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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2308989

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2308989

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2308989
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNEVEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2023, M. A E B, représenté par Me Neveu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2023 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour " salarié " ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Durup de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant sénégalais né le 8 septembre 1987, est entré en France le 8 septembre 2017, muni d'un passeport en cours de validité sous couvert d'un visa de long séjour valable du 25 août 2017 au 25 août 2018 valant carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant, qui a été renouvelée jusqu'au 25 août 2021. Il s'est vu par la suite délivrer une carte de séjour temporaire mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " valable du 26 août 2021 au 25 août 2022. Il a sollicité du préfet de la Sarthe le renouvellement de ce titre par la délivrance d'une carte de séjour en qualité de salarié. Par l'arrêté du 22 mai 2023 dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Sarthe lui a refusé cette délivrance et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Eric Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe. M. C disposait, en vertu d'un arrêté du préfet de la Sarthe en date du 16 avril 2022, publié le 19 avril 2022 au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat dans ce département, d'une délégation de signature lui permettant de signer au nom du préfet les décisions telles que celles en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. Pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour en qualité de salarié, le préfet de la Sarthe a, tout d'abord, retenu que, si l'intéressé, qui a obtenu un diplôme d'un niveau au moins équivalent au grade de master, souhaite exercer un emploi salarié, il ne produit qu'un contrat à durée déterminée en qualité d'éducateur au sein d'une association du 20 février au 8 avril 2023 ; que ce contrat n'est pas en relation avec sa formation, dès lors qu'il a obtenu un master en droit public économique à l'issue de l'année 2019-2020 puis un brevet de technicien supérieur de management commercial opérationnel en 2021, alors que le poste proposé est celui d'éducateur et que son contrat se terminait le 8 avril 2023. Il a, ensuite, retenu que, si M. B produit une confirmation de dépôt d'une demande d'autorisation de travail de la plateforme de la main d'œuvre étrangère en date du 3 avril 2023, pour un poste de conseiller commercial en produits d'entretien auprès des particuliers, en contrat à durée déterminée, cette demande d'autorisation de travail ne correspond pas au poste d'éducateur qu'il a exercé en contrat à durée déterminée au sein de cette association. Il a, enfin, retenu que M. B ne produit aucun autre contrat de travail ou promesse d'embauche depuis la fin de son contrat le 8 avril 2023.

4. En premier lieu, aux termes de l'article L.422-11 du même code : " Lorsque la carte de séjour temporaire portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise" est délivrée en application du 7° de l'article L. 422-10, son titulaire est autorisé, pendant la durée de validité de cette carte, à chercher et à exercer un emploi en relation avec sa formation ou ses recherches, assorti d'une rémunération supérieure à un seuil fixé par décret et modulé, le cas échéant, selon le niveau de diplôme concerné. / A l'issue de cette période d'un an, l'intéressé pourvu d'un emploi ou d'une promesse d'embauche satisfaisant aux conditions énoncées au 1° de l'article L. 422-10 se voit délivrer la carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire" prévue aux articles L. 421-1 ou L. 421-3, ou la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "passeport talent", "passeport talent - carte bleue européenne" ou "passeport talent - chercheur" prévue aux articles L. 421-9, L. 421-10, L. 421-11, L. 421-14 ou L. 421-20, sans que lui soit opposable la situation de l'emploi. ". Aux termes de l'article L. 421-1 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail / () ". Aux termes de l'article R. 5221-21 du code du travail : " Les éléments d'appréciation mentionnés au 1° de l'article R. 5221-20 ne sont pas opposables lorsque la demande d'autorisation de travail est présentée au bénéfice de : / () 2° L'étranger, titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " délivrée en application des articles L. 422-10 ou L. 422-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui présente un contrat de travail en relation avec sa formation ou ses recherches et assorti d'une rémunération supérieure à un montant fixé par décret ; / () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le ressortissant étranger titulaire de la carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprises " qui souhaite, à l'issue de la durée de validité de cette carte, se voir délivrer, sur le fondement de l'article L. 422-11 précité, une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " doit justifier être pourvu d'un emploi ou d'une promesse d'embauche en relation avec sa formation ou ses recherches.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'au soutien de sa demande, M. B s'est prévalu d'un contrat de travail à durée déterminée conclu pour la période du 20 février au 8 avril 2023 avec une association d'aide sociale pour occuper un emploi d'éducateur. Toutefois, un tel emploi n'est pas en relation avec la formation de M. B, titulaire d'un master en droit public économique et d'un brevet de technicien supérieur de management commercial opérationnel. En outre, à la date de l'arrêté attaqué, ce contrat à durée déterminée d'une durée d'un mois et demi était échu et M. B n'a, depuis cette échéance, justifié d'aucun autre contrat de travail ni d'une promesse d'embauche. Il en résulte que c'est par une exacte application des dispositions du second alinéa de l'article L. 422-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a estimé que M. B n'était pas en droit d'obtenir, sur ce fondement, la carte de séjour portant la mention " salarié " prévue à l'article L. 421-1 de ce code.

7. En second lieu, si M. B a présenté la confirmation de dépôt, le 3 avril 2023, d'une demande d'autorisation de travail présentée par un employeur, portant sur l'exercice d'un emploi de conseiller commercial en produits d'entretien auprès des particuliers et faisant mention d'un contrat à durée déterminée d'une durée de trois mois pour un temps partiel de quinze heures par semaine, il n'a, toutefois, présenté aucun contrat de travail ni aucune promesse d'embauche ni justifié de la détention effective d'une autorisation de travail se rapportant à cet emploi. Dès lors, c'est par une exacte application des dispositions du second alinéa de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a retenu que M. B ne remplit pas les conditions de délivrance de la carte de séjour portant la mention " salarié " prévue par cet article L. 421-1 et ce, indépendamment du fondement de délivrance de cette carte de séjour résultant du second alinéa de l'article L. 422-2.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire en qualité de salarié.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre public et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Eu égard à la nature et à l'objet de la décision par laquelle le préfet a refusé au requérant la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, comme aux motifs qui la fondent, M. B ne peut utilement en contester la légalité au motif qu'elle porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il suit de là que le moyen tiré d'une erreur ou erreur manifeste d'appréciation en raison d'une telle atteinte disproportionnée doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour que M. B n'est pas fondé à soutenir que celle portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

12. Le séjour de M. B en France, remontant au mois de septembre 2017, s'il n'est plus récent, n'est pas particulièrement ancien, alors qu'il est âgé de trente-cinq ans à la date de l'arrêté attaqué. Il est célibataire et n'a personne à sa charge sur le territoire français, ni ailleurs. Il ne justifie d'aucune attache familiale quelconque sur le territoire français et, s'il rappelle les titres de séjour qui lui avaient été délivrés, ces derniers lui avaient été remis en considération d'études supérieures ou en vue, à l'issue de ces études, de la recherche d'un emploi ou de la création d'une entreprise, mais non en considération de la vie privée et familiale. Si, se prévalant du décès de son père en 2014, M. B fait valoir qu'il n'a plus de lien avec la Côte d'Ivoire, alors qu'il est de nationalité sénégalaise même si né en 1987 à Abidjan, ce décès est antérieur de plusieurs années à l'arrivée en France de M. B qui, eu égard en particulier à son âge, ne justifie pas en quoi il ne pourrait poursuivre sa vie privée et familiale dans le pays dont il est le ressortissant. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de M. B en France, comme des effets d'une obligation de quitter le territoire français et quand bien même M. B a dans la vie sociale développé des liens personnels en France, le préfet de la Sarthe n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E B, au préfet de la Sarthe et à Me Neveu.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

A. DURUP DE BALEINE

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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