mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2309365 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | LIETAVOVA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoire enregistrés les 29 juin 2023, 26 juillet 2023 et le 4 septembre 2023, M. B C, représenté par Me Lietavova, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 2 décembre 2022 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois, avec délivrance d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale en application de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 septembre 2023.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Lietavova, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant algérien né en septembre 1988, déclare être entré irrégulièrement en France en 2017. Le préfet de la Loire-Atlantique a adopté à son encontre le 17 janvier 2018 un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une période d'un an. Le 31 octobre 2018, le préfet de la Loire-Atlantique a pris à son encontre un nouvel arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. C a été reconduit à destination de l'Algérie en juillet 2019. Il est entré à nouveau en France au début de l'année 2020. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité d'ascendant direct d'un enfant français. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 2 décembre 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. C demande au tribunal d'annuler les décisions du 2 décembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 4. au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résident en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ".
3. Par ailleurs, l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
4. Enfin, aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
5. Pour lui refuser la délivrance d'un certificat de résidence en qualité d'ascendant direct d'un enfant français, le préfet de la Loire-Atlantique a estimé que d'une part, le requérant ne démontrait pas exercer, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de son enfant, ni subvenir à ces besoins, et d'autre part, que sa présence en France était constitutive d'une menace à l'ordre public.
6. En premier lieu, il n'est pas contesté que M. C a reconnu sa fille A née le 11 juillet 2019 auprès d'un officier d'état civil de la ville de Nantes le 8 juin 2020. Cette reconnaissance est intervenue moins d'un an après la naissance de sa fille. Par conséquent, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ne disposerait de l'exercice de l'autorité parentale sur sa fille. De plus, il ressort des pièces du dossier que cette reconnaissance tardive est due à l'exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français faisant suite à un placement de l'intéressé en centre de rétention administrative au moment de la naissance de l'enfant.
7. Il ressort des pièces du dossier que la fille de M. C fait l'objet d'un placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance depuis un jugement du 22 mars 2020, à la suite d'un placement en urgence en septembre 2019, en raison de l'état de santé psychiatrique de sa mère. Ce placement a été renouvelé par des jugements en date du 22 mars 2021 et du 9 mars 2022. Néanmoins, la circonstance qu'un enfant français fasse l'objet d'une mesure d'assistance éducative ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce que son père ou sa mère étranger puisse bénéficier d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, s'il contribue effectivement à son entretien, et à son éducation. Par ailleurs, la fille du requérant a fait l'objet d'un placement avant le retour de son père sur le territoire français en raison d'un premier diagnostic de psychose puerpérale de la mère de l'enfant, puis d'un diagnostic de trouble psychotique chronique ou de structuration de la personnalité type borderline. En outre, il ressort des pièces du dossier notamment des jugements circonstanciés du juge judiciaire que d'une part, M. C, présent aux côtés de sa compagne depuis l'année 2020, a une influence apaisante et stabilisatrice sur sa compagne et l'aide à apprendre à se positionner à l'égard de leur enfant. Le jugement de mars 2022 a ainsi relevé que " le couple parental se soutient mutuellement. [la compagne] bénéficie de la bienveillance et de l'attention de son compagnon qui apporte une constance que la mère n'est pas en capacité de proposer ". Le requérant est présent régulièrement aux visites auprès de sa fille autorisées tous les quinze jours en présence d'un tiers thérapeutique. D'autre part, le jugement d'assistance éducative du 9 mars 2022 fait état de la stabilité qu'il représente pour sa fille et autorise l'ouverture d'un droit de visite complémentaire autonome au bénéfice du requérant, indépendamment de sa compagne dont l'état psychique est toujours précaire. De plus, ce jugement précise que l'incertitude subsistant dans le lien parent-enfant est essentiellement alimentée par la fragilité psychique de la mère. Enfin, les photos et justificatifs d'achats versés aux débats attestent de la participation du requérant au financement des besoins de sa fille. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir qu'en se fondant sur l'absence d'exercice de l'autorité parentale, ainsi que sur le défaut de participation à l'entretien de sa fille, le préfet de la Loire-Atlantique a méconnu les stipulations de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et a également méconnu l'intérêt supérieur de sa fille, en méconnaissance des stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que pour considérer que M. C constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur le fait que l'intéressé avait été condamné à une amende de 300 euros assortie d'une interdiction de détention d'arme soumise à autorisation pour une durée de vingt-quatre mois par une ordonnance pénale du 1er juillet 2021 pour le vol d'un téléphone portable et la détention d'une bombe lacrymogène, faits commis en octobre 2020. Cependant, eu égard à la nature des faits, l'ordonnance pénale ayant limité à 300 euros l'amende prononcée à l'encontre de l'intéressé et ayant par ailleurs relevé la faible gravité des faits, à leur caractère isolé et à l'absence de condamnation antérieure de l'intéressé, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pu légalement, sans faire une inexacte appréciation des circonstances de l'espèce, estimer que la présence de M. C en France constituait à la date du refus de séjour attaqué une menace pour l'ordre public.
9. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
11. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de munir l'intéressé d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. M. C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lietavova renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions du 2 décembre 2022 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. C un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Lietavova la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Lucia Lietavova.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La présidente-rapporteure,
M. BERIA-GUILLAUMIE
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
R. HANNOYER
La greffière,
B. GAUTIER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
em
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026