mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2308521 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin 2023 et 25 avril 2024 sous le n° 2308521, Mme F E I, agissant en son nom et en qualité de représentante légale de l'enfant mineur H D D, représentée par Me Huard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 24 octobre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté le recours dirigé contre la décision du 14 février 2023 de l'autorité consulaire française à Kinshasa (république démocratique du Congo) refusant à l'enfant H D D la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de membre de famille d'une réfugiée ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer la demande de visa dans la même condition de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est signée d'une autorité incompétente ;
- cette même décision, fondée sur le motif tiré de ce que le demandeur constitue une menace à l'ordre public, est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 561-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle procède d'une appréciation manifestement erronée de la conformité de l'acte d'état civil produit avec les dispositions du code de la famille congolais ;
- ladite décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés et que la décision pouvait légalement être fondée sur un autre motif, tiré de ce que la requérante ne justifie pas du lien de filiation du demandeur avec elle en l'absence d'éléments de possession d'état substantiels et convaincants.
II- Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin 2023 et 25 avril 2024 sous le n° 2308523, Mme B D E et Mme F E I, représentées par Me Huard, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision du 18 juillet 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 4 février 2023 de l'autorité consulaire française à Kinshasa (république démocratique du Congo) refusant à Mme B D E la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de membre de famille d'une réfugiée ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer la demande de visa dans la même condition de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- cette même décision est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 561-3 et R. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle procède d'une appréciation manifestement erronée de l'âge de la demandeuse à la date de demande de délivrance du visa ;
- ladite décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés et que la décision pouvait légalement être fondée sur d'autres motifs, tirés de ce que, d'une part, le décès du père de la demandeuse n'est pas établi par l'acte d'état civil produit, lequel présente un caractère apocryphe et, d'autre part, les requérantes ne justifient pas du lien de filiation les unissant en l'absence d'éléments de possession d'état substantiels et convaincants.
III- Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin 2023 et 25 avril 2024 sous le n° 2308524, Mme F E I, agissant en son nom et en qualité de représentante légale de l'enfant mineure G D A, représentée par Me Huard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 24 octobre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté le recours dirigé contre la décision du 14 février 2023 de l'autorité consulaire française à Kinshasa (république démocratique du Congo) refusant à l'enfant G D A la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de membre de famille d'une réfugiée ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer la demande de visa dans la même condition de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est signée d'une autorité incompétente ;
- cette même décision, fondée sur le motif tiré de ce que la demandeuse constitue une menace à l'ordre public, est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 561-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle procède d'une appréciation manifestement erronée de la conformité de l'acte d'état civil produit avec les dispositions du code de la famille congolais ;
- ladite décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés et que la décision pouvait légalement être fondée sur un autre motif, tiré de ce que la requérante ne justifie pas du lien de filiation de la demandeuse avec elle, en l'absence d'éléments de possession d'état substantiels et convaincants.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F E I, ressortissante congolaise, née le 14 février 1983, s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 6 juillet 2016. Mme B D E, née le 2 février 2003 et les enfants mineurs G D A, née le 18 juin 2009 et H D D, né le 16 juillet 2006, ses enfants allégués, ont sollicité la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à Kinshasa (république démocratique du Congo), en qualité de membres de famille d'une réfugiée. Par des décisions respectivement des 4 et 14 février 2023, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par une décision du 18 juillet 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a recommandé au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer les visas sollicités pour les enfants mineurs H D D et G D A. Par deux décisions du 24 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé aux enfant mineurs H D D et G D A la délivrance desdits visas. Par une décision implicite née le 6 mai 2023, à laquelle s'est substituée une décision expresse du 18 juillet 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision consulaire refusant la délivrance d'un visa à Mme D E. Les requérantes demandent l'annulation des décisions du ministre du 24 octobre 2023, ainsi que de la décision du 18 juillet 2023 de la commission de recours.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2308521, 2308523 et 2308524 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions du ministre de l'intérieur et des outre- mer du 24 octobre 2023 :
3. Pour rejeter les recours dont il était saisi, relatifs aux demandes de visas présentées au profit des enfants mineurs H D D et G D A, le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est fondé sur le motif tiré de ce que le décès de M. C D, leur père allégué, n'est pas établi par l'acte d'état civil produit, dressé en 2021, soit douze ans après le décès allégué, et non conforme à la législation locale faute d'être accompagné d'un acte de notoriété supplétif.
4. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. Aux termes de l'article L 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". L'article L 561-5 de ce code précise par ailleurs que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ". Enfin, aux termes des articles L. 434-3 et L. 434-4 du même code, rendus applicables à la procédure de réunification familiale par l'article L. 561-4 de ce code : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ", et que : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. ".
5. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France. Figure au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des actes d'état civil produits.
6. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ", ce dernier disposant que " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
7. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
8. Si, pour rejeter les recours dirigés contre les décisions consulaires du 14 février 2023 refusant aux enfants mineurs H D D et G D A la délivrance de visas d'entrée et de long séjour, le ministre s'est fondé sur le motif tiré du caractère apocryphe de l'acte de décès de M. C D, père allégué des demandeurs de visas, en ce que cet acte ne serait pas conforme à la législation locale faute d'être accompagné d'un acte de notoriété supplétif, il n'en justifie pas. En outre, la circonstance que cet acte a été établi douze ans après le décès n'est pas de nature, à elle seule, à établir le défaut de caractère probant de cet acte d'état civil. Par suite, le décès du père des enfants H D D et G D A doit être tenu pour établi. En conséquence, et dès lors par ailleurs que l'identité des demandeurs de visas et leur lien de filiation avec la réunifiante doivent être regardés comme étant établis par les actes de naissance et les jugements supplétifs produits, dont l'authenticité n'est pas sérieusement contestée par le ministre, ce dernier a entaché ses décisions du 24 octobre 2023 d'une erreur d'appréciation.
9. Toutefois l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
10. Dans ses mémoires en défense, le ministre de l'intérieur et des outre-mer oppose, pour justifier du bien-fondé des décisions attaquées, de ce que les requérants ne justifient pas de leur lien de filiation avec Mme E I.
11. A cet égard, si le ministre fait valoir que les documents d'état civil produits par les demandeurs de visas pour justifier de leur identité et de leur lien de filiation avec la réunifiante, d'une part, n'ont pas été certifiés par les autorités congolaises et, d'autre part, que le jugement supplétif n° RC 7776 du 4 octobre 2017 du tribunal de paix de Boma (république démocratique du Congo), a été rendu à la demande de Mme E I et postérieurement à l'obtention par celle-ci du statut de réfugiée alors même que sa présence le jour de l'audience y est mentionnée, il ne justifie ni même n'allègue que de telles circonstances sont, à elles seules, de nature à établir le caractère apocryphe des actes d'état civil en cause. Ainsi, l'identité des demandeurs de visas et leur lien de filiation avec la réunifiante doivent être tenus pour établis par les seuls actes d'état civil versés au dossier, sans qu'il soit besoin d'examiner les éléments de possession d'état substantiels et convaincants. Par suite, la substitution de motif demandée par le ministre ne peut être accueillie.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes n° 2308521 et 2308524, que les décisions du 24 octobre 2023 du ministre de l'intérieur et des outre-mer doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 18 juillet 2023 :
13. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
14. Il résulte de ce qui précède que la requête n° 2308523 de Mme E I et Mme D E tendant à l'annulation de la décision implicite née le 6 mai 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours dirigé contre la décision du 4 février 2023 de l'autorité consulaire française à Kinshasa (république démocratique du Congo) refusant à Me D E la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour, doit être regardée comme dirigée contre la décision du 18 juillet 2023 par laquelle la commission de recours a expressément rejeté ce recours.
15. Pour rejeter le recours dont elle était saisie, relatif à la demande de visa de Mme D E, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce que, en application des articles L. 561-2 et R. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme D E, âgée de plus de 19 ans à la date du dépôt de sa demande de visa, n'était, au regard de sa situation personnelle, pas éligible à la procédure de réunification familiale.
16. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'âge de l'enfant pour lequel il est demandé qu'il puisse rejoindre son parent réfugié doit être apprécié à la date de la demande de réunification familiale, c'est-à-dire à la date à laquelle est présentée la demande de visa à cette fin, sans qu'aucune condition de délai ne puisse être opposée. La circonstance que cette demande de visa ne peut être regardée comme effective qu'après son enregistrement par l'autorité consulaire, qui peut intervenir à une date postérieure, est sans incidence à cet égard.
17. Afin de justifier que Mme D E, née le 2 février 2003, était âgée de moins de 19 ans à la date à laquelle elle a déposé sa demande de visa, les requérantes versent aux débats la copie du récépissé délivré par l'autorité consulaire française à Kinshasa, faisant état du rendez-vous fixé à l'intéressée dans les locaux du service des visas du poste consulaire le 28 décembre 2021. La circonstance que les frais d'enregistrement de la demande n'aient été acquittés que le 16 mars 2022 est sans incidence sur la date à prendre en compte pour apprécier l'âge de la demandeuse à la date de la demande de réunification familiale, intervenue en l'espèce le 28 décembre 2021, alors que l'intéressée n'avait pas atteint l'âge de 19 ans. Par suite, les requérantes sont fondées à soutenir qu'en opposant le motif tiré de ce que Mme D E, âgée de plus de 19 ans à la date du dépôt de sa demande de visa, n'était pas éligible à la procédure de réunification familiale, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
18. Toutefois, dans les conditions exposées au point 9, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision.
19. Dans son mémoire en défense, le ministre de l'intérieur et des outre-mer oppose, pour justifier du bien-fondé de la décision attaquée, que, d'une part, le décès du père de la demandeuse n'est pas établi par l'acte d'état civil produit, qui présente un caractère apocryphe et, d'autre part, la requérante ne justifie pas du lien de filiation de la demandeuse avec Mme E I.
20. Il résulte des motifs énoncés aux points 8 et 11, d'une part, que l'identité de Mme D E et le lien de filiation l'unissant à la réunifiante doivent être tenus pour établis par les actes d'état civil produits, sans qu'il soit besoin d'examiner les éléments de possession d'état, et, d'autre part, que le décès de M. C D, père allégué de la demandeuse de visa, doit être tenu pour établi par l'acte de décès versé. Par suite, la substitution de motifs demandée par le ministre ne peut être accueillie.
21. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n° 2308523, que la décision du 18 juillet 2023 de la commission de recours doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
22. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance des visas d'entrée et de long séjour en France demandés par Mme D E et pour les enfants G D A et H D D, dans un délai de deux mois suivant sa notification.
Sur les frais liés au litige :
23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme globale de 1 200 euros, à verser à Mme E I et Mme D E, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions du 24 octobre 2023 du ministre de l'intérieur et des outre-mer sont annulées.
Article 2 : La décision du 18 juillet 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer des visas d'entrée et de long séjour en France à Mme D E et aux enfants G D A et H D D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'État versera à Mme E I et Mme D E la somme globale de 1200 euros (mille deux cents euros) en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E I, Mme B D E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Roncière, première conseillère,
M. Revéreau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
Le rapporteur,
P. REVEREAU
Le président,
P. BESSE La greffière,
S. BRIAND
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
5, 2308523, 2308524
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026