lundi 3 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2309387 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | BLIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 juin 2023, Mme D B et
M. A B, ce dernier agissant tant en son nom propre qu'en qualité de représentant légal des enfants mineurs F B, E B et G B, représentés par Me Blin, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision née le 2 mai 2023 par laquelle le sous-directeur des visas, saisi d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre les décisions du 6 février 2023 de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire) refusant de délivrer à Mme B ainsi qu'à F B, à E B et à G B des visas de court séjour en qualité de membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne a, à son tour, implicitement refusé de délivrer les visas sollicités, ainsi que ces décisions consulaires ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer les visas sollicités, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinq euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les décisions attaquées sont entachées d'erreurs d'appréciation au regard des dispositions de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, dès lors que les documents d'état-civil présentent un caractère authentique et permettent d'établir l'existence d'un lien familial entre les demandeurs de visas et M. B ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par ordonnance du 30 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 août 2023.
Un mémoire en défense présenté par le ministre de l'intérieur le 30 avril 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, relative au droit des citoyens de l'union et des membres de leur famille de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Templier, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique du 13 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B ainsi que les enfants F B, E B et G B, épouse et enfants allégués de M. A B, ressortissant italien, ont sollicité la délivrance de visas en qualité de membres de famille d'un citoyen de
l'Union européenne auprès de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte-d'Ivoire), laquelle a rejeté leurs demandes par des décisions du 6 février 2023. Saisi d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ces décisions consulaires, le sous-directeur des visas a, à son tour, implicitement refusé de délivrer les visas sollicités par une décision née le 2 mai 2023, laquelle, en application des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est substituée aux décisions de l'autorité consulaire. Les requérants doivent donc être regardés comme demandant l'annulation au tribunal de cette seule décision du sous-directeur des visas.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et
D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ". Il ressort des dispositions précitées que la décision en litige doit être regardée comme étant fondée sur les mêmes motifs que les décisions consulaires auxquelles elle s'est substituée, tirés de ce que les demandeurs n'apportaient pas d'éléments permettant de conclure à l'existence d'un lien familial avec le citoyen de l'Union européenne dont ils déclarent être membres de famille et de ce que les documents d'état-civil remis en vue d'établir le lien familial présentent les caractéristiques de documents inauthentiques ne constituant pas une preuve suffisante de l'existence d'un lien familial.
3. Aux termes de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes :
1° Conjoint du citoyen de l'Union européenne ; 2° Descendant direct âgé de moins de
vingt-et-un ans du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ; () ". Aux termes des dispositions de l'article L.232-1 du même code : " Tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale mentionné par la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille, tels que définis aux articles L. 200-4 et L. 200-5 et accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne, ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français ". Enfin, l'article R. 221-2 de ce code dispose que : " Les documents permettant aux ressortissants de pays tiers mentionnés à l'article L. 200-4 d'être admis sur le territoire français sont leur passeport en cours de validité et un visa ou, s'ils en sont dispensés, un document établissant leur lien familial. () L'autorité consulaire leur délivre gratuitement, dans les meilleurs délais et dans le cadre d'une procédure accélérée, le visa requis sur justification de leur lien familial. Toutes facilités leur sont accordées pour obtenir ce visa. () ".
4. Il résulte des dispositions précitées, transposant la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leur famille de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, que les ressortissants d'un pays tiers membres de la famille d'un citoyen non français de l'Union européenne séjournant en France ont droit, lorsqu'ils ne disposent pas d'un titre de séjour délivré par un État membre de l'Union européenne portant la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union ", et sous réserve que leur présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public, à la délivrance d'un visa d'entrée en France, aux seules conditions de disposer d'un passeport et de justifier de leur lien familial avec le citoyen de l'Union européenne qu'ils entendent accompagner ou rejoindre en France. Figure au nombre des motifs tenant à l'existence d'une menace pour l'ordre public l'absence de caractère authentique des actes d'état civil produits.
5. Pour justifier de l'identité des demandeurs de visas ainsi que des liens de filiation allégués, les requérants produisent, s'agissant de Mme B, une copie intégrale du registre des actes de l'état-civil pour l'année 1984 faisant état de sa naissance le 10 septembre 1984 à Marcory (Côte d'Ivoire) ainsi qu'une copie intégrale du registre des actes de l'état civil pour l'année 2020, faisant état de son mariage avec M. B le 15 février 2020 à Marcory. Ils produisent également, s'agissant de F B, un extrait du registre des actes de l'état-civil pour l'année 2006 faisant état de sa naissance le 5 novembre 2006 à Trianikro
(Côte d'Ivoire), s'agissant de E B, un extrait du registre des actes de l'état-civil pour l'année 2013 faisant état de sa naissance le 1er novembre 2013 à Abigui (Côte d'Ivoire) et, s'agissant G B, un extrait du registre des actes de l'état-civil pour l'année 2014 faisant état de sa naissance le 2 novembre 2014 à Diangokro (Côte d'Ivoire),
M. et Mme B étant mentionnés sur ces documents comme les parents de ces trois enfants. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que les mentions de ces différents documents concordent avec celles des passeports des demandeurs, également versés aux débats. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne remet pas en cause le caractère probant de l'ensemble de ces documents. Par suite, l'identité de Mme B ainsi que celles des enfants F B, E B et G B, tout comme leurs liens familiaux avec M. B doivent être considérés comme établis. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que le sous-directeur des visas a entaché sa décision d'erreurs d'appréciation en la fondant, pour refuser de délivrer les visas sollicités, sur les motifs tirés de ce que les documents d'état civil produits présentaient un caractère inauthentique et/ou ne constituaient pas une preuve suffisante de l'existence d'un lien familial et de ce que les demandeurs n'apportaient pas d'éléments permettant de conclure à l'existence d'un lien familial avec
M. B.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que des visas soient délivrés à Mme B ainsi qu'à F B, à E B et à G B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des
outre-mer de faire délivrer aux intéressés les visas sollicités, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme globale de 1 200 euros à verser aux requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite du sous-directeur des visas née le 2 mai 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme B ainsi qu'à F B, à E B et à G B les visas sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. et à Mme B une somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Barbier, présidente,
M. Tavernier, conseiller,
M. Templier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.
Le rapporteur,
P. TEMPLIER
La présidente,
M. LE BARBIER La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026