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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2309472

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2309472

mercredi 6 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2309472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL R & P AVOCATS - OLIVIER RENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 juin 2023 et 5 février 2024 sous le numéro 2309468, Mme B D épouse C, représentée par Me Renard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est irrégulier ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est cru lié par l'avis de l'OFII ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'un défaut d'examen à ce titre ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

Un mémoire en défense, présenté par le préfet de la Vendée, a été enregistré le

13 février 2024, soit postérieurement à la clôture automatique de l'instruction trois jours francs avant l'audience. Il n'a pas été communiqué.

Mme D épouse C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juillet 2023.

II - Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 juin 2023 et 5 février 2024 sous le numéro 2309472, Mme B D épouse C, représentée par Me Renard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3, 9°du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'un défaut d'examen à ce titre ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive la décision attaquée de base légale.

Un mémoire en défense, présenté par le préfet de la Vendée, a été enregistré le 13 février 2024, soit postérieurement à la clôture automatique de l'instruction trois jours francs avant l'audience. Il n'a pas été communiqué.

Mme D épouse C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er février 2024.

III - Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juillet 2023 et 6 février 2024 sous le numéro 2311193, M. A C, représenté par Me Renard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'un défaut d'examen à ce titre ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'un défaut d'examen à ce titre ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive la décision attaquée de base légale.

Un mémoire en défense, présenté par le préfet de la Vendée, a été enregistré le

13 février 2024, soit postérieurement à la clôture automatique de l'instruction trois jours francs avant l'audience. Il n'a pas été communiqué.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du

1er février 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rimeu a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D épouse C et M. A C, ressortissants arméniens nés respectivement le 23 août 1969 et le 9 mai 1968, sont entrés en France le 14 avril 2009. Leur demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 29 juin 2010 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 2 novembre 2011. D'une part, Mme D épouse C s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour pour soins médicaux valable du 3 décembre 2021 au 2 juin 2022 et elle a ensuite sollicité le renouvellement de son titre de séjour pour soins médicaux. Par une décision du 11 octobre 2022, dont l'intéressée demande l'annulation dans la requête n° 2309468, le préfet de la Vendée a rejeté sa demande. Par ailleurs, par un arrêté du 2 juin 2023, le préfet de la Vendée a décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Dans la requête n° 2309472, Mme D épouse C demande l'annulation de cet arrêté. D'autre part, M. C a fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire le 12 juillet 2018, validée par le tribunal administratif de Nantes par un jugement du 4 juin 2020, puis confirmé par la cour administrative d'appel de Nantes le 7 octobre 2021. Le 16 septembre 2022, il a sollicité du préfet de la Vendée la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale ". Sa demande a été rejetée par un arrêté du 2 juin 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. Dans la requête n° 2311193, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. Les requêtes n°2309468, n°2309472 et n°2311193, présentées par Mme D épouse C et son époux M. C, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D épouse C et

M. C sont arrivés en France le 14 avril 2009. Ils établissent par les nombreuses pièces qu'ils produisent qu'ils résidaient de façon interrompue en France depuis au moins treize ans à la date des décisions attaquées. Durant leur longue période de présence sur le territoire français,

M. C a été muni à plusieurs reprises d'autorisation provisoire de séjour et son épouse, Mme C, a bénéficié de plusieurs titres de séjour en raison de sa vie privée et familiale et de son état de santé. A ce titre, la requérante produit plusieurs certificats médicaux établis par des médecins généralistes et des spécialistes en médecine psychiatrique couvrant la période de 2015 à 2019 indiquant qu'elle présente des troubles dépressifs graves récurrents avec intrication d'un stress post-traumatique et une cardiopathie hypertensive. Egalement, il ressort des pièces du dossier que Mme C présente d'autres pathologies, notamment un ulcère à l'estomac, de l'hypertension artérielle, une hépatique médicamenteuse et une scoliose. En ce sens, M. C indique que l'aide quotidienne qu'il apporte à son épouse malade est indispensable. Les requérants se prévalent également de leurs relations amicales et familiales, en justifiant vivre chez leur fils en situation régulière sur le territoire français. Les attestations très circonstanciées produites au dossier témoignent de l'implication des requérants dans le quotidien de leur fils, notamment par la garde journalière de leurs trois petits-enfants. Les attestations produites témoignent également de la relation des requérants avec leur fille en situation régulière sur le territoire français et avec leur voisinage de la ville de Vouvant en Vendée. En outre, M. C se prévaut de différentes fiches de paie correspondant aux divers emplois qu'il a occupés durant la validité de ses différentes autorisations provisoires de séjour. Ces différents éléments ont été repris par la commission du titre de séjour le 29 mars 2023, laquelle a rendu un avis favorable à la délivrance du titre de séjour sollicité par M. C en retenant notamment qu'il existe " un faisceau d'indices tendant à démontrer son intégration en relevant sa volonté de travailler dès qu'il en avait l'occasion et les progrès du requérant dans sa maitrise du français ". Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet de la Vendée, en refusant de leur délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme C et

M. C, en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que Mme C et M. C sont fondés à demander l'annulation de la décision du 11 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé Mme C la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que celle des arrêtés du 2 juin 2023 par lesquels il a, d'une part, obligé Mme C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, et d'autre part, refusé à M. C la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

6. Le présent jugement, eu égard à ses motifs, implique nécessairement que le préfet de la Vendée délivre à Mme C et à M. C, sur le fondement du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, des cartes de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme C et M. C ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que leur avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Renard de la somme globale de 1 500 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 11 octobre 2022 et les deux arrêtés du préfet de la Vendée du 2 juin 2023 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vendée de délivrer à Mme D épouse C et à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Renard, la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse C, à M. A C et au préfet de la Vendée et à Me Renard.

Délibéré après l'audience du 14 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2024.

La présidente-rapporteuse,

S. RIMEU

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

X. JEGARD

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2309468, 2309472, 2311193

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