mercredi 7 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2308567 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 juin 2023 et 25 octobre 2023, Mme C E, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2023 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil, si le bénéfice de l'aide juridictionnelle lui était accordé, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative et à son profit, si le bénéfice de l'aide juridictionnelle lui était refusé, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour n'a pas été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure : l'avis rendu par le collège de médecin de l'Office française de l'immigration et de l'intégration (OFII) quant à sa situation ne lui a pas été communiqué, il n'est pas établi que l'avis résulte d'une délibération collégiale, il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale à laquelle elle ne peut avoir accès dans son pays d'origine ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme E a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Rimeu a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, ressortissante géorgienne née le 5 juillet 1966 est entrée en France le 23 octobre 2021. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugiée a été rejetée par une décision du 7 avril 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 20 septembre 2022. Sa demande de réexamen a également été rejetée. Elle a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 26 avril 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B, adjoint à la cheffe du bureau du droit au séjour des étrangers à la préfecture de la Sarthe. Par un arrêté du
15 décembre 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe a donné délégation, en l'absence de Mme D, cheffe du bureau du droit au séjour des étrangers à la préfecture de la Sarthe, à son adjoint, M. B, à l'effet de signer les décisions dont la délégation a été donné à Mme D en cas d'empêchement de M. A, directeur de la citoyenneté et de la légalité et notamment les décisions relatives " au refus ou au renouvellement de titre de séjour () ". Dès lors et dans la mesure où l'absence ou l'empêchement simultanés, le 26 avril 2023, de M. A et de Mme D ne sont pas même allégués, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour vise les textes dont elle fait l'application, notamment l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne les circonstances particulières de la situation de la requérante ayant conduit le préfet de la Sarthe à refuser de lui délivrer un titre de séjour et notamment la circonstance que si l'état de santé de Mme E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle aura accès à son traitement dans son pays d'origine. Partant, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et sera écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ". Les conditions d'application de ces dispositions ont été définies aux articles R. 425-11 à R. 425-13 du même code et précisées par l'arrêté du
27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Les dispositions précitées instituent une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger se disant malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.
6. D'une part, le préfet de la Sarthe produit l'avis émis le 28 février 2023 par le collège de médecins de l'OFII relatif à l'état de santé de la requérante, établi selon le modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016. Il ressort des pièces du dossier que cet avis a été rendu par trois médecins, dont il comporte les signatures. Par ailleurs, il est établi que la médecin ayant rédigé le rapport médical du 14 février 2023 concernant la requérante n'était pas au nombre des médecins formant ce collège. Ces médecins n'étaient, en tout état de cause, pas tenus, avant de répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux. Il en résulte que
Mme E n'est pas fondée à soutenir que l'avis du 28 février 2023 a été émis dans des conditions irrégulières et que, pour cette raison, l'arrêté attaqué a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière.
7. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, dans ce cas il appartient à l'autre partie dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
8. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Sarthe a, faisant sienne la teneur de l'avis du médecin de l'OFII du 28 février 2023, estimé que si l'état de santé de Mme E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, son traitement était disponible dans son pays d'origine.
9. Il ressort des pièces du dossier et notamment des certificats et compte-rendu médicaux versés au dossier que Mme E a souffert d'un cancer du sein pour lequel elle a subi une chimiothérapie et une chirurgie et qu'elle a débuté ensuite, en mars 2022, une hormonothérapie par prise de Fémara, qui se poursuit à ce jour et doit être suivie pendant une durée de cinq ans. Il n'est pas contesté que l'arrêt de ce traitement pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de la requérante. En revanche, si le Fémara ne figure pas dans la liste générale des médicaments essentiels dressée par l'OMS, il ne ressort pas des éléments produits par la requérante que le Fémara ne serait pas disponible en Géorgie, où, selon les conclusions du comité européen des droits sociaux de 2021, il existe bien des traitements par hormonothérapie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".
11. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est arrivée en France en octobre 2021 soit depuis un et demi à la date de la décision attaquée. Son séjour est ainsi récent. Si elle se prévaut de la présence sur le territoire de ces deux fils, l'aîné fait lui aussi l'objet d'une obligation de quitter le territoire français alors que le benjamin, mineur, a vocation à suivre sa mère dans son pays d'origine. Mme E ne justifie d'aucun autre lien en France d'une particulière intensité, stabilité ou ancienneté alors qu'elle a nécessairement conservé des attaches en Géorgie où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où réside son frère. Par ailleurs, elle ne justifie pas d'une intégration particulière dans la société française par sa seule inscription à des cours de français. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de Mme E en France, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
13. Il n'est pas établi par Mme E, qui se borne à affirmer que son employeur l'a agressée suite à son refus de procéder à un détournement de fond sans apporter aucun élément au soutien de ses allégations, que sa vie ou sa liberté serait menacée en Géorgie ou qu'elle risquerait d'y être soumise à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il en résulte qu'elle n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination, seule décision de l'arrêté attaqué à l'encontre de laquelle ce moyen est opérant, méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F, au préfet de la Sarthe et à Me Rodrigues Devesas.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Jégard, premier conseiller,
Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2024.
La présidente-rapporteuse,
S. RIMEU
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
X. JEGARD
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026