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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2309481

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2309481

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2309481
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 juin 2023 et le 27 octobre 2023, M. F, représenté par Me Le Floch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- qu'elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi ni que le collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ait été saisi pour avis ni qu'il ait été régulièrement composé, ni qu'il ait rendu un avis collégial ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de ces dispositions ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme.

Par des mémoires en défense, enregistré le 29 septembre 2023 et le 10 novembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durup de Baleine, président,

- les observations de Me Le Floch, avocate de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant géorgien né le 11 avril 1969, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français le 4 mars 2022. La demande d'asile qu'il avait présentée a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 23 août 2022 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 19 décembre 2022. La demande de réexamen de sa demande d'asile qu'il avait présentée le 27 mars 2023 a été déclarée irrecevable le 28 avril 2023. En outre et le 7 mai 2022, M. D a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par l'arrêté du 1er juin 2023 dont il demande l'annulation, ce préfet a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle obligation fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. Le requérant ayant été admis en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire est sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Par un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié le même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique, à l'effet de signer un arrêté de la nature de celui attaqué, en toutes les décisions qu'il comporte ainsi que, en son absence ou empêchement, à M. A, son adjoint et, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de Mme B et de M. A, notamment à Mme E, cheffe du bureau du séjour, signataire de l'arrêté attaqué, dans la limite des attributions de ce bureau. Les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi sont au nombre des attributions de ce bureau. Il ne ressort pas du dossier que Mme B et M. A n'auraient pas été simultanément absents ou empêchées. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit et de fait pour lesquels son auteur a refusé de délivrer à M. D le titre de séjour qu'il sollicitait, ce dont résulte que cette décision est régulièrement motivée.

4. Il résulte de l'instruction que, pour prendre l'arrêté attaqué, le préfet a statué par application des lois et règlements applicables, sans faire application de directives administratives, de lignes directrices ou d'orientations générales en elles-mêmes sans rapport avec la situation personnelle de M. D. Il n'a pas statué en fonction de circonstances de fait se rapportant à la situation d'autres personnes que le requérant ou se rapportant à la situation d'un groupe de personnes dont il ferait partie. Ne s'estimant pas tenu par l'avis du collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 19 janvier 2023 de rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. D, il n'a pas méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation.

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions précitées prévoit que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

6. Les dispositions précitées instituent une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger se disant malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.

7. Le préfet de la Loire-Atlantique produit l'avis émis le 19 janvier 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration relatif à l'état de santé du requérant, établi selon le modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016. Il ressort des pièces du dossier que cet avis a été rendu par trois médecins, dont il comporte les signatures. Par ailleurs, il est établi que la médecin ayant rédigé le rapport médical du 30 décembre 2022 concernant le requérant n'était pas au nombre des médecins formant ce collège. Ces médecins n'étaient, en tout état de cause, pas tenus, avant de répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux. Il en résulte que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'avis du 19 janvier 2023 a été émis dans des conditions irrégulières et que, pour cette raison, l'arrêté attaqué a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière.

8. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour prévu par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

9. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par le requérant, le préfet de la Loire-Atlantique, faisant sien l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration 19 janvier 2023, a retenu que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut effectivement y bénéficier d'un traitement approprié.

10. Il ressort des pièces du dossier qu'au moment de l'arrêté attaqué, le requérant est atteint d'une infection asymptomatique par le virus de l'immunodéficience humaine (HIV), découvert en 1999 et le résultat d'un sérodiagnostic HIV1/HIV2 pratiqué le 17 novembre 2022 a été positif. Une hépatite C est guérie depuis 2021. Il est également affecté d'une insuffisance cardiaque depuis 2015 avec hypertension artérielle. En raison d'une toxicomanie ancienne par addiction à des produits stupéfiants (héroïne, cocaïne, cannabis) pour le traitement de laquelle il a bénéficié de cures en Russie et qu'il a cessé de consommer depuis 2013, il bénéficie depuis plusieurs années d'un traitement de substitution par méthadone.

11. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour le traitement du VIH, M. D bénéficie en France de la prescription d'une spécialité médicale trithérapeutique associant trois antirétroviraux actifs sur les virus de l'immunodéficience humaine et qui sont le bictégravir, l'emtricibatine et le ténofovir alafénamide. Cette spécialité médicale n'est pas disponible en Géorgie. Toutefois, le préfet peut, en application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser de délivrer le titre de séjour demandé en raison de l'état de santé, quand bien même un traitement identique à celui dont l'étranger bénéficie en France, ou procurant un service médical rendu aussi important que ce traitement, n'est pas disponible dans le pays d'origine, lorsqu'y est néanmoins disponible un traitement approprié, permettant de prévenir la survenance pour le demandeur de conséquences d'une exceptionnelle gravité.

12. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la liste des médicaments disponibles en Géorgie et des fiches " medical country of origin information " concernant ce pays, que de nombreux médicaments antirétroviraux sont disponibles en Géorgie. Il en va ainsi, en particulier, d'une spécialité trithérapeutique renfermant les molécules antirétrovirales dolutégravir, lamivudine et abacavir, laquelle spécialité médicale présente un profil d'efficacité, de tolérance et de résistance comparable à celui de la spécialité dont M. D bénéficie en France et constitue pour ce dernier, d'ailleurs affecté par le VIH depuis 1999, un traitement approprié. En outre, il en ressort également que, si la molécule bictégravir n'est pas disponible en Géorgie, à la différence des deux autres molécules entrant dans la composition du médicament prescrit en France que sont l'emtricitabine et le ténofovir alafénamide, des molécules antirétrovirales substituables au bictégravir, appropriées à l'état de santé de M. D, sont disponibles en Géorgie, savoir le rolutégravir et le raltégravir. Alors que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu son avis du 19 janvier 2023 au vu d'un certificat et d'un rapport médical faisant clairement apparaître la spécialité médicale antirétrovirale prescrite en France, la seule circonstance que, dans un certificat médical du 7 novembre 2023, il est fait mention de ce qu'un changement ou substitution du traitement antirétroviral prescrit en France est " susceptible de mettre ce patient en situation d'échec thérapeutique et peut être très dangereux vu ses co-morbidités et le traitement associé ", ne suffit pas à établir, quant au VIH, l'indisponibilité en Géorgie d'un traitement approprié au cas de M. D, d'ailleurs affecté par ce virus au moins depuis 1999 et dont il ne ressort pas du dossier que la spécialité pharmaceutique qui lui est prescrite en France lui aurait déjà été prescrite avant son arrivée dans ce pays en 2022.

13. Il ressort également des pièces du dossier qu'il existe en Géorgie, à Tbilissi, Koutaïssi, Batoumi, Zougdidi et Sokhoumi, des centres dédiés au traitement du virus de l'immunodéficience humaine et des personnes atteintes du syndrome d'immunodéficience acquise, permettant aux personnes affectées dans ce pays par le VIH ou atteinte par ce syndrome d'accéder sans frais aux examens de dépistage et de diagnostic ainsi qu'à des traitements antirétroviraux. Ces centres spécialisés, en particulier, à Tbilissi, le National Aids Center et le Infections Diseases AIDS and Clinical Immunology Research Centre, outre qu'ils permettent un accès gratuit aux médicaments antirétroviraux, disposent des compétences nécessaires pour assurer la substitution d'une trithérapie déterminée, ainsi celle dispensée en France à M. D, par une autre disponible en Géorgie. Sont également disponibles en Géorgie des laboratoires pratiquant des analyses sanguines et d'autres examens de biologie médicale permettant de rechercher et mesurer le VIH ainsi que de vérifier l'état immunitaire du patient.

14. Il ressort ainsi du dossier que, quant au VIH, une prise en charge appropriée à l'état de santé de M. D est disponible en Géorgie. Cette prise en charge est accessible à la généralité de la population. M. D, en se bornant à faire valoir sans en justifier qu'il a vécu en Russie durant près de trente ans et n'a vécu en Géorgie que quelque mois avant d'entrer en France, alors qu'il est né le 11 avril 1969 et a indiqué dans sa demande de titre de séjour que son lieu de séjour avant sa venue en France était la Géorgie et qu'un passeport et un visa lui ont été délivrés à Tbilissi au mois de novembre 2020 et au mois d'août 2021, n'établit pas des circonstances exceptionnelles tirées de particularités de sa situation personnelle qui l'empêcheraient d'accéder dans ce pays à une prise en charge qui y est accessible à la généralité des personnes atteintes du VIH et nécessitant un traitement antirétroviral.

15. S'agissant des autres pathologies dont le requérant est affecté, il se borne à faire valoir qu'il présente une pathologie nécessitant une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et ne peut avoir accès aux soins dans son pays d'origine, sans néanmoins assortir ce moyen d'aucune précision. Il ressort toutefois du dossier que la méthadone est disponible en Géorgie, où il existe, à tout le moins à Tbilissi, une prise en charge des personnes atteintes de polyaddictions ou anciennes polyaddictions aux stupéfiants et bénéficiant pour cette raison d'un traitement de substitution, alors qu'il ressort du dossier que le requérant a bénéficié de nombreuses cures en Russie et se trouve sous méthadone depuis de nombreuses années. Par ailleurs, le bisoprolol, l'indapamide, le lisinopril, l'aspirine et l'atorvastatine, prescrits en France au requérant en raison d'une insuffisance cardiaque avec hypertension artérielle, sont disponibles en Géorgie.

16. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui ouvraient droit à la délivrance d'un titre de séjour. Les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 de ce code, selon lesquelles ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français l'étranger résidant habituellement en France dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité lorsqu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, ne faisaient pas obstacle à une décision portant obligation de quitter le territoire français.

17. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

18. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, M. D n'est pas fondé à soutenir que celle fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de cette obligation.

19. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon ce dernier : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

20. Il n'est pas établi que la vie ou la liberté du requérant seraient menacées en Géorgie ou qu'il risquerait d'y être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. En outre, il peut accéder dans ce pays à une prise en charge appropriée à son état de santé. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, les conclusions à fin d'injonction qu'il présente ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Le Floch.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

A. DURUP DE BALEINE

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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