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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2309273

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2309273

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2309273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPrésident 5
Avocat requérantNDEKO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2023, M. E C, représenté par Me Ndeko, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- sa motivation est insuffisante ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle a été prise en l'absence de décision lui refusant un droit au séjour ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation ; il réside en France depuis 2021 ; il possède désormais des attaches privées en France ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. C par une décision du 3 octobre 2023.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Martin, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martin, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 7 février 2024.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 3 avril 2005, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 25 décembre 2021, alors qu'il était encore mineur. Le 25 juin 2023, il a été interpellé et placé en garde à vue au motif qu'il était soupçonné d'avoir été l'auteur d'un vol en réunion par effraction dans un local d'habitation. Par un arrêté du 26 juin 2023, le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de justice administrative, a désigné le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme F A, attachée principale, cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 30 janvier 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme A, en cas d'absence ou d'empêchement simultanés de Mme D, directrice des migrations et de l'intégration, et de M. B, son adjoint, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français. Il n'est pas soutenu ni même allégué que Mme D et M. B n'étaient ni absents ni empêchés le 26 juin 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 611-1, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il retrace le parcours de M. C depuis son arrivée sur le territoire français en 2018 et énonce la liste des multiples procédures engagées contre lui en 2022 et 2023, notamment pour des faits de vol, détention, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, recel de bien provenant d'un vol, escroquerie, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui ou encore violation de domicile. Il ajoute que M. C est dépourvu de ressources légales, sans domicile fixe, qu'il n'établit pas détenir d'attaches personnelles, anciennes, intenses et stables en France alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Il conclut que le séjour irrégulier de M. C et l'absence d'obstacle à ce qu'il quitte le territoire français justifient qu'il soit obligé de quitter le territoire. Ainsi, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, est suffisamment motivé. Il ressort de cette motivation que le préfet de la Loire-Atlantique a bien procédé à un examen préalable de la situation particulière du requérant avant de prononcer la mesure d'éloignement en litige.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quiter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ". Si M. C, qui ne conteste pas entrer dans le champ d'application de ces dispositions, soutient qu'il dispose d'attaches personnelles sur le territoire français, il n'en fournit aucune preuve. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire français doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. Lors de son audition par les services de police, le 25 juin 2023, le requérant a indiqué être célibataire sans enfant, ne pas avoir de domicile en France, travailler en tant qu'apprenti plombier au noir et avoir une copine avec laquelle il aurait un projet de mariage religieux. Toutefois, il ne fait pas état dans sa requête de cette relation amoureuse et ne produit aucune pièce de nature à en justifier la réalité. Par ailleurs, les multiples procédures pénales engagées contre lui depuis son arrivée pourtant récente sur le territoire français démontrent son défaut d'insertion dans la société française. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet, en décidant d'éloigner le requérant du territoire français, aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'autre moyen soulevé à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination :

7. L'ensemble des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, opposée à M. C, ayant été écartés, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 26 juin 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction et les frais liés au litige :

9. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C étant rejetées, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence. De même, la demande présentée par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, ne peut, dès lors que ce dernier n'est pas partie perdante dans la présente instance, qu'être rejetée.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Serge Ndeko.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

Le magistrat désigné,

L. MARTIN La greffière,

V. MALINGRE La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique

en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

V. Malingre

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