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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2308351

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2308351

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2308351
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPAPINEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 juin et 24 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Papineau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré, ainsi que la décision implicite par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté son recours gracieux contre la décision portant refus de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elles aient été signées par une autorité compétente ;

- elles sont insuffisamment motivées en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles n'ont pas été précédées de l'examen de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elles sont également entachées d'une erreur de droit, le préfet ayant rajouté une condition à la loi en relevant qu'elle ne justifierait pas ne pas devenir une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale ; elle justifie d'une pleine intégration et de ressources stables et suffisantes ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante colombienne née en juillet 1992 est entrée en France le 5 septembre 2015 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiante et a bénéficié par la suite de titres de séjour portant mention " étudiant ", renouvelés jusqu'au 30 septembre 2021. Puis, elle s'est vu délivrer un titre de séjour " recherche d'emploi " valable jusqu'au 12 août 2022. A son expiration, elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salariée. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 10 mars 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme B a formé, par un courrier reçu en préfecture le 12 avril 2023, un recours gracieux contre la décision préfectorale lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Elle demande au tribunal d'annuler les décisions du 10 mars 2023 ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail ".

3. Par ailleurs, l'article L. 422-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, évoqué par le préfet défendeur dans ses écritures, dispose que : " Lorsque la carte de séjour temporaire portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise" est délivrée en application du 1° de l'article L. 422-10, son titulaire est autorisé, pendant la durée de validité de cette carte, à chercher et à exercer un emploi en relation avec sa formation ou ses recherches, assorti d'une rémunération supérieure à un seuil fixé par décret et modulé, le cas échéant, selon le niveau de diplôme concerné. / A l'issue de cette période d'un an, l'intéressé pourvu d'un emploi ou d'une promesse d'embauche satisfaisant aux conditions énoncées au 1° de l'article L. 422-10 se voit délivrer la carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire" prévue aux articles L. 421-1 ou L. 421-3, ou la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "passeport talent", "passeport talent-carte bleue européenne" ou "passeport talent-chercheur" prévue aux articles L. 421-9, L. 421-10, L. 421-11, L. 421-14 ou L. 421-20, sans que lui soit opposable la situation de l'emploi ". Aux termes de l'article D. 5221-21-1 du code du travail : " Le seuil de rémunération mentionné () à l'article L. 422-11 () est fixé à une fois et demie le montant de la rémunération minimale mensuelle ". Aux termes de l'article R. 5221-21 du code du travail : " Les éléments d'appréciation mentionnés au 1° de l'article R. 5221-20 [situation de l'emploi] ne sont pas opposables lorsque la demande d'autorisation de travail est présentée au bénéfice de : / () 2° L'étranger, titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise" délivrée en application des articles L. 422-10 ou L. 422-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui présente un contrat de travail en relation avec sa formation ou ses recherches et assorti d'une rémunération supérieure à un montant fixé par décret () ".

4. Il ressort des pièces du dossier notamment de la motivation de l'arrêté attaqué du 10 mars 2023 que pour refuser de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire mention " salarié ", le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée ne justifiait de ressources au moins équivalentes au salaire minimum à temps plein. Ainsi que l'invoque la requérante, les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui exigent la détention préalable d'une autorisation de travail, ne subordonnent pas la délivrance de la carte de séjour mention " salarié " à un montant minimal de rémunération mensuelle, mais uniquement, par renvoi aux dispositions du code du travail, au respect du montant minimum de rémunération horaire. Si dans ses écritures en défense, le préfet de la Loire-Atlantique relève que Mme B ne remplirait les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 422-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne justifierait pas d'un salaire mensuel égal à une fois et demi le salaire minimum mensuel, la demande de l'intéressée, dont il est constant qu'elle bénéficiait d'une autorisation de travail, la plateforme de la main d'œuvre étrangère ayant émis le 2 décembre 2022 un avis favorable à sa demande, ne tendait pas à la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans opposition de la situation de l'emploi, mais à un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code. Il suit de là que Mme B est fondée à invoquer l'erreur de droit entachant le refus de séjour qui lui a été opposé.

5. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que Mme B est fondée à demander l'annulation du refus de séjour du 10 mars 2023. L'annulation du refus de séjour entraine par voie de conséquence l'annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, ainsi que le rejet implicite de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, et dès lors qu'il est constant que Mme B bénéficiait d'une autorisation de travail délivrée en décembre 2022, l'exécution du présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans la situation de fait ou de droit de l'intéressée, que le préfet de la Loire-Atlantique lui délivre, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois, une carte de séjour temporaire mention " salarié ". Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Papineau de la somme de 1 200 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du 10 mars 2023 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée, ainsi que la décision implicite portant rejet du recours gracieux de Mme B, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Papineau, avocate de Mme B, la somme de 1200 (mille deux cents) euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la Loire-Atlantique et Me Papineau.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

hm

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