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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2308452

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2308452

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2308452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 7ème chambre
Avocat requérantMOUTEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juin 2023, Mme C A D, représentée par Me Moutel, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 12 mai 2023 par lesquelles le préfet de la Sarthe l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe à titre principal de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté était compétent ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; elle encourt des risques de mauvais traitements en cas de retour au Soudan, la région du sud Kordofan, dont elle est originaire, étant caractérisée par une situation de violence aveugle ; elle a subi des mauvais traitements dans son pays d'origine ;

- elle est en couple avec un compatriote bénéficiant de la qualité de réfugié, et est enceinte, le terme de la grossesse étant fixé à juillet 2023 ; sa grossesse est compliquée en raison de son état de santé ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison des risques encourus dans son pays d'origine ;

- la décision porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et méconnait l'intérêt supérieur de son enfant à naitre, en méconnaissance des stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que son compagnon, père de son enfant à naitre, reconnu réfugié ne peut se rendre au Soudan.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête de Mme A D.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A D ne sont pas fondés.

Mme A D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A D, ressortissante soudanaise née en mai 1990, est entrée en France en septembre 2021. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 mars 2022. Son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 5 octobre 2022. Mme A D a demandé le réexamen de son admission au bénéfice de l'asile mais cette demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 décembre 2022. Son recours contre cette décision a été rejeté le 9 mars 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Par des décisions du 12 mai 2023, le préfet de la Sarthe a obligé Mme A D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Mme A D demande l'annulation des décisions du 12 mai 2023.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté a été signé pour le préfet par M. E B, directeur délégué. Par un arrêté du 15 décembre 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, le préfet de la Sarthe a donné une délégation à M. B, directeur de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer " les arrêtés, correspondances () " et notamment au titre du bureau du droit au séjour " - arrêtés portant obligation de quitter le territoire français, avec ou sans délai / - arrêtés et décisions portant fixation du pays de renvoi () ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

4. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel Mme A D pourrait être reconduite d'office. La requérante ne peut utilement invoquer, à l'encontre de cette première décision, les risques de mauvais traitements qu'elle encourrait en cas de retour au Soudan.

5. En second lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. Mme A D invoque la relation qu'elle a nouée avec un compatriote titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2027 en qualité de réfugié et le fait qu'elle est enceinte d'un enfant à naitre en juillet 2023. Néanmoins, Mme A D est présente en France depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée. Si le couple s'est déclaré en tant que tel auprès de la caisse d'allocations familiales à compter du mois d'octobre 2021, un mois après l'entrée en France de la requérante, la relation n'avait une ancienneté que d'un an et cinq mois à la date de la décision contestée. Enfin, à cette même date, l'enfant du couple n'était pas encore né, le terme de la grossesse n'étant prévu que pour le mois de juillet 2023. Dans ces conditions, compte tenu des conditions du séjour en France de Mme A D et de la nature de ses attaches privées et familiales, le préfet de la Sarthe n'a pas porté au droit de l'intéressée à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de cette convention stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Si Mme A D invoque les risques encourus en cas de retour au Soudan, du fait de son implication dans une association caritative, elle ne produit à l'appui de ses dires que deux témoignages extrêmement succincts, émanant l'un d'un tiers et non signée, et l'autre d'elle-même. Dès lors les documents produits à l'appui de son moyen ne permettent pas d'établir la réalité des risques encourus alors que tant sa demande d'asile que sa demande de réexamen ont été rejetées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'atteinte excessive portée au droit de Mme A D à une vie privée et familiale normale et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du jugement.

10. En dernier lieu, l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Mme A D ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'intérêt supérieur de son enfant, celui-ci n'étant pas né à la date des décisions attaquées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A D doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A D, à Me Moutel et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La magistrate désignée,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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