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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2309330

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2309330

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2309330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 1ère chambre
Avocat requérantBLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juin 2023 et le 9 août 2023, Mme B A, représentée par Me Blin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel la préfète de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai et lui a prescrit de se présenter pendant la durée du délai de départ volontaire au commissariat de police de Laval chaque mercredi à 15 h ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;

- le droit d'être entendu a été méconnu ;

- sa situation n'a pas été examinée au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette obligation est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- sa situation personnelle n'a pas été suffisamment examinée ;

- cette obligation méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne sont méconnus ;

- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas régulièrement motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de présentation au commissariat n'est pas régulièrement motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est manifestement disproportionnée.

- la décision fixant le délai de départ est illégale en conséquence ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2023, la préfète de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur l'Union européenne ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Durup de Baleine, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durup de Baleine, président ;

- les observations de Me Blin, avocate de Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une pièce, enregistrée le 5 mars 2024, a été présentée par Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Après être arrivée sur le territoire français le 4 mars 2022, selon ses déclarations, Mme A, ressortissante guinéenne née en 1990, a demandé l'asile. Cette demande a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 août 2022 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 mars 2023. Par l'arrêté du 2 juin 2023 dont Mme A demande l'annulation, la préfète de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. L'arrêté attaqué comporte l'indication, précise, des considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui est dès lors régulièrement motivée. Cet arrêté, qui vise notamment les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate que Mme A est de nationalité guinéenne et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ce dont résulte que la décision fixant le pays de renvoi en cas de reconduite d'office est, de ce seul fait, régulièrement motivée.

3. Bien que distincte, l'obligation de présentation à laquelle un étranger est susceptible d'être astreint sur le fondement de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est une décision concourant à la mise en œuvre de l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, si l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration impose que cette décision soit motivée au titre des mesures de police, cette motivation peut, outre la référence à cet article L. 721-7, se confondre avec celle de l'obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire. L'arrêté attaqué, qui se réfère à l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, motive régulièrement l'obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire. Il en résulte que l'obligation faite à Mme A de se présenter chaque mercredi à 15 h au commissariat de police de Laval pendant toute la durée du délai de départ volontaire est régulièrement motivée.

4. Le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

5. La requérante a présenté une demande d'asile, laquelle demande constitue aussi une demande de titre de séjour en qualité de bénéficiaire d'une protection, et, à cette occasion, a été mise à même de faire valoir tous éléments justifiant qu'elle soit autorisée à séjourner en France et ne soit pas contrainte de quitter ce pays et de retourner, en particulier, en République de Guinée. Elle n'ignorait pas qu'elle était susceptible de faire l'objet d'une décision de retour à l'issue du rejet de sa demande d'asile par la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 27 février 2023, qui lui a été notifiée le 23 mars 2023. Elle était à même de faire valoir auprès de la préfète de la Mayenne toutes observations comme tous éléments de nature à faire obstacle à l'intervention d'une telle mesure d'éloignement. Elle était également à même de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales et ne justifie, ni qu'elle aurait sollicité un tel entretien, ni qu'il lui aurait été refusé. Il en résulte qu'elle n'est pas fondée à prétendre que l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi ont été prises à l'issue d'une procédure entachée d'une méconnaissance du droit d'être entendu.

6. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de la Mayenne a statué sur le cas de Mme A par application des lois et règlements applicables, sans se prononcer par application de directives administratives, lignes directrices ou orientations générales en elles-mêmes sans rapport avec sa situation particulière. Elle s'est prononcée au regard d'éléments de droit comme de fait se rapportant à la situation spécifique de la requérante, et non à celle d'autres personnes ou d'un groupe de personnes dont il ferait partie. Il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait estimée être tenue de prendre les décisions attaquées, notamment par la circonstance que la demande de protection internationale présentée par l'intéressée a été rejetée. Elle n'a pas méconnu l'étendue de sa compétence d'appréciation. Il en résulte que le moyen tiré d'un examen insuffisant de la situation de Mme A, moyen ne se rapportant qu'au bien-fondé de ces décisions, manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / () ".

8. Indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une telle décision.

9. L'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier que Mme A n'a pas saisi la préfète de la Mayenne d'une demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire sur ce fondement. Il en résulte que le moyen tiré de la circonstance qu'elle remplirait les conditions lui ouvrant droit à la délivrance d'une carte de séjour sur ce fondement faisait obstacle à ce qu'il soit lui fait obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, en réalité, être regardé comme tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable et selon laquelle ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français " L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que, si l'état de santé de Mme A, en raison d'un utérus polymyomateux, justifie une prise en charge médicale, résidant en une intervention de chirurgie gynécologique consistant en une myomectomie, il ne ressort toutefois pas du dossier que l'absence d'une telle prise en charge médicale, à supposer cette dernière nécessaire, pourrait avoir pour l'intéressée des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le certificat médical du 28 juin 2023 que présente la requérante, postérieur à l'arrêté attaqué, fait état de ce que son état de santé " nécessite une intervention chirurgicale ", sans toutefois que cette nécessité ne soit autrement justifiée, ni par ce document rédigé à la demande de Mme A, ni par les autres pièces du dossier. La circonstance que cette myomectomie, dont il ne ressort pas de ces pièces que l'état de santé de Mme A l'imposait, soit de nature à améliorer l'état gynécologique de la personne en bénéficiant, ne permet d'établir, dans le cas de la requérante, ni que cette intervention serait nécessaire, ni qu'en son absence il pourrait en résulter pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si la requérante fait également état d'une grossesse, cette circonstance est toutefois postérieure à l'arrêté attaqué. Dès lors, les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 ne faisaient pas obstacle à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français.

12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile ou de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, où à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. Il ressort des pièces du dossier que le séjour en France de la requérante, remontant, selon ses déclarations, au mois de mars 2022, est très récent. La durée de ce séjour jusqu'au mois de mars 2023 s'explique par l'examen de la demande d'asile qu'elle avait présentée. Elle n'a aucune tierce personne à sa charge sur le territoire français. Elle ne justifie pas d'attaches personnelles, notamment familiales, particulières, intenses, anciennes et stables sur ce territoire. Elle n'est pas sans attaches personnelles en Guinée, où elle serait mariée et où résident ses deux enfants mineurs nés en 2013 et 2016 ainsi que le père de ces enfants. Elle ne justifie pas d'une impossibilité de poursuivre sa vie privée et familiale en Guinée et ce, alors même qu'avant de venir en France, elle résidait en Ukraine, où elle était arrivée le 23 juillet 2019, qui lui a délivré le 12 octobre 2020 un titre de séjour valable jusqu'au 28 mars 2024 et où elle poursuivait des études. Elle peut continuer à nouer et entretenir des liens avec ses semblables et le monde extérieur ailleurs qu'en France, notamment en Guinée, comme elle l'a fait aussi en Ukraine entre juillet 2019 et mars 2022. Elle ne justifie pas d'une insertion, personnelle, sociale ou d'une autre nature, particulière en France. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de Mme A en France, comme des effets d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire, la préfète de la Mayenne, en prenant l'arrêté attaqué, en toutes les décisions qu'il comporte, n'a pas porté au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts dans lesquels cet arrêté a été pris. Dès lors, cet arrêté ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort pas non plus du dossier qu'il serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A.

14. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le délai de départ volontaire et celle fixant le pays de renvoi sont illégales en raison de l'illégalité de cette obligation.

15. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". En outre, aux termes de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

16. D'une part, l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de soumettre Mme A à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A serait actuellement, à l'époque de l'arrêté attaqué, effectivement menacée dans sa vie ou sa liberté dans le pays dont elle est la ressortissante, ni qu'elle risquerait effectivement d'être personnellement soumise dans ce pays à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il en résulte que la requérante, qui ne justifie pas de la réalité des craintes dont elle fait état, dont la demande d'asile en France a été rejetée par les autorités spécialisées à ce titre et qui avait précédemment séjourné entre juillet 2019 et mars 2022 en qualité d'étudiante en Ukraine où il ne ressort pas du dossier qu'elle y aurait sollicité l'asile pour se trouver protégée de la situation à laquelle elle allègue qu'elle serait exposée en cas de retour en Guinée, n'est pas fondée à soutenir qu'en comptant ce pays au nombre des destinations possibles en cas d'éloignement d'office à l'issue du délai de départ volontaire, la préfète de la Mayenne aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ou, en tout état de cause, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

17. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ".

18. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, Mme A est domiciliée dans le département de la Mayenne, à Laval. L'arrêté attaqué lui a d'ailleurs été notifié par voie postale le 16 juin 2023, à l'adresse à Laval indiquée sur l'attestation de demande d'asile délivrée par la préfecture de la Mayenne le 16 février 2023, par un courrier recommandé distribué à sa destinataire contre sa signature, qu'elle a apposée sur l'avis de réception postal. Elle ne justifie pas d'une domiciliation ou d'une résidence effective en un autre lieu, notamment à Paris ou dans l'Oise, tant à la date de cet arrêté qu'à celle de sa notification, ni qu'elle aurait porté un changement de sa résidence à la connaissance de l'administration. Il en résulte qu'elle n'est pas fondée à soutenir que, par cet arrêté, la préfète de la Mayenne, qui n'a pas pris une décision disproportionnée, ne pouvait sur le fondement de l'article L. 721-7 précité lui prescrire de se présenter une fois par semaine, le mercredi à 15 h, au commissariat de police de Laval et ce, seulement pendant la durée du délai de départ volontaire. La circonstance que Mme A aurait été, à une date dont il n'est pas justifié, accueillie ailleurs par un compatriote l'hébergeant gracieusement est sans influence.

19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la préfète de la Mayenne et à Me Blin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.

Le magistrat désigné,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne à la préfète de la Mayenne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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