jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2308073 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juin 2023, M. E A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi que cette décision a été signée par une autorité compétente ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il séjourne habituellement en France depuis le mois de février 2015 ;
- elle est entachée d'une seconde erreur de fait et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle en ce qu'il a produit une demande d'autorisation de travail ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination:
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive ces décisions de base légale ;
- il invoque les mêmes moyens que ceux évoqués pour contester la décision de refus de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 20 février 1998, déclare être entré irrégulièrement en France le 2 février 2015. Il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance (ASE) en qualité de mineur isolé et a par la suite bénéficié d'un contrat " jeune majeur " jusqu'au 30 septembre 2016. Le 31 janvier 2017, sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour a été rejetée par le préfet de la Vendée, qui a par ailleurs prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par un jugement n°1703459 du 13 juillet 2017 du tribunal administratif de Nantes. M. A s'est toutefois maintenu sur le territoire français et a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 10 mai 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme D, cheffe du bureau du séjour de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique, à l'effet de signer un arrêté de la nature de celui attaqué, en toutes les décisions qu'il comporte ainsi que, en son absence ou empêchement, à M. B, son adjoint et, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de Mme C et de M. B, notamment à Mme D, dans la limite des attributions du bureau du séjour, au nombre desquelles figurent les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C et M. B n'auraient pas été simultanément absents ou empêchés. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet de la Loire-Atlantique a estimé, pour rejeter la demande de M. A tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", que l'intéressé ne justifiait pas d'une présence en France pour les années 2019, 2020 et 2021. M. A verse aux débats, notamment, des relevés de comptes permettant de justifier de sa présence continue sur le territoire français. Dans ses écritures en défense, le préfet reconnait le caractère erroné de ce motif. Toutefois, la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour se fonde également sur ce que le requérant ne justifie pas d'attaches stables, intenses et anciennes sur le territoire français, ni d'une insertion professionnelle stable et durable. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Loire-Atlantique aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ces motifs. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
4. En troisième lieu, les dispositions des articles R. 5221-3, R. 5221-11, R. 5221-15 et R. 5221-17 du code du travail prévoient que la demande d'autorisation de travail présentée par un étranger qui est déjà présent sur le territoire français doit être adressée par l'employeur au préfet du département dans lequel l'employeur a sa résidence depuis une plateforme dédiée aux démarches dématérialisées pour les étrangers en France via le site du ministère de l'intérieur et des outre-mer.
5. Si à l'appui de sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour, M. A a produit, outre une promesse d'embauche de la société Bio'Med Santé Nantes, un formulaire de demande d'autorisation de travail établi par cette même société, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette demande ait été adressée par l'employeur selon les modalités indiquées au point 4. Ainsi, le préfet, qui n'avait pas l'obligation d'examiner la demande d'autorisation de travail fournie par le requérant à l'appui de sa demande de titre de séjour ou de la prendre en compte lors de l'instruction de cette demande, ni de la faire instruire par les services compétents, n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation de M. A. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait en ce qui concerne la promesse d'embauche et du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2015, et justifie ainsi d'une durée de présence de huit ans à la date à laquelle la décision attaquée a été prise. Toutefois, le requérant est célibataire et sans enfant. Il ne produit aucun élément permettant d'établir qu'il aurait noué des liens en France d'une particulière intensité, stabilité et ancienneté. Il n'établit pas non plus être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident son père, sa mère et sa sœur. Si M. A soutient être bénéficiaire d'une promesse d'embauche d'une durée de douze mois dans le cadre d'un contrat d'apprentissage et produit une demande d'autorisation de travail remplie par son futur employeur, ces éléments, datés des mois de juillet et août 2022, sont anciens et ne suffisent pas à caractériser une situation professionnelle stable et durable. Il en va de même des attestations qu'il produit. Par conséquent, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas, en rejetant sa demande de titre de séjour, méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de cet article.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "
9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, dans l'exercice du large pouvoir d'appréciation dont il est investi par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission exceptionnelle au séjour de M. A en France ne répond ni à des considérations humanitaires ni ne se justifie par des motifs exceptionnels. Par suite, le moyen tiré d'une telle erreur manifeste dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, le présent jugement écarte les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour. Le moyen tiré de ce que la décision obligeant M. A à quitter le territoire français et celle fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office seraient dépourvues de base légale du fait de l'illégalité de ce refus doit dès lors être écarté.
11. En second lieu, en se bornant à soutenir qu' " il sollicite le bénéfice de l'ensemble des éléments précédemment soulevés " à l'encontre de la décision de refus de séjour à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, et de la décision fixant le pays de destination, M. A n'assortit pas sa critique de la légalité externe et interne de ces décisions, distinctes de celle portant refus de séjour, des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Stéphanie Rodrigues Devesas.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
La présidente-rapporteure,
V. GOURMELONL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. MILINLa greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
ga
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026