jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2308480 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | ROULLEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Roulleau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Giraud, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante béninoise née le 7 août 1983, est entrée en France le 5 septembre 2016, sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire le 24 juin 2019. Sa demande de reconnaissance la qualité de réfugiée a été rejetée par une décision du 31 décembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Elle a sollicité du préfet de Maine-et-Loire une protection contre l'éloignement sur le fondement de l'article L. 511-4 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Il lui a été délivré une carte de séjour temporaire valable du 15 février 2021 au 15 novembre 2021. Mme A a ensuite sollicité le renouvellement de son titre de séjour pour raisons de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 17 mai 2022. Le 24 janvier 2023, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours contre la décision de l'OFPRA. Par un arrêté du 23 mai 2023, le préfet de Maine-et-Loire a obligé Mme A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes du 9° de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français " L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que dans le cadre du renouvellement demande de titre de séjour étranger malade le 19 novembre 2021, le préfet de Maine-et-Loire a sollicité l'avis du collège des médecins du service médical de l'OFII. Pour refuser la délivrance du titre de séjour que Mme A avait sollicité au regard de son état de santé, le préfet, faisait sienne la teneur de l'avis du 7 mars 2022 du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration qui a estimé que cet état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour l'intéressée, laquelle peut voyager sans risques. Mme A produit dans la présente instance exactement les mêmes documents et informations. Elle indique être prise en charge par le centre universitaire hospitalier d'Angers dans la cadre de dysménorrhées invalidantes. Toutefois, les certificats médicaux des 8 décembre 2021 et 4 juillet 2022 qu'elle produit, émanant d'une gynécologue-obstétricienne du centre hospitalier d'Angers et du médecin traitant de Mme A, ainsi que les échanges produits, qui indiquent seulement que l'intéressée bénéficie d'un suivi régulier et doit disposer d'un accès facilité à des médicaments antalgiques, sans autre précision, ne sauraient être regardés comme suffisants pour établir qu'un défaut de prise en charge médicale pourrait entraîner pour la requérante des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'elle ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans le pays de destination. Si Mme A soutient également bénéficier d'un suivi en hématologie pour des crises vaso-occlusives avec douleurs des membres et artralgies dans le cadre d'une drépanocytose, elle ne verse aucun élément permettant d'établir l'existence de sa pathologie. Enfin, si Mme A indique être suivie au plan psychiatrique par l'association France Horizon, les comptes rendus d'entretiens psychologiques versés au dossier, rédigés par une psychologue clinicienne, indiquent seulement que Mme A bénéficie d'un suivi psychologique régulier et bihebdomadaire, ne peuvent être regardés comme suffisants pour établir qu'un défaut de prise en charge pourrait entraîner pour la requérante des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'elle ne pourrait bénéficier d'un traitement psychiatrique approprié dans le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
4. En deuxième lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tout d'abord, tel n'est pas le cas de la mise en œuvre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel ne prescrit pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Il en résulte que Mme A ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de ce qu'elle aurait déposé une demande de titre de séjour avant que ne soit prise l'obligation de quitter le territoire français dès lors que cette demande l'était sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'en tout état de cause les éléments qu'elle a apporté au soutien de sa demande étaient exactement les mêmes que ceux qu'elle avait produit dans ses précédentes demandes de titre de séjour.
5. En troisième et dernier lieu, si Mme A se prévaut d'une durée de présence sur le territoire français pendant une durée de plus de six ans à la date de la décision attaquée, celle-ci s'explique par le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile et un titre de séjour étranger malade. Il est au surplus constant que l'intéressée a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle elle n'a pas déféré. Si Mme A se prévaut de la nécessité de sa présence en France compte tenu de ce qu'elle s'occupe de son fils scolarisé sur le territoire français, elle ne fait état d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Bénin, où son fils pourra poursuivre sa scolarité. En outre, si Mme A produit un grand nombre de fiches de paie pour la période antérieure à la décision attaquée, celles-ci sont la plupart du temps pour des contrats courts, et ne suffisent pas à caractériser une situation professionnelle stable et durable. Egalement, si elle justifie participer à des activités de bénévolat auprès du Secours catholique depuis septembre 2019 et fait l'objet d'un accompagnement dans le plan local pour l'insertion et l'emploi d'Angers Loire Métropole depuis le 6 juillet 2021, ces éléments ne permettent pas d'établir des liens intenses, anciens et stables en France. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la légalité de la décision fixant le pays d'éloignement :
6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
7. Mme A n'apporte aucun élément, à l'exception de son récit devant l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et des témoignages de son frère et de sa sœur, permettant d'établir qu'elle serait personnellement et directement exposée à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 31 décembre 2021 et son recours contre cette décision rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 24 janvier 2023. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en fixant le pays de destination, le préfet de Maine-et-Loire a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Roulleau.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Giraud, président,
Mme Beyls, conseillère,
M. Huet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
Le président-rapporteur,
T. GIRAUD
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
M. BEYLS
Le greffier,
G. VIEL
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
mc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026