jeudi 27 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2308888 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LAPLANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 juin 2023, M. C et Mme D, représentés par Me Laplane, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 5 juin 2023 par laquelle la directrice du centre pénitentiaire de Nantes a refusé d'accorder à Mme D un permis pour visiter M. C, incarcéré au quartier maison d'arrêt ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice de procéder à un nouvel examen de la demande de permis de visite de Mme D, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à leur situation et porte nécessairement atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, en ce qu'elle empêche Mme D de rendre visite à M. C, alors qu'ils sont en couple depuis cinq ans ; de plus, M. C n'exécute plus la peine pour violences conjugales depuis le 4 mai 2023 ; en outre, depuis au moins le mois d'avril 2022, Mme D s'est vu refuser tout permis de visite alors même qu'aucune interdiction de contact entre eux n'a été décidée lors du jugement correctionnel ; M. C est incarcéré depuis le 10 mars 2022 et la fin de sa peine étant prévue le 9 août 2024, il sera libéré de prison avant que les juges du fond ne se soient prononcés, en raison des délais d'audiencement ; la décision d'avril 2022 portant refus de délivrance d'un permis de visite s'est basée uniquement sur une qualification pénale sans aucune appréciation in concerto de leur situation, le juge d'application des peines ayant indiqué n'avoir reçu le jugement relatif aux violences conjugales que récemment ; il est nécessaire, que le juge des référés se prononce pour ne pas méconnaître leur droit au recours effectif ni l'effet utile de sa décision et apprécie concrètement les effets des refus qui leur sont opposés sur leur droit au respect de leur vie privée et familiale ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente pour le faire ;
* elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne précise pas les motifs ayant conduit au refus, que leur situation personnelle n'a pas été prise en compte et que la motivation de la décision ne permet pas d'attester de manière certaine que l'administration pénitentiaire l'a prise de manière éclairée ; il n'est fait état ni de troubles ou de débordements lors de visites au parloir des enfants de Mme D ni du refus de communication par voie téléphonique ou écrite ; en outre, la seule considération d'une condamnation pour violences conjugales, ne saurait suffire à refuser à Mme D, sans tout autre élément, un permis de visite ;
* elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de leur situation ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, notamment au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles L. 341-7 et R. 341-2 du code pénitentiaire, dès lors que le refus de permis de visite ne constitue qu'une faculté pour l'administration pénitentiaire, lorsque le demandeur est la victime de l'infraction, objet de l'incarcération ; le jugement correctionnel du 30 mars 2022 ne prévoit pas une interdiction pour M. C d'entrer en contact avec Mme D, ce qui est confirmé par un courrier du juge d'application des peines du 8 juillet 2022 ; Mme D ne s'est pas non plus constituée partie civile lors de l'audience ; de plus, alors même que les enfants étaient présents lors des faits, ceux-ci peuvent pourtant envoyer des mandats à M. C et bénéficient de permis de visites durant lesquelles il n'est fait état d'aucune difficulté de telle sorte qu'il n'est pas possible de considérer qu'il existe un risque d'atteinte à l'ordre ou à la sécurité de l'établissement pénitentiaire ; en outre, M. C a, aujourd'hui, complètement purgé sa peine pour les violences envers sa compagne, de sorte que s'il n'avait pas d'autres peines à purger, et était en liberté, il pourrait être en contact avec elle sans difficulté ; l'administration pénitentiaire n'a pas non plus recherché si une mesure alternative était envisageable à tout refus de parloir, comme le lui permet l'article R. 341-13 du code pénitentiaire, en envisageant, par exemple, l'installation d'un dispositif de séparation ; l'administration pénitentiaire doit opérer une appréciation circonstanciée de leur situation sans se borner à considérer que les violences conjugales sont synonymes de refus systématique de délivrance d'un permis de visite ; en se bornant à constater que M. C a été condamné pour des faits de violence à l'encontre de Mme D sans aucune prise en compte de l'ensemble du dossier, de la non-interdiction d'entrer en contact, de la non-constitution de partie civile à l'audience de Mme D, de l'exécution de la peine de M. C, de la non mise en cause de faits nouveaux de même nature, l'administration pénitentiaire a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2023, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que M. C a été condamné, en mars 2022, à 6 mois d'emprisonnement délictuel pour violence sans incapacité sur Mme D, personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité ; le législateur est intervenu en 2020 pour renforcer la protection des victimes de violences conjugales et à cet égard, l'article D. 403 du code de procédure pénale n'interdit pas le refus de délivrance d'un permis de visite dans le cas d'une condamnation non assortie d'une interdiction d'entrer en contact ; le refus contesté a été pris pour assurer la protection de la requérante et pour des motifs de maintien de la sécurité et de prévention des infractions au sein de l'établissement ; en outre , M. C est détenu sous un régime de détention classique avec lequel il lui est possible de maintenir les liens avec ses proches par l'intermédiaire de correspondances, par courrier ou par téléphone ; de plus, si M. C a purgé sa peine pour violences à l'encontre de Mme D, il est toujours maintenu en prison, notamment, pour d'autres faits de violence démontrant un profil violent et impulsif ; en l'absence de préjudice suffisamment grave et immédiat susceptible d'être évalué de manière concrète, la condition d'urgence ne peut être regardée comme satisfaite ;
- aucun des moyens soulevés par M C et Mme D n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait dès lors que le signataire bénéficie d'une délégation régulièrement publiée ;
* le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté dès lors qu'il est mentionné dans la décision l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde le refus de délivrance du permis de visite sollicité par Mme D ;
* elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation : la décision contestée poursuit un rôle de prévention pour la victime et de maintien de l'ordre et la sécurité de l'établissement, tel que prévu par les textes applicables ; de plus, il résulte du jugement portant condamnation de M. C que le casier judiciaire de celui-ci portait au moment des faits de violences conjugales commis, plusieurs condamnations pour des faits de violence ou assimilée, alors que Mme D a elle-même été condamnée à de " multiples reprises " et que celle-ci a nié les violences subies pour éviter la réincarcération de son compagnon ; le juge judiciaire a souligné le risque de réitération de violence à l'égard de Mme D et précisé sa crainte que l'intéressée ne fasse plus appel aux forces de l'ordre en cas de réitération de tels faits, crainte corroborée par la minimisation par celle-ci de la gravité des faits commis par M. C qu'elle qualifie de " dispute " ; il résulte également des termes de ce jugement que Mme D a déjà été victime de telles violences sans jamais avoir appelé la police, alors par ailleurs que les faits en cause ont été commis en présence d'un mineur dont la description des évènements auprès de la police est sans équivoque ; les faits de violence commis par le requérant ne sont pas isolés, et les risques de trouble au bon ordre de l'établissement ainsi que d'atteinte à l'intégrité physique de Mme D sont sérieux ; par ailleurs, la circonstance que les enfants n'ont pas été victimes de faits de violence et qu'ils bénéficient de permis de visite, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée ; ainsi, la décision contestée ne porte pas une atteinte grave et manifestement illégale à la vie privée et familiale des requérants et est justifiée par la prévention d'une infraction pénale, ainsi que par la protection de la requérante ; à cet égard, les liens familiaux peuvent être maintenus dès lors qu'ils ont la possibilité de communiquer notamment par courrier en vertu des articles R. 345-3 et R. 345-5 du code pénitentiaire.
M C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2023.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 20 juin 2023 sous le numéro 2309113 par laquelle M C et Mme D demandent l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- le code pénitentiaire ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 juillet 2023 à 10 heures :
- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,
- et les observations de Me Laplane, avocat de M. C et de Mme D, en présence de Mme D et de ses deux enfants, qui reprend ses écritures à la barre et insiste sur le fait que les enfants de Mme D, qui ont assisté aux faits de violence conjugale, peuvent rendre visite à M. C ce qui démontre l'absence de risque sérieux que celui-ci adopte un comportement violent et sur le fait que la décision contestée ne peut être regardée comme faisant sens, dès lors que M. C a purgé sa peine prononcée pour ces faits de violence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. C et Mme D demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 5 juin 2023 par laquelle la directrice du centre pénitentiaire de Nantes a refusé d'octroyer un permis à Mme D pour rendre visite à son compagnon, M. C, incarcéré jusqu'au 9 août 2024.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Aucun des moyens invoqués par M C et Mme D, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 5 juin 2023 par laquelle la directrice du centre pénitentiaire de Nantes a refusé d'accorder à Mme D un permis pour visiter M. C, incarcéré au quartier maison d'arrêt.
4. Il y a lieu, en conséquence, et sans qu'il soit besoin d'apprécier la condition d'urgence, de rejeter la requête de M C et Mme D en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M C et Mme D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, Mme A D, au ministre de la justice et à Me Laplane.
Fait à Nantes, le 27 juillet 2023.
La juge des référés,
O. Robert-Nutte
La greffière,
M-C. MinardLa République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026