'intérêt dans le recrutement de la fille du maire, ainsi qu'un harcèlement moral ;
* il est entaché d'une erreur de droit : le maire ne justifie pas qu'elle n'occuperait plus un poste la rendant éligible à l'indemnité prévue pour le groupe de fonctions relatif à la direction d'une collectivité, tel que prévu par la délibération du 24 juin 2019, ni que son expérience professionnelle justifierait qu'il soit ainsi procédé à une telle réduction du montant de son indemnité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2023, la commune du Bailleul, représentée par Me Forcinal, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie : la sincérité des informations fournies par la requérante est sujette à caution ;
- aucun des moyens soulevés par Mme B n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* si la sémantique littérale de l'arrêté querellé peut être qualifiée de malheureuse ou d'inadaptée, en aucun cas elle n'a pu avoir pour effet d'en vicier la légalité puisque le maire se trouvait parfaitement en capacité de réviser le montant de l'indemnité quelques mois après sa dernière fixation ;
* une telle décision n'a pas à être motivée ;
* la réponse au comportement inadmissible de la requérante ne se situe nullement sur le plan financier mais sur le plan tant pénal que disciplinaire.
II. Par une requête enregistrée le 2 juin 2023 sous le numéro 2307746, Mme C B, représentée par Me Raimbault, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 2023-034 du 16 mars 2023 par lequel le maire de la commune du Bailleul a fixé le montant annuel de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (I.F.S.E) à 500 euros à compter du 1er mars 2023 ;
2°) de mettre à la charge du maire de la commune du Bailleul la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient les mêmes moyens que sous le numéro précédent.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2023, la commune de Bailleul, représentée par Me Forcinal, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir les mêmes moyens que sous le numéro précédent.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
- les requêtes enregistrées les 17 mars et 4 mai 2023 sous les numéros 2303897 et 2306375, par lesquelles Mme B demande l'annulation des arrêtés attaqués.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 juin 2023 à 9 heures 30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de Me Raimbault, avocat de Mme B, en sa présence, qui fait valoir que les éléments produits à l'instance s'agissant de la situation financière de l'intéressée démontrent l'urgence qui s'attache à ordonner la suspension de l'exécution des décisions en litige. S'agissant de la légalité, il insiste particulièrement sur l'erreur de droit, dès lors que rien ne justifie la baisse de son indemnité en quelques mois, au regard tant de l'exercice des fonctions que de l'expérience professionnelle de Mme B, et soulève à la barre le moyen tiré de l'erreur de fait.
- et les observations de Me Forcinal, avocat de la commune du Bailleul, qui rappelle que ce type de décision n'a pas à être motivé et met en avant le contexte dans lequel cette affaire s'inscrit, tant du point de vue pénal que disciplinaire.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibérée, présentée pour la requérante, a été enregistrée dans les deux affaires le 19 juin 2023 à 17h03 et a été communiquée.
Mme B fait valoir, qu'en rapportant la diminution de revenus à la rémunération qu'elle percevait à l'époque où elle était rédactrice territoriale, c'est-à-dire avant le 1er juin 2022, l'on constate une diminution de 49 % de ses revenus. Elle a par ailleurs entamé les démarches auprès de la caisse d'allocations familiales en communiquant le jugement de divorce en date du 18 août 2009 entérinant la convention de divorce prévoyant le versement par le père d'une pension alimentaire de 100 € par enfant. Dans l'hypothèse où ce dernier ne serait pas solvable, ce qui est le cas, la caisse d'allocations familiales maintiendra le versement de l'allocation de soutien familial.
L'instruction a été rouverte pour être à nouveau close le 21 juin 2023 à 10h00.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, attachée territoriale, exerce les fonctions de directrice des affaires générales de la commune du Bailleul (Sarthe). Elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution des arrêtés des 30 janvier et 16 mars 2023 par lesquels le maire de la commune a fixé à la baisse le montant de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2307747 et 2307746 concernent la situation de la même requérante, présentent des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par une même ordonnance
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
5. Mme B soutient que les arrêtés qu'elle conteste ont pour effet d'engendrer une importante perte de revenus, ce qui nuit gravement à l'équilibre de son budget, alors même qu'elle est divorcée et a la charge de deux enfants de 17 et 14 ans. Si cette baisse de revenus n'est pas sérieusement contestée en défense, elle doit toutefois être mise en perspective avec la situation financière de l'intéressée antérieurement à l'édiction des décisions en litige. Il résulte ainsi de l'instruction, notamment de l'exploitation des charges de Mme B, que celles-ci s'élevaient dès 2022 à près de 3 650 euros au titre des charges fixes, notamment d'emprunt, auxquelles s'ajoutent les dépenses nécessaires à la vie quotidienne, évaluées par l'intéressée au minimum à 500 euros mensuels, soit un total de 4 150 euros. Dans ces conditions, en percevant un traitement moyen de 3 800 euros en 2022, avant sa nomination en qualité d'attachée territoriale et l'augmentation corrélative de l'I.F.S.E, Mme B n'était déjà pas en mesure de couvrir l'ensemble de ses charges par le seul recours à son traitement et aux aides de la caisse d'allocations familiales (CAF), de sorte que les décisions en litige ne sauraient être regardées comme étant de nature à avoir à elles-seules bouleversé les conditions d'existence de l'intéressée. Les difficultés budgétaires mises en avant ne sauraient ainsi résulter de la seule survenance des arrêtés contestés, alors même que les ressources de l'intéressée étaient déjà largement obérées par les engagements financiers souscrits. Il résulte par ailleurs de l'instruction, alors qu'aucun relevé bancaire n'est versé à l'instance s'agissant de la situation de ses comptes, que la requérante est propriétaire en indivision d'une habitation et qu'elle a engagé des travaux pour le compte d'un appartement. Dans ces conditions, Mme B, qui établit percevoir, en sus de son traitement, l'allocation de soutien familial versée par la CAF, ne saurait être regardée comme établissant que les arrêtés qu'elle critique sont de nature à bouleverser ses conditions d'existence et porteraient ainsi atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation. Par suite, la requérante ne peut être regardée comme justifiant d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, que les conclusions présentées par Mme B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
7. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Bailleul, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
8. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées dans les deux affaires par la commune du Bailleul sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Les requêtes de Mme B sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions présentées dans les deux affaires par la commune du Bailleul au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B et à la commune du Bailleul.
Fait à Nantes, le 27 juin 2023.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La greffière,
M. ALa République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N° 2307746 et 2307747
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026