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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2308666

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2308666

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2308666
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a examiné la requête de M. B..., inspecteur des finances publiques, contestant la décision du 3 mai 2023 lui réclamant un trop-perçu d'indemnité de sujétion géographique de 2 978,41 euros et le refus de frais de repas. Le tribunal a constaté que la somme litigieuse, assortie des intérêts de retard, avait été intégralement restituée à M. B... sur sa paye de novembre 2023, rendant sans objet ses conclusions en annulation et en restitution. En revanche, le tribunal a rejeté les conclusions indemnitaires pour troubles dans les conditions d'existence, faute de demande préalable à l'administration et d'éléments probants, ainsi que la demande de paiement de titres restaurant, non justifiée. La solution retenue est un non-lieu à statuer sur les conclusions principales et un rejet du surplus des demandes, en application des dispositions du code général de la fonction publique et du décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 juin 2023 et le 13 janvier 2024, M. B... demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la décision du 3 mai 2023 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de Maine-et-Loire lui a indiqué que la somme de 2 978,41 euros lui avait été versée à tort au titre de l’indemnité de sujétion géographique (ISG) et que cet indû de rémunération serait précompté sur sa paye du mois de juin 2023, et lui a refusé le versement de frais de repas au titre de onze jours d’affectation en Guyane ;

2°) de lui restituer la somme de 2 978,41 euros retenue sur à tort sur sa paye assortie des intérêts au taux légal ;

3°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 128,75 euros au titre de frais de mission pour la période du 1er septembre au 11 septembre 2022 à hauteur de 128,75 euros ;

4°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 3 347,86 euros au titre des préjudices subis du fait des troubles causés dans les conditions d’existence ;

5°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 500 euros à lui verser en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- c’est à tort que lui a été signalé un indu de rémunération, dès lors qu’il avait droit à la liquidation de l’indemnité de sujétion géographique sur la base du décret du 15 avril 2013, et que les dispositions du décret du 26 avril 2022 ne trouvaient pas à s’appliquer, ce qui lui avait été confirmé par les services des ressources humaines de la direction générale des finances publiques ;
- l’Etat a manqué de probité à son égard au sens de l’article 432-10 du code pénal ;
- il n’a pas été destinataire d’un titre de recette et n’a donc pas pu obtenir de délai de paiement, la somme ayant été prélevée sur la paye du mois de mai 2023 en méconnaissance des termes mêmes de la décision du 3 mai 2023 ; il ne lui a pas été exposé le mode de liquidation et de détermination de l’indu ;
- la somme a été prélevée en méconnaissance des règles fixant le montant de la quotité saisissable, dès lors que n’ont pas été pris en compte les deux enfants dont il a la charge ;
- ces fautes justifient une indemnisation des troubles dans les conditions d’existence à hauteur de 3 500 euros ;
- il avait droit au paiement de sept titres restaurant qui ne lui ont pas été attribués, pour la période du 1er septembre au 11 septembre 2022 à hauteur de 128,75 euros.


Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024 le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l’indu de rémunération a été réclamé à tort, la somme et les intérêts correspondants ayant été versés sur la paye du mois de novembre 2023 ; les conclusions dirigées contre la décision du 3 mai 2023 sont donc devenues sans objet ;
- le requérant n’apporte aucun élément pour justifier du montant demandé de 3 346,86 euros ;
- la demande de réparation de préjudice subi au titre des troubles dans les conditions d’existence à hauteur de 3 500 euros n’a pas été précédée d’une demande à l’administration et n’est pas étayée ; elle est donc irrecevable ;
- le requérant n’apporte aucun élément pour justifier de l’existence d’une décision lui refusant l’octroi de titres restaurant, et n’apporte aucun élément de nature à établir les faits allégués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 ;
- l’arrêté du 3 juillet 2006 fixant les taux des indemnités de mission prévues à l'article 3 du décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements temporaires des personnels civils de l'Etat ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Cabon, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Revéreau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

M. B..., inspecteur divisionnaire des finances publiques classe normale 2ème échelon, a été affecté à Cayenne, en Guyane, du 1er septembre 2019 au 11 septembre 2022. Par une décision du 3 mai 2023, le directeur départemental des finances publiques de Maine-et-Loire lui a indiqué qu’il était redevable d’un trop perçu d’indemnité de sujétion géographique de 2 978,41 euros et que ce montant serait précompté sur la paye de juin 2023. M. B... demande au tribunal l’annulation de cette décision et la restitution des sommes prélevées, ainsi que l’indemnisation du préjudice subi du fait de cette décision, à hauteur de 3 347,86 euros et le paiement de tickets restaurant à hauteur de 128,75 euros.

Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision du 3 mai 2023 et à fin de restitution de la somme de 2 978, 41 euros :

Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l’introduction de la requête, le montant de 2 978,41 euros, qui avait été prélevé sur les payes de M. B... des mois de mai et de juin 2023, a été intégralement restitué au requérant, ainsi qu’en atteste le bulletin de paye de l’intéressé du mois de novembre 2023, produit par le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Il ressort de ces mêmes pièces, et notamment de la capture d’écran produite par le ministre le 5 février 2024 que le montant des intérêts de retard sur cette somme, pour un montant de 89,68 euros, a été versé à M. B.... Ces deux versements effectués au bénéfice de M. B... doivent être regardés comme rendant sans objet la requête dirigée contre la décision attaquée du 3 mai 2023, laquelle ne se prononçait pas sur une demande de l’intéressé relative aux frais de restauration. Il n'y a pas lieu, en conséquence, pour le tribunal, de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant.

Il résulte également de ce qui précède que les conclusions à fin de restitution de la somme de 2 978,85 euros assortie des intérêts au taux légal sont devenues sans objet et qu’il n’y a pas lieu d’y statuer.

Sur les conclusions à fin d’indemnisation des troubles de M. B... dans ses conditions d’existence :

Aux termes du second alinéa de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « Lorsque la requête tend au paiement d’une somme d’argent, elle n’est recevable qu’après l’intervention de la décision prise par l’administration sur une demande préalablement formée devant elle ».

Il résulte de l’instruction que M. B... n’a présenté aucune demande indemnitaire préalable au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique. En dépit de la fin de non-recevoir opposée par le ministre pour défaut de liaison du contentieux, dans son mémoire en défense régulièrement communiqué au requérant le 12 janvier 2024, M. B... n’a pas régularisé sa demande. Par suite, ses conclusions indemnitaires sont irrecevables et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie.

Sur les conclusions à fin de paiement de frais de restauration :

Aux termes du décret du 3 juillet 2006 modifié fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements temporaires des personnels civils de l'Etat : « Lorsque l'agent se déplace pour les besoins du service à l'occasion d'une mission, d'une tournée ou d'un intérim, il peut prétendre : à la prise en charge de ses frais de transport ; à des indemnités de mission qui ouvrent droit, cumulativement ou séparément, selon les cas, au remboursement forfaitaire des frais supplémentaires de repas, au remboursement forfaitaire des frais et taxes d'hébergement et, pour l'étranger et l'outre-mer, des frais divers directement liés au déplacement temporaire de l'agent. (…) ». Et l’article 1 de l’arrêté du 3 juillet 2006 modifié fixant le taux des indemnités de mission prévues à l'article 3 du décret prévoit que les frais de repas sont indemnisés à hauteur de 17,5 euros.

Si M. B... fait valoir, sur le fondement des dispositions précitées, qu’il a droit au paiement de « tickets restaurant » à hauteur de 8,75 euros par repas du midi, et au paiement de frais de repas du soir à hauteur de 17,5 euros par repas pour la période du 1er septembre 2022 au 11 septembre 2022, il ne produit aucun élément relatif à la mission, à la tournée ou à l’intérim qui lui aurait été confié et qui justifierait le paiement de ces sommes sur le fondement du décret précité du 3 juillet 2006. Par suite, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, ses conclusions à fin d’annulation du rejet de sa demande du 30 novembre 2022 tendant au paiement des titres restaurant pour la période du 1er septembre au 12 septembre 2022, ainsi qu’au paiement des sommes correspondantes, doivent être rejetées.

Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions aux fins d’annulation et d’indemnisation présentées par M. B... doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.







D E C I D E :



Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête aux fins d’annulation de la décision du 3 mai 2023 du directeur départemental des finances publiques de Maine-et-Loire et de restitution de la somme de 2 978,85 euros assortie des intérêts au taux légal.


Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.


Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.

Copie sera adressée, pour information, à la direction régionale des finances publiques.


Délibéré après l'audience du 11 mai 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Picquet, présidente,
M. Cabon, premier conseiller,
M. Ossant, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.


Le rapporteur,

P. Cabon
La présidente,

P. Picquet




La greffière,




A. Chabanne


La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



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