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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2309319

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2309319

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2309319
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 7ème chambre
Avocat requérantBOUZID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2023, M. A B, représenté par Me Bouzid, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 27 juin 2023 par lesquelles le préfet de la Vendée l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- il n'est pas établi que l'auteur de la décision est compétent ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle et n'a pas vérifié s'il pouvait se voir délivrer un titre de séjour au titre de la régularisation exceptionnelle, notamment en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il réside en France depuis 2018 et vit en concubinage depuis trois ans avec une ressortissante française ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation et méconnait les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il n'existe aucun risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français ;

- il n'est pas établi que l'auteur de la décision est compétent ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il s'est certes soustrait à trois obligations de quitter le territoire français prises à son encontre, mais présente des garanties de représentation suffisante puisqu'il a une adresse stable avec sa compagne et dispose d'un passeport ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête de M. B.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant guinéen né en décembre 1994, est entré en France en août 2018, selon ses déclarations. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 août 2019. Son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 31 août 2020. Par une décision du 20 octobre 2020, le préfet de la Vendée a obligé M. B à quitter le territoire français. Un nouvel arrêté du 7 mai 2021 du préfet de la Vendée a obligé l'intéressé à quitter le territoire, cette décision ayant été assortie le 27 mai 2021 d'un arrêté portant assignation à résidence de M. B. A la suite d'une interpellation de M. B pour des faits de dégradation de biens privés, le préfet de la Vendée a, par un arrêté du 3 avril 2022, à nouveau obligé l'intéressé à quitter le territoire français. A la suite d'une interpellation de l'intéressé pour des faits de détention de stupéfiants, par des décisions du 27 juin 2023, le préfet de la Vendée a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une année. M. B demande l'annulation des décisions du 27 juin 2023.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet de la Vendée par M. C D. Par un arrêté n° 2023-DCL-BCI-802 du 3 mai 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de la Vendée a donné une délégation de signature au directeur de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture à l'effet de signer toute une série de décisions, dont au titre du bureau des étrangers " () III.4.1 - Les obligations de quitter le territoire français avec ou sans délai. / III.4.2 - Les décisions relatives au pays de renvoi d'un étranger. / III.4.3 - Les décisions relatives à l'interdiction de retour sur le territoire français () ". Par l'article 2 de ce même arrêté, le préfet de la Vendée donnait également délégation de signature, chacun en ce qui concerne ses attributions, à différents chefs de bureau dont M. D, chef du bureau des étrangers, " pour les attributions indiquées aux paragraphes I et III de l'article 1er ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

5. L'obligation de quitter le territoire français du 27 juin 2023 comporte l'exposé détaillé des considérations de droits et de faits qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que ce moyen n'est pas fondé et doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 27 juin 2023 ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Vendée n'aurait pas procédé à un examen de la situation de M. B avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par ailleurs, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel ne prescrit pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Il en résulte que M. B ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article.

7. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. M. B est entré en France, selon ses déclarations, en août 2018 après avoir vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à l'âge de vingt-trois ans dans son pays d'origine. Il n'a résidé régulièrement en France qu'en qualité de demandeur d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile d'août 2020. Il a fait l'objet de trois mesures d'éloignement non exécutées en 2020, 2021 et 2022. S'il soutient vivre en concubinage avec une ressortissante française depuis environ trois ans, il n'apporte aucun élément à l'appui de cette affirmation. Dans ces conditions, en obligeant M. B à quitter le territoire français, le préfet de la Vendée n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

9. L'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, l'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

10. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3 du jugement.

11. En deuxième lieu, la décision refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée. Il suit de là que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

12. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que la décision méconnaitrait les dispositions de l'article L. 612-3 et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en relevant d'une part qu'il n'existerait aucun risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français et qu'il présenterait des garanties de représentation, M. B ne conteste aucunement le motif sur lequel est fondée la décision à savoir le risque de soustraction dès lors qu'entré irrégulièrement en France, il n'aurait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance de ces dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

14. En premier lieu, la décision portant à l'égard de M. B interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'une année comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée. Il suit de là que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

15. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 que le présent jugement n'annulant pas l'obligation de quitter le territoire français du 27 juin 2023, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Bouzid et au préfet de la Vendée.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

La magistrate désignée,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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