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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2308143

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2308143

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2308143
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantBLAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2023, Mme A D, représentée par Me Blazy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 10 avril 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 22 décembre 2022 de l'autorité consulaire française à Rome (Italie) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'étudiante ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée en fait ;

- ladite décision ne procède pas d'un examen particulier de sa situation ;

- elle procède d'appréciations manifestement erronées, d'une part, de la réalité du projet d'études et, d'autre part, des conditions de son séjour en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés, et que la décision pouvait être légalement fondée sur un autre motif, tiré de ce que la demandeuse ne justifie pas de ressources nécessaires pour couvrir les frais de toute nature durant la durée de son séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive UE 2006/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2008-1176 du 13 novembre 2008 ;

- l'instruction INTV1915014J du 4 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante camerounaise, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'étudiante auprès de l'autorité consulaire française à Rome (Italie). Par décision du 22 décembre 2022, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 10 avril 2023, dont elle demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite de cette commission s'est substituée à la décision de l'autorité consulaire française à Rome. Il en résulte que les conclusions de la requête dirigées contre la décision consulaire doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

3. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ne peut être utilement soulevé à l'encontre d'une décision implicite. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, il résulte des mentions de l'accusé de réception adressé à la requérante par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, lui indiquant expressément qu'en l'absence de réponse expresse à son recours dans un délai de deux mois à compter de la date de sa réception, le recours serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux opposés par la décision consulaire, que la commission, dont la décision se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié les motifs retenus par cette autorité, tirés en l'espèce, d'une part, de ce qu'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que Mme C souhaite séjourner en France à d'autres fins que les études, et, d'autre part, du caractère incomplet et/ ou non fiable des informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en fait de la décision attaquée, qui doit être regardée comme comportant l'énoncé des considérations de fait qui en constituent le fondement, doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de la demandeuse de visa n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de Mme C doit être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, selon l'article 5 de la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relative aux conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers à des fins de recherche, d'études, de formation, de volontariat et de programmes d'échange d'élèves ou de projets éducatifs et de travail au pair, l'admission d'un ressortissant d'un pays tiers à des fins d'études est soumise à des conditions générales, fixées par l'article 7, comme l'existence de ressources suffisantes pour couvrir ses frais de subsistance durant son séjour ainsi que ses frais de retour et à des conditions particulières, fixées par l'article 11, telles que l'admission dans un établissement d'enseignement supérieur ainsi que le paiement des droits d'inscription. L'article 20 de la même directive, qui définit précisément les motifs de rejet d'une demande d'admission, prévoit qu'un Etat membre rejette une demande d'admission si ces conditions ne sont pas remplies ou encore, peut rejeter la demande, selon le f) du 2, " s'il possède des preuves ou des motifs sérieux et objectifs pour établir que l'auteur de la demande souhaite séjourner sur son territoire à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande son admission ".

7. S'il est possible, pour le ressortissant d'un pays tiers, d'être admis en France et d'y séjourner pour y effectuer des études sur le fondement d'un visa de long séjour dans les mêmes conditions que le titulaire d'une carte de séjour, ainsi que le prévoient les articles L. 312-2 et L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er mai 2021, les dispositions relatives aux conditions de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an, telles que précisées par les articles L. 422-1 et suivants du même code et les dispositions règlementaires prises pour leur application, ne sont pas pour autant applicables aux demandes présentées pour l'octroi d'un tel visa.

8. En l'absence de dispositions spécifiques figurant dans le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une telle demande est notamment soumise aux instructions générales établies par le ministre chargé de l'immigration prévues par le décret du 13 novembre 2008 relatif aux attributions des chefs de mission diplomatique et des chefs de poste consulaire en matière de visas, en particulier son article 3, pris sur le fondement de l'article L. 311-1 de ce code. L'instruction applicable est, s'agissant des demandes de visas de long séjour en qualité d'étudiant mentionnés à l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'instruction ministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive (UE) 2016/801, laquelle participe de la transposition de cette même directive.

9. L'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le risque de détournement de l'objet du visa.

10. Mme C a entrepris une formation en 2ème année de bachelor universitaire de technologie (" B.U.T ") en gestion, entreprenariat management d'activité (" G.E.A ") auprès de l'institut universitaire de technologie de Montpellier-Sète. Elle verse à cet égard une attestation d'inscription et un certificat de scolarité délivrés par cet établissement au titre de l'année universitaire 2022-2023, ainsi qu'un relevé de notes attestant du suivi des enseignements dispensés sur le 1er semestre. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme C a préalablement interrompu des études universitaires au Cameroun après avoir validé, au titre de l'année universitaire 2018/2019, une première année de licence " science de gestion ", option comptabilité et finances, auprès de l'université de Dschang (Cameroun), après avoir obtenu en 2018 un baccalauréat scientifique. Il ressort également des pièces du dossier que Mme C, inscrite en licence " ingénierie de gestion " au titre de l'année universitaire 2021/2022 à l'université de Gènes (Italie), a volontairement interrompu ce cursus avant son terme. Si la requérante soutient que son projet professionnel est sérieux et cohérent, en arguant de son souhait de " s'orienter vers une formation d'avantage axée sur la gestion d'entreprise ", elle n'apporte cependant aucune explication quant aux incohérences de son parcours universitaire et à son interruption sur les années 2019 et 2020, alors que le ministre oppose que les études entreprises durant le second semestre 2022 auprès de l'institut universitaire de technologie de Montpellier-Sète sont très proches des enseignements suivis par la requérante au Cameroun. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la commission de recours a pu rejeter le recours dirigé contre la décision consulaire du 22 décembre 2022 en raison du risque de détournement de l'objet du visa à d'autres fins que les études. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, qui suffisait à fonder la décision attaquée.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la substitution de motif demandée par le ministre, que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et d'astreinte, et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le rapporteur,

P. REVÉREAU

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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