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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2309209

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2309209

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2309209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 7ème chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juin 2023 et le 3 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 1er juin 2023 par lesquels le préfet de Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il souffre de maux de dos en lien avec les violences physiques subies en Mauritanie ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il a fait preuve d'une volonté d'intégration et d'insertion sur le territoire français et a de nombreux liens familiaux sur le territoire français, où vivent sa mère, sa grand-mère, ses oncles et tantes ; son père est décédé après avoir vécu plusieurs années en France ; il a vécu auprès de sa mère en Mauritanie jusqu'à l'âge de 23 ans, sa mère ayant quitté la Mauritanie en 2013 ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; il a subi des persécutions en Mauritanie du fait de son engagement dans un parti d'opposition politique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant mauritanien né en décembre 1990, est entré irrégulièrement en France en avril 2022. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 10 octobre 2022. Son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 12 mai 2023. Par des décisions du 1er juin 2023, le préfet de Maine-et-Loire a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. M. A demande l'annulation des décisions du 1er juin 2023.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

3. En premier lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment médicales de mars et juin 2023, que M. A présente une pathologie du rachis lombaire, nécessitant la réalisation d'infiltrations articulaires et à terme probablement une intervention chirurgicale. Néanmoins, et alors qu'il ressort d'un certificat médical de juin 2023 que la marche est normale et que l'intéressé ne souffre pas de déficit sensitivo-moteur franc, il ne ressort des pièces du dossier ni que l'absence de prise en charge de la pathologie lombaire dont souffre l'intéressé serait susceptible d'entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Mauritanie. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. Si M. A fait état de plusieurs membres de sa famille qui résideraient en France, il ne produit le témoignage que de deux de ses oncles. Il ne réside pas avec sa mère dont il invoque la présence en France. Par ailleurs, il n'établit pas être dépourvu de toute attache privée et familiale dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. M. A ne réside en France que depuis un an et deux mois à la date de la décision contestée et n'y a résidé qu'en qualité de demandeur d'asile alors que sa demande d'asile a été rejetée à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile de mai 2023. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France de l'intéressé, les seules circonstances que M. A a travaillé lorsque son statut de demandeur d'asile le lui permettait et qu'il justifie d'un engagement associatif ne permettent de considérer qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de Maine-et-Loire a porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

7. L'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de cette convention stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Enfin l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dispose que : " () 2. Nul ne peut être éloigné, expulsé ou extradé vers un Etat où il existe un risque sérieux qu'il soit soumis à la peine de mort, à la torture ou à d'autres peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. A fait état des risques encourus en cas de retour en Mauritanie du fait de son engagement dans le mouvement " Touche pas à ma nationalité ! " et invoque le fait qu'il a été arrêté à deux reprises en décembre 2017 et en 2021. Néanmoins, M. A ne produit aucun élément particulier, ni de précision supplémentaire alors notamment que sa demande d'asile a été rejetée à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 12 mai 2023 ayant relevé des propos vagues quant à l'adhésion et l'engagement de l'intéressé dans le mouvement, ainsi que ses actions, et un discours peu étayé quant à sa participation à la manifestation de décembre 2017 et ayant remarqué que l'intéressé n'avait fait état d'aucune difficulté en lien avec le militantisme alléguée depuis l'arrestation de 2017 évoquée en termes peu précis ni aucune explication concernant les incidents d'octobre 2021 en l'absence d'activités politiques depuis plusieurs années. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions des articles 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Seguin et au préfet de Maine-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

La magistrate désignée,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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