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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2308852

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2308852

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2308852
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantPIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juin 2023, M. A E et Mme D C épouse B, représentés par Me Pierre, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision née le 22 mai 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisi d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Lomé (Togo) refusant de leur délivrer des visas de long séjour en qualité de visiteurs a, à son tour, implicitement refusé de délivrer les visas sollicités ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à défaut, de procéder au réexamen des demandes dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, faute pour la commission de recours d'avoir répondu à leur demande de communication des motifs dans le délai imparti ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux dès lors qu'il leur a été délivré des visas de " long séjour temporaires - V2 VLST - dispense TS " d'une durée de six mois au lieu des visas de long séjour visiteurs qu'ils ont sollicités ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qui concerne la date de validité de leur passeport ;

- ils remplissent toutes les conditions auxquelles la délivrance des visas sollicités est subordonnée, et notamment celle relative à la nécessité de résider en France ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Tavernier,

- les conclusions de M. Barès, rapporteur public,

- et les observations de Me Pollono, substituant Me Pierre, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 janvier 2023, l'autorité consulaire française à Lomé (Togo) a délivré à M. A E et à Mme D C épouse B, ressortissants togolais des visas de long séjour temporaires, assortis de la mention " V2 VLST Dispense TS ", valables du 24 janvier au 23 juillet 2023. Considérant qu'ils avaient sollicité des visas de long séjour en qualité de visiteurs et qu'il n'avait pas été fait droit à leurs demandes, M. et Mme B ont saisi, d'un recours administratif préalable obligatoire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui a implicitement refusé, par une décision née le 22 mai 2023 dont ils demandent l'annulation, de leur délivrer de tels visas.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et

L. 421-13 à L. 421-24. ". Aux termes de l'article R. 431-16 du même code : " Sont dispensés de souscrire une demande de carte de séjour : () / 3° Les étrangers séjournant en France sous couvert d'un visa d'une durée supérieure à trois mois et inférieure ou égale à douze mois comportant la mention " dispense temporaire de carte de séjour ", pendant la durée de validité de ce visa. / () 16° : Les étrangers mentionnés à l'article L. 426-20 séjournant en France sous couvert d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois et au plus égale à un an et portant la mention " visiteur ", pendant la durée de validité de ce visa ". Aux termes de l'article R. 431-18 de ce même code : " Les étrangers mentionnés aux 6° à 11° et 13° à 18° de l'article R. 431-16 qui souhaitent se maintenir en France au-delà des limites de durée mentionnées au même article sollicitent une carte de séjour temporaire ou une carte de séjour pluriannuelle dans les conditions fixées au 1° de l'article R. 431-5. ".

3. S'il n'est pas contesté que les requérants ont indiqué, dans leurs formulaires de demande de visas, vouloir séjourner en France pour une durée comprise entre six mois et un an, ces derniers établissent avoir adressé au poste consulaire français de Lomé un courrier du 2 janvier 2023, au terme duquel les intéressés indiquent solliciter la délivrance d'un " visa D visiteur " et font part de leur " projet d'installation en France comme visiteurs ". Dès lors,

ces derniers doivent être regardés comme ayant sollicité la délivrance d'un visa de long séjour " visiteur ". Toutefois, ainsi qu'il l'a été dit au point 1, les visas qui leur ont été délivrés

le 24 janvier 2023 sont assortis de la mention " temporaire " prévue au 3° de l'article R. 431-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non de la mention " visiteur ", prévue au 16° de ce même article qui permet de solliciter un titre de séjour au-delà de son terme. Par suite, alors qu'il ne ressort pas des dispositions citées au point précédent qu'un visa portant la mention " long séjour temporaire " emporte les mêmes conséquences pour un demandeur de visa que celui portant la mention " visiteur ", notamment en matière d'installation durable sur le territoire, les requérants sont fondés à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'un défaut d'examen en refusant de faire droit à leur demande.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B et Mme C épouse B sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement mais nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder au réexamen des demandes de visas de M. B et Mme C épouse B, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 200 euros à verser à M. B et Mme C épouse B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, née le 22 mai 2023, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder au réexamen des demandes de M. B et Mme C épouse B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B et Mme C épouse B la somme de

1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Mme D C épouse B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvet, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

Le rapporteur,

T. TAVERNIER

La présidente,

C. CHAUVETLa greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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