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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2308004

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2308004

dimanche 30 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2308004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCLOAREC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2023, M. B A, représenté par Me Cloarec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2022 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- il revient au préfet de démontrer que la procédure de consultation du collège médical de l'OFII, telle que prévue par les articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a bien été respectée ;

- l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, n'est pas suffisamment motivé ;

- le préfet a méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son état de santé justifie que lui soit délivré un titre de séjour sur le fondement de cet article ; la situation sanitaire en Tunisie ne lui permettrait pas, en cas de retour dans ce pays, de bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; les médicaments Keppra et Amlor qui lui sont prescrits ne sont pas disponibles en Tunisie ; en tout état de cause, le coût pour se les procurer est extrêmement élevé ;

- le préfet a méconnu l'article R. 431-40 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il justifie de l'authenticité de son état civil tunisien ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- en décidant de l'éloigner du territoire français, le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- dès lors qu'il ne possède plus d'attaches dans son pays d'origine, l'arrêté attaqué sera annulé au moins en tant qu'il fixe le pays de renvoi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par un courrier du 2 mai 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été invité à présenter des observations sur la disponibilité en Tunisie d'un médicament.

Une pièce et des observations, enregistrées le 3 mai 2024, ont été présentées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et communiquées.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté de la ministre des affaires sociales et de la santé et du ministre de l'intérieur du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 22 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 25 mai 1950, est entré en France le 17 avril 2014, muni d'un visa de court séjour. Il indique avoir demandé en vain un titre de séjour pour raison de santé, d'abord auprès du préfet de la Seine-Saint-Denis, département dans lequel il résidait, puis auprès du préfet de la Sarthe, l'intéressé étant venu habiter au Mans. Sa dernière demande a été présentée le 20 octobre 2021 par l'intermédiaire de son avocate, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), consulté par le préfet, a estimé, dans son avis du 5 avril 2022, que si l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait, eu égard à l'offre de soins et au système de santé en Tunisie, bénéficier effectivement dans ce pays d'un traitement approprié et voyager sans risque vers ce pays. Faisant sien cet avis, le préfet de la Sarthe a, par un arrêté du 2 mai 2022, rejeté la demande de titre de séjour de M. A, fait obligation à celui-ci de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désigné la Tunisie comme pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A qui ont conduit le préfet à estimer qu'il ne pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Le refus de séjour, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé. Il ne résulte pas de cette motivation, ni d'aucun autre élément du dossier, que le préfet de la Sarthe n'aurait pas procédé à un examen particulier du dossier de M. A.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Selon l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". L'article R. 425-13 du même code prévoit que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé prévoit que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII doit être rendu à l'issue d'une délibération pouvant prendre la forme, soit d'une réunion, soit d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. Le caractère collégial de cette délibération constitue une garantie pour le demandeur de titre de séjour. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'étranger intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. Il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour présentée en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par le collège de médecins.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège des médecins de l'OFII du 5 avril 2022, qui mentionne l'identité du médecin rapporteur, comporte également l'identité et la signature des trois médecins composant le collège, parmi lesquels ne figure pas le médecin rapporteur. La mention portée sur ce document selon laquelle le collège de médecins a émis cet avis " après en avoir délibéré ", fait foi jusqu'à preuve du contraire. Si l'arrêté du 27 décembre 2016 prescrit que l'avis du collège de médecins est signé par chacun des trois médecins membres de ce collège et si cette signature constitue, pour l'étranger, une garantie, ni cet arrêté, ni une quelconque autre règle, n'impose que cette signature revête une forme ou une modalité particulière. En l'espèce, l'avis du 5 avril 2022 est revêtu de la signature lisible de chacun des trois médecins dont, comme il a été dit, il indique l'identité. Il en résulte que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière.

6. En troisième lieu, si le préfet de la Sarthe a repris à son compte la teneur de l'avis du collège des médecins de l'OFII, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué qu'il ne s'est pas cru lié par cet avis mais a porté une appréciation propre au cas d'espèce pour estimer que l'intéressé, eu égard à l'ensemble des circonstances relatives à sa situation personnelle, ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée et aurait méconnu l'étendue de sa compétence en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

7. En quatrième lieu, comme il a été dit, le collège des médecins de l'OFII, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9, doit émettre son avis au vu notamment du rapport médical établi par le médecin rapporteur. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par ledit collège. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est atteint de plusieurs pathologies : épilepsie, diabète, hypertension et troubles cardiaques. Selon les pièces médicales produites par l'intéressé, sa prise en charge médicale impliquait, à la date de la décision attaquée, la prise quotidienne d'un traitement composé principalement des médicaments Metformine, Eliquis, Amlor 5, Tahor 40 et Keppra 500. M. A soutient que les médicaments Amlor 5 et Keppra 500 ne sont pas disponibles en Tunisie. En ce qui concerne l'Amlor 5, il produit un extrait de la liste des médicaments disponibles en Tunisie, daté du 12 mai 2023, et fait valoir que " l'Almor " n'y figure pas. Le préfet de la Sarthe produit cependant un autre extrait de la même liste dont il ressort que l'Amlodin, dont la substance active est la même que celle de l'Amlor, y figure. En l'absence de réplique sur ce point de M. A, ce médicament ou son équivalent doit, dès lors, être regardé comme étant disponible en Tunisie. En ce qui concerne le Keppra 500, prescrit au requérant en monothérapie pour prévenir les crises d'épilepsie, il ressort de la fiche Medcoï, versée au dossier par l'OFII, que le Keppra est le nom commercial d'un médicament composé de la molécule Lévétiracétam, laquelle était disponible le 11 juillet 2023 à la pharmacie Naziha Ksouri de Tunis. De façon plus générale, le préfet fait valoir sans être ultérieurement contredit, en se fondant sur la liste susmentionnée des médicaments disponibles en Tunisie, que de nombreux anti-épileptiques sont présents en Tunisie, dont l'Antiomal, présent sous différents dosages et indiqué, comme le Keppra, en monothérapie. Si la mention " non substituable MTE/PH " apparaît à côté du mot Keppra sur une ordonnance du 6 octobre 2022 produite par M. A, cette mention a pour seul objet de signaler que le pharmacien ayant fourni le médicament n'avait pas, pour des raisons médicales, substitué à la spécialité prescrite une autre spécialité du même groupe générique. Elle ne saurait être prise en compte pour apprécier l'existence d'un traitement approprié dans le pays d'origine d'un étranger sollicitant un titre de séjour pour raison de santé. Par ailleurs, si M. A se prévaut du coût excessif des traitements et d'une pénurie de ceux-ci en Tunisie, il n'assortit cette affirmation générale d'aucun élément propre à sa situation permettant d'établir que ces circonstances, à les supposer établies, lui interdiraient l'accès effectif à un traitement approprié. Enfin, si l'intéressé a été hospitalisé le 28 septembre 2022, en neurologie vasculaire pour suspicion d'un accident vasculaire cérébral, cet évènement, postérieur à la date de l'arrêté attaqué, ne peut être utilement invoqué à l'appui des conclusions à fin d'annulation de cet arrêté. Ainsi, les éléments dont se prévaut M. A ne peuvent suffire à infirmer l'avis émis collégialement par les médecins de l'OFII. Dans ces conditions, le préfet de la Sarthe, en refusant de délivrer un titre de séjour pour raison de santé au requérant, n'a ni méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur d'appréciation sur les possibilités d'accès effectif aux soins en Tunisie au regard de son état de santé.

9. En cinquième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que, pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour pour raison de santé, le préfet de la Sarthe s'est fondé sur un autre motif tiré de ce que les documents d'état civil présentés par l'intéressé étaient non probants et ne permettaient pas de justifier de son état civil, en méconnaissance des exigences de l'article

R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision de refus s'il ne s'était fondé que sur le seul motif tiré de ce que M. A ne satisfaisait pas aux conditions énoncées par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que le moyen tiré par M. A de ce que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en lui opposant le défaut de production de documents justifiant de son état civil doit être écarté comme inopérant.

10. En sixième lieu, l'ensemble des moyens soulevés par M. A à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour étant écartés, le moyen tiré par lui de l'exception d'illégalité, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

11. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

12. M. A se prévaut de ses huit ans de présence sur le territoire français à la date de l'arrêté attaqué. S'il a déclaré au préfet de la Sarthe être célibataire sans enfant, il ressort des certificats médicaux et de l'extrait d'acte de naissance qu'il a produits qu'il serait marié et aurait des enfants et petits-enfants en Tunisie. En tout état de cause, s'il ressort des pièces du dossier qu'il est hébergé chez un neveu et qu'il perçoit une pension de retraite en France, ces éléments ne suffisent pas à le faire regarder comme justifiant d'une intégration sociale particulièrement remarquable. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de son séjour en France, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Sarthe aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En huitième lieu, M. A, en se bornant à alléguer qu'il n'a plus d'attaches en Tunisie, alors qu'il y a vécu jusqu'à son âge de 64 ans de sorte qu'il y a conservé nécessairement des attaches sociales et culturelles, ne démontre pas que le préfet de la Sarthe aurait commis une erreur d'appréciation en désignant son pays d'origine comme pays de renvoi.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du préfet de la Sarthe du 2 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par le requérant au profit de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Sarthe et à Me Anne-Lise Cloarec.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. Xavier Catroux, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2024.

Le président-rapporteur,

L. MARTIN

L'assesseur le plus ancien

X. CATROUX

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Malingre

cc

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