lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2308335 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 juin 2023 et 20 août 2024, Mme C D, représentée par Me Pollono, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ; le préfet n'a pris en compte ni la présence de son frère et de sa belle-sœur, ni l'assistance éducative en milieu ouvert de ses enfants ;
- l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'est pas suffisamment motivé ; cet avis, qui ne fait pas état de la durée de traitement " à vie " mentionnée dans le rapport médical du 7 février 2022, est erroné ; le collège n'a pas disposé de l'ensemble des éléments constitutifs de sa prise en charge médicale ;
- le préfet de la Loire-Atlantique a méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;
- le préfet a méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation ; elle ne pourra pas bénéficier effectivement en République de Guinée de la prise en charge médicale dont elle bénéficie en France, eu égard à son absence de ressources ; le système de santé guinéen se trouve dans une situation alarmante ; elle ne pourra avoir accès à l'ensemble des soins nécessités par son accident vasculaire cérébral, tel que l'échodoppler ou le contrôle régulier de son stent carotidien ; elle ne bénéficiera pas d'une prise en charge adaptée pour son syndrome dépressif ; son état de santé ne lui permet pas d'effectuer le voyage vers la Guinée ; le préfet admet que le Kardegic, le Tahor et le Tardyferon sont indisponibles en Guinée ; s'il affirme que ces médicaments pourront être substitués par d'autres, il ne démontre pas que cette substitution est possible ni qu'elle n'entrainerait pas de risques pour sa santé ; la liste des médicaments essentiels de 2021 en Guinée, produite par le préfet, ne correspond pas aux médicaments effectivement disponibles dans ce pays ; le préfet ne conteste pas que la Sertraline est indisponible en Guinée et n'allègue pas que ce médicament pourrait être substitué par un autre ; dès lors, faute de pouvoir bénéficier en Guinée d'une prise en charge psychiatrique, elle remplit les conditions requises par l'article L. 425-9 pour se voir délivrer un titre de séjour ; par ailleurs, eu égard aux séquelles de son accident vasculaire cérébral qui limitent ses possibilités de déplacement, elle ne peut voyager sans risque vers son pays d'origine ;
- le préfet a commis une erreur de fait en ne prenant pas en compte la naissance de son enfant en 2018 et sa scolarisation ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il a mal apprécié la nature de la relation entretenue par son fils A avec son père ; il n'a pas tenu compte de la présence en France de son frère et de sa belle-sœur ainsi que son amie, Mme B ; il est constant que ses liens familiaux en France sont intenses, anciens et stables ;
- le préfet a méconnu l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; ses enfants sont maintenus dans une précarité qui est contraire à leur intérêt supérieur ; ils continuent à bénéficier d'une mesure judiciaire d'accompagnement éducatif ; la poursuite de cette mesure est primordiale ; la rupture de la scolarisation d'Abdoul-Aziz et celle de l'éveil A seraient contraires à leur bon développement ; la mesure d'assistance éducative en milieu ouvert a été renouvelée pour A jusqu'au 31 mars 2025 ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi et au rejet du surplus de la requête.
Il fait valoir que
- il a retiré les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi ;
- les moyens soulevés par la requérante à l'encontre de la décision portant refus de séjour ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, modifié ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin, président-rapporteur,
- et les observations de Me Pavy, substituant Me Pollono, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante guinéenne née le 18 mars 1991, a donné naissance en Guinée à deux enfants, respectivement en 2011 et 2015. Lorsqu'elle a quitté la Guinée en 2018, elle a confié ses deux filles à des membres de sa famille. Le père de ses enfants, qui l'avait accompagnée, est décédé au Maroc. Mme D est arrivée en France le 8 août 2018 en étant enceinte. Elle a accouché d'un garçon le 21 septembre 2018 au Kremlin-Bicêtre. Elle a ensuite entretenu une relation amoureuse avec un compatriote. De cette relation est issu un second garçon, né le 3 mai 2021 à Nantes. Le 11 mai 2021, Mme D a été victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique. Elle a demandé, par une lettre reçue le 13 octobre 2021, au préfet de la Loire-Atlantique un titre de séjour pour raison de santé. Le collège des médecins de l'Office de l'immigration et de l'intégration (OFII), consulté sur cette demande, a émis, le 6 mai 2022, l'avis selon lequel si l'état de santé de Mme D nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel elle pouvait voyager sans risque. Faisant sien cet avis, le préfet a, par un arrêté du 30 septembre 2022, rejeté la demande de titre de séjour, fait obligation à Mme D de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'étendue du litige :
2. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 28 juin 2024, postérieur à la date d'enregistrement de la requête, le préfet de la Loire-Atlantique a retiré ses décisions, contenues dans l'arrêté attaqué, portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. Dans son mémoire en réplique, Mme D, prenant acte de ce retrait, ne demande l'annulation que de la décision du préfet portant refus de titre de séjour. Elle doit ainsi être regardée comme se désistant de ses conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi. Ne restent en litige que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour ainsi que les conclusions, qui en constituent l'accessoire, à fin d'injonction et relatives aux frais du litige.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. En l'espèce, l'arrêté en litige, en tant qu'il porte refus de séjour, vise notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il reproduit, en se l'appropriant, l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFFI le 6 mai 2022 sur l'état de santé de Mme D. Il retrace le parcours suivi par cette dernière depuis son arrivée sur le territoire français et expose de façon suffisamment précise les raisons pour lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a considéré que l'intéressée ne remplissait pas les conditions requises pour être admise au séjour en tant qu'étrangère malade. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit et en fait. Il ressort de cette motivation que le préfet a bien procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de Mme D avant de rejeter sa demande de titre de séjour alors même qu'il ne fait état, dans les motifs de l'arrêté, ni de la présence en France du frère et de la belle-sœur de l'intéressée, ni de la mesure d'assistance éducative en milieu ouvert dont bénéficient ses enfants.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis () au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " () Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions précitées : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
6. D'une part, Mme D fait valoir que l'avis du collège médical de l'OFII, sur lequel le préfet s'est fondé, est insuffisamment motivé dès lors qu'il n'indique pas la durée prévisible du traitement à suivre. Comme il a été dit au point 1, cet avis, produit par le préfet, mentionne que si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel elle peut voyager sans risque. La mention de la durée du traitement, ainsi qu'il résulte du modèle d'avis figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016, a pour seul objet de préciser si l'état de santé du demandeur nécessite des soins de longue durée ou non pour l'attribution d'un titre de séjour. En l'espèce, dès lors que l'avis émis par le collège n'impliquait pas une telle attribution, le collège n'avait pas à préciser la durée des soins nécessités par l'état de santé de Mme D.
7. D'autre part, Mme D fait valoir que le rapport médical confidentiel rédigé le 7 février 2022 par le médecin rapporteur de l'OFII, sur lequel le collège s'est notamment fondé pour émettre son avis, précisait, s'agissant de la durée du traitement actuel de l'intéressée, que ce traitement devait être suivi " à vie ". Mme D relève que cette précision n'a pas été reprise par le collège dans son avis et en déduit que celui-ci n'a pas disposé de l'ensemble des informations utiles pour émettre son avis, lequel serait, dès lors, erroné. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le rapport médical en cause a bien été transmis au collège le 11 avril 2022. Dès lors et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, il ne saurait être déduit de l'absence d'indication sur la durée du traitement dans l'avis du collège que celui-ci n'aurait pas disposé de l'ensemble des informations utiles pour remplir son office.
8. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Loire-Atlantique s'est approprié les termes de l'avis rendu le 6 mai 2022 par le collège de médecins de l'OFII, sans pour autant s'estimer lié par cet avis. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa propre compétence doit être écarté.
9. En quatrième lieu, il résulte de l'article L. 425-9, cité ci-dessus, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour que cet article prévoit, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'OFII, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut légalement refuser de délivrer le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.
10. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
11. En l'espèce, comme il a été dit au point 1, Mme D a été victime, le 11 mai 2021, d'un AVC ischémique. Elle a été hospitalisée au centre hospitalier universitaire de Nantes du 11 au 31 mai 2021. Son artère carotide interne a fait l'objet d'une thrombectomie et un stent a été posé. L'intéressée a ensuite été accueillie jusqu'au 16 juin 2021 dans un centre hospitalier de réadaptation. Afin de prévenir toute récidive, un traitement au long cours lui a été prescrit. Pour lui permettre de surmonter les séquelles de son AVC, elle a en outre bénéficié de séances d'orthophonie et de kinésithérapie. Il ressort des pièces médicales versées au dossier par l'intéressée, notamment un certificat médical daté du 22 novembre 2022 établi par son médecin traitant, qu'à cette date, proche de celle de la décision attaquée, Mme D, si elle continuait sa rééducation kinésithérapeutique, avait récupéré quasi-totalement de son AVC, ne conservant comme séquelles de celui-ci qu'une fatigabilité et des troubles attentionnels, une hémiparésie droite légère empêchant le port de charge ainsi qu'une endurance à la marche limitée à la montée d'un étage par un escalier. Il ressort des pièces du dossier que sa prise en charge médicale impliquait, à la date de la décision attaquée, la prise d'un traitement composé de quatre médicaments, le Kardegic, destiné à prévenir la récidive d'AVC, la Sertraline, un anti-dépresseur, l'Ezetimibe, un anti-cholestérol, et l'Acetylsalicylique, un anti-inflammatoire. Mme D relève que le préfet admet que certains de ces médicaments, en particulier le Kardegic et la Sertraline, sont indisponibles en Guinée. Toutefois, la circonstance que ces médicaments ne figurent pas dans la liste nationale des médicaments essentiels en Guinée de l'année 2021, produite en défense, ne permet pas de démontrer que ces molécules ne seraient pas commercialisées, à la date de la décision attaquée, dans le pays d'origine de Mme D ni, en tout état de cause, que d'autres médicaments équivalents disponibles en Guinée ne pourraient les remplacer, aucune pièce médicale produite ne mentionnant le caractère non substituable des traitements prescrits à Mme D. Si la requérante soutient que le préfet n'a pas compétence pour apprécier la possibilité de substitution des médicaments disponibles à ceux prescrits, elle ne remet pas en cause au fond cette possibilité. Elle se prévaut par ailleurs d'un certificat médical établi à Kindia le 14 janvier 2023 par un " médecin traitant " guinéen du service de médecine générale de l'hôpital régional de Kindia, qui suggère à Mme D de poursuivre sa prise en charge dans les services de neurologie en France au vu du manque de scanner, d'écho doppler ou encore d'électroencéphalogramme en Guinée, ainsi que d'une fiche pays de 2006 faisant le constat du même manque d'équipements. Elle produit des articles de presse selon lesquels le système de santé de son pays d'origine est défaillant dans la prise en charge des AVC, ainsi que des captures d'écran du site du gouvernement canadien relatives aux conseils donnés aux voyageurs souhaitant se rendre en Guinée, dont il ressort que même dans les structures de santé où le minimum est disponible, les coûts des services restent dissuasifs pour nombre de Guinéens. Toutefois, comme il a été dit, la requérante avait, à la date de la décision attaquée, récupéré quasi-totalement de son AVC. Le préfet de la Loire-Atlantique fait valoir, sans être utilement contredit, en se référant aux informations figurant dans deux fiches Medical Country of Origine Information (MedCOI) de 2017 et 2019 et dans un fichier relatif à la clinique Ambroise Paré de Conakry, daté de 2013, qu'il existe des structures médicales en Guinée dans laquelle les équipements nécessaires au suivi des personnes ayant subi un AVC sont présents. Si la requérante fait valoir qu'elle a bénéficié, à son arrivée en France, d'un suivi psychologique, l'attestation établie le 31 janvier 2023 par une psychologue du centre d'hébergement et de réadaptation sociale dans lequel Mme D est hébergée, qui se borne à indiquer que cette dernière a débuté un suivi psychologique qu'elle investit pleinement depuis le 11 avril 2022, ne permet pas, en l'absence de toute indication sur le degré de gravité et l'évolution des troubles psychologiques dont souffrait l'intéressée à la date de l'arrêté attaqué, de considérer qu'elle ne pourrait bénéficier d'une prise en charge appropriée à cette pathologie en Guinée. Les allégations de l'intéressée selon lesquelles le coût des traitements serait trop élevé dans son pays pour qu'elle y ait effectivement accès ne sont pas davantage étayées. Si, comme il a été dit, son endurance à la marche était limitée, à la date de la décision attaquée, il ne peut être déduit de cette seule mention sur un certificat médical qu'elle ne pouvait, à cette date, voyager sans risque vers la Guinée. Dès lors, en se fondant sur l'avis du collège des médecins de l'OFII pour refuser de délivrer à Mme D le titre de séjour pour raison de santé qu'elle demandait, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté, de même que celui tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
12. En cinquième lieu, il ne ressort pas de la lecture de la demande de titre de séjour, produite par Mme D, que celle-ci aurait invoqué, outre l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le bénéfice de dispositions relatives à la délivrance de titres de séjour pour un motif familial ou bien, en cas de rejet de sa demande, l'existence d'une atteinte à sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le refus de séjour méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, relatif au droit au respect de la vie privée et familiale, ne peut être utilement invoqué pour contester la légalité de la décision portant refus de séjour. Eu égard au fondement de la demande de titre de séjour, qui n'était en relation qu'avec l'état de santé de Mme D, le préfet de la Loire-Atlantique pouvait légalement s'abstenir d'examiner sa situation au regard des stipulations de cet article.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
14. Mme D fait valoir la présence à ses côtés de ses deux enfants mineurs, nés en France, qui bénéficient d'une mesure judiciaire d'assistance éducative en milieu ouvert. Elle soutient que leur intérêt supérieur commande que leur mère sorte de sa situation de grande précarité. Toutefois, comme il a été dit, l'intéressée n'a demandé qu'un titre de séjour pour raison de santé. Le préfet a renoncé à l'obliger à quitter le territoire français. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour raison de santé, le préfet aurait méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants et les stipulations citées au point précédent.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 30 septembre 2022, en tant qu'il porte refus de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation restant en litige, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par Mme D ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme au profit du conseil de Mme D, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement de Mme D de ses conclusions tendant à l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté attaqué du 30 septembre 2022, portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Fleur Pollono.
Délibéré après l'audience du 28 août 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
Mme Claire Martel, première conseillère,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
L. MARTIN
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. MARTEL
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
ads
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026