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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2308139

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2308139

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2308139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantLAPLANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2023 à 12h33, complétée par un mémoire le 27 juin 2023 et une production de pièces le 30 juin 2023, M. A C B, représenté par Me Laplane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2023 par lequel le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, lui a interdit le retour pour une durée d'un an et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de cette interdiction ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et son édiction n'a pas été précédée de l'examen particulier de la situation personnelle et familiale de l'intéressé ;

- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant son édiction ;

- elle méconnaît les articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le risque de menace à l'ordre public n'étant pas caractérisé ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée des mêmes vices de légalité externe et interne que le refus de séjour ;

S'agissant du refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- il est entaché des mêmes vices de légalité externe que le refus de séjour ;

- il méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée des mêmes vices de légalité externe que le refus de séjour ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée des mêmes vices de légalité externe que le refus de séjour ;

- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

La demande d'aide juridictionnelle de M. B été rejetée par une décision du 28 juin 2023.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mlle Wunderlich, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés aux articles L. 614-1 à L. 614-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 juillet 2023 :

- le rapport de Mlle Wunderlich, magistrate désignée,

- et les observations de Me Laplane, représentant M. B, et de M. B lui-même, accompagné d'une escorte, en présence de la mère et du beau-père du requérant, qui a pris la parole.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant burkinabé né le 30 mai 2003 entré régulièrement en France le 17 juillet 2021 muni d'un visa de court séjour au titre du regroupement familial, a sollicité le 14 novembre 2022 le renouvellement du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dont il a bénéficié jusqu'au 30 août 2022 en application de l'article L. 423-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par arrêté du préfet de la Sarthe en date du 24 mai 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel l'intéressé sera reconduit d'office et lui a interdit le retour pour une durée d'un an. M. B, détenu à la maison d'arrêt du Mans, demande au magistrat désigné par le président du tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions dirigées contre le refus de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 614-15 : " () lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative. ".

3. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu organiser une procédure spéciale afin que le juge administratif statue rapidement sur la légalité des mesures relatives à l'éloignement des étrangers détenus, hors la décision refusant le séjour, lorsque ces derniers sont susceptibles d'être libérés. Dès lors, il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif pour statuer selon la procédure décrite aux articles L. 614-9 à L. 614-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, non plus que sur les conclusions aux fins d'injonction dont elles sont assorties.

4. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du préfet de la Sarthe en date du 24 mai 2023 en tant qu'il rejette la demande de titre de séjour de M. B doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.

Sur les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter sans délai le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

6. Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire ans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

7. La décision portant refus de titre de séjour, prise par le préfet de la Sarthe sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté. Le refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, fondé sur les dispositions citées au point 6, est par ailleurs suffisamment motivé.

8. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales.

9. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué comme des pièces du dossier que le préfet a adressé le 4 mai 2023 à M. B, auquel elle a été notifiée à la maison d'arrêt du Mans le 5 mai 2023 à 11h22, " dans le cadre de l'examen de [son] droit au séjour ", une fiche individuelle -produite par le préfet en défense- à compléter comportant, outre divers renseignements relatifs aux conditions d'entrée en France et aux précédents séjours comme à la situation familiale et professionnelle de l'intéressé, une rubrique intitulée " procédure contradictoire ", comportant l'information selon laquelle le requérant est susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement à destination du pays dont il a la nationalité et l'invitant à formuler des observations à ce sujet, dans laquelle il a pu faire valoir qu'il ne souhaite pas quitter la France et en expliquer les raisons. M. B n'a ainsi pas été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise l'obligation de quitter le territoire français contestée et ne fait pas état, dans le cadre de la présente instance, d'éléments qui, s'ils avaient été connus du préfet, auraient pu conduire ce dernier à prendre une décision différente. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le droit d'être entendu n'a pas été mis en œuvre avant l'édiction de cette décision ne peut qu'être écarté.

10. Le refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. B est notamment fondé sur ce qu'il existe un risque que celui-ci se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, risque devant être regardé comme établi dès lors, primo, qu'il a explicitement indiqué dans la fiche individuelle dont il vient d'être question au point 9 son intention de rester en France, deuxio, qu'il n'est pas en mesure de présenter un document d'identité ou de voyage en cours de validité.

11. Il est constant que M. B, dont la mère et le beau-père résident en France et l'ont pris en charge depuis son arrivée du le territoire, a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Cette circonstance, quels que puissent en être les motifs, et dont le requérant ne saurait soutenir qu'elle est " inopposable ", suffit, à elle seule, à justifier légalement le refus d'accorder à M. B un délai de départ volontaire en application des dispositions, citées au point 6, des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quand bien même l'intéressé a produit au soutien de sa requête une copie de son passeport valable jusqu'au 8 novembre 2023 et son comportement ne constituerait pas une menace pour l'ordre public.

12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. M. B fait valoir que, depuis qu'il a rejoint sa mère -laquelle a obtenu sa garde en 2018- en France en juillet 2021, il a toujours vécu avec cette dernière et son beau-père, de nationalité française, qui lui rendent régulièrement visite au parloir de la maison d'arrêt, et qu'il était, avant son incarcération, inscrit à Pôle emploi et à la mission locale, a effectué plusieurs stages et formations et a signé un contrat d'intégration républicaine avec l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 19 décembre 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la présence en France de M. B, qui a vécu dans son pays d'origine, où résident toujours son père et ses frère et sœur, jusqu'à l'âge de dix-huit ans, est récente, et que l'intéressé, connu des services de police pour usage illicite de stupéfiants, condamné le 19 août 2022 -un an à peine après son arrivée sur le territoire- à une peine d'un an d'emprisonnement (dont neuf mois avec sursis probatoire pendant une durée de deux ans assortie d'une interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pendant une durée de cinq ans) par le tribunal correctionnel du Mans -qui lui a accordé un aménagement de peine sous forme de détention à domicile sous surveillance électronique-, pour les faits de " violences commises en réunion sans incapacité " et " violences aggravées par trois circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours ", est incarcéré à la suite d'une autre condamnation, prononcée le 27 janvier 2023 par le même tribunal -qui a révoqué à hauteur de trois mois le sursis précédemment accordé- à cinq mois d'emprisonnement pour des faits de " vol en réunion " et " escroquerie ". L'obligation de quitter sans délai le territoire français litigieuse ne peut, dans ces conditions, être regardée comme portant au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale, protégé par les stipulations précitées, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

14. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ", et L. 432-1 du même code, aux termes duquel : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ", est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français.

Sur les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination :

16. Cette décision comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

17. Le moyen tiré de ce que le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant l'édiction de cette décision doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être évoqués au point 9.

18. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;/ 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

19. Si M. B fait valoir que le Burkina Faso connaît une crise sécuritaire, politique et humanitaire de grande ampleur en lien notamment avec les violences djihadistes qui s'y exercent depuis 2015, il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il pourrait encourir, en cas de retour dans son pays, des risques pour sa vie ou sa liberté ou qu'il y serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants. Il lui appartient, s'il s'y croit fondé, de solliciter la reconnaissance de la qualité de réfugié. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les dispositions et stipulations précitées en fixant le pays de destination.

20. La circonstance, invoquée par M. B, qu'il " dispose d'une cellule familiale solide et aimante en France, composée de sa mère et de son beau-père ", est insuffisante à faire regarder la décision fixant le Burkina Faso, pays dont l'intéressé a la nationalité et où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans et où résident toujours son père et ses frère et sœur, comme portant au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

21. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Sarthe a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office à la frontière.

Sur les conclusions dirigées contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

22. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

23. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus à l'article L. 612-10 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

24. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que la motivation retenue par le préfet pour fixer à un an la durée de l'interdiction de retour faite à M. B est conforme aux exigences énoncées au point 23.

25. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être énoncés au point 9.

26. Compte tenu des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de l'intéressé précédemment évoqués, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à un ans la durée de l'interdiction de retour assortissant l'obligation de quitter le territoire français faite à M. B.

27. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Sarthe lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions dirigées contre le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

28. Aux termes de l'article L. 613 5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 () / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613 7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ".

29. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS). Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. La demande de M. B tendant à la suppression de l'inscription litigieuse dans le SIS ne peut en tout état de cause qu'être rejetée.

30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocat de M. B une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions dirigées contre l'arrêté du préfet de la Sarthe en date du 24 mai 2023 en tant qu'il rejette la demande de titre de séjour de M. B sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, au préfet de la Sarthe et à Me Laplane.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 ocotbre 2023.

La magistrate désignée,

A.-C. WUNDERLICHLa greffière,

M.-C. MINARD

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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