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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2308211

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2308211

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2308211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPrésident 5
Avocat requérantDESFRANCOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juin 2023, M. B C, représenté par Me Desfrançois, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- sa motivation est insuffisante ; elle ne fait pas état de sa présence en France sans commettre la moindre infraction ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le centre de ses attaches se situe désormais en France ; il n'a plus de lien avec les membres de sa famille installés en Algérie ;

Sur le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

- sa motivation est insuffisante ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- sa motivation est insuffisante ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet a méconnu les articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- sa motivation est insuffisante ; elle ne fait qu'une mention très parcellaire de sa vie privée et familiale sur le territoire français ;

- le préfet a manifestement mal apprécié sa situation et porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie familiale et privée ; il ne constitue pas une menace à l'ordre public ; il dispose d'attaches sociales sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 19 décembre 2023, M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Martin, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martin, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 24 janvier 2024.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 15 novembre 2002, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en mars 2023. Il a été interpellé le 10 juin 2023 et placé en garde à vue pour vol aggravé par deux circonstances et tentative de vol par escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt. Par un arrêté du 10 juin 2023, le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de justice administrative, a désigné le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. D A, sous-préfet, directeur de cabinet du préfet de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 25 mai 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer, pendant les jours non ouvrables durant lesquels il est amené à assurer la permanence préfectorale, comme en l'espèce, notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français assortie ou non d'une décision portant sur le délai de départ volontaire et d'une décision d'interdiction de retour ainsi que les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 611-1, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il retrace le parcours de M. C depuis son arrivée sur le territoire français en mars 2023 et mentionne les conditions de son interpellation le 10 juin suivant. Il ajoute qu'il est dépourvu de ressources légales, sans domicile fixe, célibataire sans enfant, qu'il n'établit pas détenir d'attaches personnelles, anciennes, intenses et stables en France et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Il conclut que le séjour irrégulier de M. C et l'absence d'obstacle à ce qu'il quitte le territoire français justifient qu'il soit obligé de quitter le territoire. Ainsi, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, est suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, si M. C soutient qu'il dispose d'attaches solides sur le territoire français, il n'en fournit aucune preuve. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire français doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir vécu à Toulouse, M. C est arrivé à Nantes au début du mois de juin 2023. S'il allègue avoir travaillé sur les marchés sans être déclaré, il n'en apporte aucune preuve. S'il déclare être hébergé dans un squat, venu en France après avoir vécu en Espagne, où il aurait suivi une formation en coiffure et en cuisine sans avoir obtenu de diplôme, et ne pas avoir conservé de liens avec sa mère restée en Algérie, ses déclarations ne sont accompagnées d'aucune pièce justificative. Dans ces conditions et eu égard au caractère très récent, à la date de la décision attaquée, de l'arrivée de l'intéressé sur le territoire français, le moyen tiré de qu'à cette date, le préfet, en décidant de l'éloigner du territoire français, aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, opposée à M. C, ayant été écartés, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.

8. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision " Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° l'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentations suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

9. L'arrêté attaqué, en tant qu'il refuse d'accorder à M. C un délai de départ volontaire, reproduit les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 et mentionne que le risque que l'intéressé se soustraie à son obligation de quitter le territoire français est établi dans la mesure où il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, il fait l'objet d'une décision exécutoire prise par l'un des Etats avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et ne présente pas de garanties suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective dans un local affecté à son habitation principale. Par suite, ce refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivé.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant fixation du pays de renvoi :

10. En premier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, opposée à M. C, ayant été écartés, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

11. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte fixation du pays de renvoi, vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise que M. C est de nationalité algérienne et qu'il n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ou qu'il y serait exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dans la mesure où depuis son entrée sur le territoire français, il n'a pas effectué de démarche pour solliciter le statut de réfugié et ne fait pas état de risques en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon ce dernier : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

13. Si M. C soutient que le préfet n'a pas procédé à l'examen attendu de sa situation au regard des risques qu'il soit exposé à des traitements prohibés par les dispositions et stipulations citées au point précédent en cas de retour en Algérie, il ne précise pas la nature de ces risques. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet, en désignant l'Algérie comme pays de renvoi, aurait méconnu ces dispositions et stipulations doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

15. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

16. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet, qui était tenu de prononcer à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français dès lors qu'il n'avait pas accordé à l'intéressé un délai de départ volontaire et qu'aucune circonstance humanitaire ne s'y opposait, a pris en compte, pour fixer à un an la durée de cette interdiction, l'absence de domicile fixe et d'attaches personnelles et familiales suffisamment intenses et stables en France de l'intéressé, célibataire sans enfant, ainsi que l'existence d'attaches familiales, culturelles et linguistiques en Algérie. Dans ces conditions, la décision du préfet est suffisamment motivée.

17. En second lieu, il est constant que M. C réside irrégulièrement et depuis peu de temps en France, n'y dispose pas d'attaches solides et ne justifie pas d'une insertion socio-professionnelle accomplie. Ainsi, en prononçant une interdiction de retour d'une durée d'un an, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnu l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 10 juin 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction et les frais liés au litige :

19. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C étant rejetées, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence. De même, la demande présentée par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, ne peut, dès lors que ce dernier n'est pas partie perdante dans la présente instance, qu'être rejetée.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Théo Desfrançois.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

Le magistrat désigné,

L. MARTIN La greffière,

V. MALINGRE La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique

en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

V. Malingre

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