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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2307987

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2307987

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2307987
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2023, M. C D, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié en ce que le préfet s'est senti en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des dispositions de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- il invoque les mêmes moyens que ceux évoqués pour contester la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Durup de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant algérien né le 5 mai 1996, déclare être entré en France le 15 juin 2019. S'étant marié le 22 octobre 2022 à Nantes avec une ressortissante française née en 1994, il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de français sur le fondement du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par l'arrêté du 14 mars 2023 dont il demande l'annulation, ce préfet a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme E, cheffe du bureau du séjour de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 30 janvier 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique, le préfet lui a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de Mme B, directrice de l'immigration et de l'intégration, et de M. A, son adjoint, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi. Il ne ressort pas du dossier que Mme B et M. A n'auraient pas été simultanément absents ou empêchés. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des raisons tant de droit que de fait pour lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D. Il en résulte que cette décision est régulièrement motivée.

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () ".

5. Il résulte des termes mêmes du 2) de l'article 6 précité qu'il subordonne la délivrance du certificat de résidence qu'il prévoit à la condition que le ressortissant algérien soit entré régulièrement sur le territoire français. En l'espèce, le requérant, qui ne peut justifier d'une telle entrée régulière, y est entré irrégulièrement. Dès lors et les conditions prévues par ce 2 étant cumulatives, c'est par une exacte application de ce texte et sans erreur d'appréciation que le préfet en a refusé le bénéfice au requérant.

6. L'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables à celles prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cependant, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Toutefois, cette faculté de régularisation ainsi ouverte au préfet n'étant ni de droit ni de plein droit, le préfet n'a pas l'obligation d'examiner d'office s'il y a lieu d'en faire bénéficier un ressortissant algérien sollicitant un certificat de résidence dont il ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit.

7. Il ne ressort pas du dossier que le requérant aurait sollicité du préfet de la Loire-Atlantique le bénéfice en opportunité d'une mesure de régularisation. Il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet, qui n'en avait pas l'obligation, n'a pas recherché d'office s'il y avait lieu d'en faire bénéficier l'intéressé. Il en résulte que le moyen selon lequel le préfet se serait à tort estimé tenu de refuser au requérant le titre de séjour qu'il avait demandé au seul motif qu'il n'est pas entré régulièrement sur le territoire français, alors qu'il n'a pas l'obligation dans ce cas d'opposer un tel refus dès lors qu'il dispose de la faculté rappelée ci-dessus de régularisation, ne peut qu'être écarté.

8. Si le requérant se prévaut de la circonstance qu'il remplit l'ensemble des conditions auxquelles le 2) de l'article 6 de l'accord du 27 décembre 1968 subordonne la délivrance du titre de séjour qu'il prévoit, à l'exception de l'une des conditions, ces dernières sont cumulatives. Il en résulte qu'au soutien d'un moyen tiré d'une " erreur manifeste d'appréciation " dans l'application de ces stipulations, le requérant ne peut utilement faire valoir de la circonstance qu'il remplit les autres conditions dont s'agit.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre public et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne justifie pas d'une entrée régulière en France et qu'il y est entré irrégulièrement. S'il allègue y résider depuis le mois de juin 2019, il ne l'établit et son séjour y demeure en tout état de cause récent. Son mariage avec une ressortissante de nationalité française, le 22 octobre 2022, est très récent et les époux n'ont pas ensemble de personnes à charge, notamment d'enfant. La délivrance d'un certificat de résidence à M. D en qualité de conjoint de son épouse française est subordonnée par le 2) de l'article 6 de l'accord du 27 décembre 1968 à une entrée régulière sur le territoire français, l'article 9 de cet accord ne subordonnant pas dans ce cas cette entrée à la présentation d'un visa de long séjour. Le requérant ne justifie d'aucune impossibilité de satisfaire à cette condition imposée par le 2) de cet article 6. S'il est fait état d'une communauté de vie avec l'épouse avant le mariage, cette communauté de vie antérieure, dont il n'est pas justifié de manière circonstanciée avant 2022 et remontant en tout cas à moins de deux ans, est récente. En outre, lorsque l'un des époux séjourne irrégulièrement sur le territoire d'un Etat partie à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au moment du mariage, l'article 8 de cette convention n'ouvre pas aux époux un choix discrétionnaire de leur pays de résidence et, en conséquence, n'a pas pour effet de garantir au bénéfice de celui des époux en situation de séjour irrégulier la régularisation de ce séjour du seul fait du mariage. En l'espèce, le requérant, qui a pu valablement se marier en France le 22 octobre 2022 en dépit de sa situation de séjour, ne pouvait, non plus que son épouse, ignorer l'irrégularité de cette situation ni, par suite, ignorer qu'il n'avait pas de garantie que ce séjour soit régularisé du seul fait de ce mariage et que la vie conjugale puisse se poursuivre sur le territoire français de préférence au territoire algérien. Or, le requérant ne justifie d'aucune circonstance qui s'opposerait à ce que la vie familiale du foyer qu'il forme avec son épouse puisse se poursuivre, au moins dans un premier temps, sur le territoire algérien, où le requérant a vécu pendant au moins vingt-trois ans et où il conserve des attaches personnelles, notamment ses parents et un frère. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions du séjour du requérant en France, comme aux effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises.

11. Il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de délivrer à M. D le certificat de résidence qu'il avait demandé qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

12. Si la requête fait état des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces textes ne sont pas applicables à un ressortissant algérien.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Les conclusions à fin d'injonction qu'il présente ne peuvent, dans ces conditions, être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Stéphanie Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

A. DURUP DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMASLa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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