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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2308299

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2308299

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2308299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantLE GALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2023, Mme C B, représentée par Me Le Gall, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'issue de ce délai, et à titre subsidiaire, d'annuler la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié ", à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée et révèle un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure,

- les observations de Me Le Gall, représentant Mme A B et les observations de celle-ci ;

Une note en délibéré présentée par Mme A B a été enregistrée le 17 juin 2024 ;

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante gabonaise née le 13 mars 1984, est entrée en France le 16 septembre 2007 sous couvert d'un visa de long séjour " étudiant ". Elle s'est vu délivrer des titres de séjour en qualité d'étudiante de 2007 à 2015. Sa dernière demande de renouvellement de titre de séjour a fait l'objet d'une décision de refus par un arrêté du 1er juillet 2015 portant en outre obligation de quitter le territoire français. Elle a, par la suite, sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 12 mai 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme A B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont il fait application. Il fait également état d'éléments concernant la situation personnelle de Mme A B notamment au regard de la durée de son séjour en France et de sa situation professionnelle. La décision contestée est ainsi suffisamment motivée tant en droit qu'en fait. Cette motivation permet en outre de constater que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante notamment en ce qui concerne son insertion professionnelle.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 () ". L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

4. Mme A B entend se prévaloir de la durée de sa présence sur le territoire français où elle est entrée le 16 septembre 2007. Le préfet de la Loire-Atlantique fait toutefois valoir qu'elle ne justifie pas de sa présence pour les années 2017 et 2018. Pour justifier de sa présence au cours de ces deux années, Mme A B verse au dossier un billet de train du 13 mars 2017 et un courrier de l'assurance maladie du 13 juin 2017 puis un formulaire de réception d'une somme d'argent en provenance du Gabon du 5 juin 2018, une déclaration d'imposition réalisée le 10 juillet 2018, une facture de son opérateur téléphonique pour le mois de novembre 2018 ainsi que trois billets de train pour les mois de septembre et décembre 2018. Toutefois, si ces éléments permettent d'attester d'une présence ponctuelle de l'intéressée sur le territoire français, ils ne suffisent pas pour établir son séjour habituel et continu en France notamment au titre de la période comprise entre les mois de juin 2017 et juin 2018. Les pièces produites ne sont ainsi pas suffisamment probantes et diversifiées pour apporter la preuve de sa présence habituelle en France ni depuis le 16 septembre 2007 ni durant les dix années précédant la date de l'arrêté en litige. Il suit de là que le préfet de la Loire-Atlantique n'était pas tenu, avant de rejeter la demande de titre de séjour présentée par la requérante, de solliciter l'avis de la commission du titre de séjour. Le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'un vice de procédure doit dès lors être écarté.

5. En troisième lieu, d'une part, il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur ", répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Il résulte, en outre, de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

6. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 4, que Mme A B justifie être entrée en France pour la dernière fois au mois de juin 2018. Elle ne justifie pas avoir noué en France de liens d'une particulière intensité, stabilité ou ancienneté. Si elle établit avoir occupé des emplois en qualité d'employée familiale et d'auxiliaire parentale auprès de familles avec lesquelles elle a conclu des contrats à durée indéterminée à temps partiel, les 8 septembre, 21 octobre et 19 novembre 2020 et être aujourd'hui recrutée par des particuliers pour la garde de leurs enfants par contrat à durée indéterminé à temps complet depuis le 15 septembre 2021, ces éléments ne suffisent cependant pas à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en va de même de la circonstance que la requérante maîtrise la langue française. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, Mme A B n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation de la requérante.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, le présent jugement écarte les moyens dirigés contre la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour à la requérante. Le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de cette décision de refus doit, dès lors, être écarté.

9. En second lieu, ainsi qu'il a été précédemment dit au point 4, Mme A B établit être entrée pour la dernière fois sur le territoire au mois de juin 2018. Elle ne justifie d'aucune attache personnelle ou familiale en France. Les éléments d'intégration professionnelle dont elle fait état sont récents. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en l'obligeant à quitter le territoire français, ni que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation de la requérante.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

V. GOURMELON

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MILIN

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

hm

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