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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2309545

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2309545

lundi 3 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2309545
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantDIALLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 juillet et 2 août 2023, M. B C A, représenté par Me Diallo, demande au tribunal, dans le dernier état de de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant de lui délivrer un visa dit " de retour " a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dès la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le motif tiré de ce qu'il représenterait une menace pour l'ordre public est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est titulaire d'une carte de résident renouvelable de plein droit et qu'il n'est pas démontré, d'une part, qu'il se serait absenté du territoire français pendant trois années consécutives ou, d'autre part, qu'il représenterait une menace pour l'ordre public ; il dispose, dès lors, d'un droit au séjour en France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 33 de la convention de Genève de 1951 dès lors qu'il bénéficie de la qualité de réfugié en France ;

- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît le principe d'unité de la famille ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés et doit être regardé comme sollicitant une substitution de motifs.

Un mémoire, présenté pour le requérant, a été enregistré le 7 mai 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 mai 2024 :

- le rapport de M. Tavernier,

- les conclusions de M. Barès, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant mauritanien, alors titulaire d'un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour valable jusqu'au 16 janvier 2021, s'est rendu au Sénégal le 9 septembre 2020. Le 22 décembre 2022, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un visa dit " de retour " afin de rentrer en France auprès de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal), laquelle a rejeté sa demande. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision de refus consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité par une décision du 20 juillet 2023, dont le requérant demande l'annulation au tribunal.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne satisfait pas aux conditions d'entrée sur le territoire français lorsqu'il se trouve dans les situations suivantes : / 1° Sa présence en France constituerait une menace pour l'ordre public ; () ". Par ailleurs, l'article L. 332-1 du code dispose que " L'étranger qui ne satisfait pas aux conditions d'admission prévues au titre I peut faire l'objet d'une décision de refus d'entrée, sans préjudice des dispositions particulières relatives au droit d'asile et à la protection internationale ou à la délivrance de visas de long séjour. ". Enfin, aux termes de l'article L. 332-2 de ce code : " La décision de refus d'entrée, qui est écrite et motivée, est prise par un agent relevant d'une catégorie fixée par voie réglementaire. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la détention d'un titre de séjour ou d'un récépissé de demande de renouvellement dudit titre par une personne étrangère permet son retour pendant toute la période de validité de ce document sans qu'elle ait à solliciter un visa d'entrée sur le territoire français. Entre dans ces prévisions la personne qui, bien qu'ayant égaré son titre de séjour, produit des pièces établissant la validité de ce titre ou de ce récépissé. En ce cas, les autorités chargées de l'examen des demandes de visa ne disposent pas du pouvoir de refuser, quel que soit le motif invoqué pour justifier leur décision, l'octroi d'un visa d'entrée en France à la personne qui en fait la demande. Il appartient seulement à l'autorité compétente, dans les conditions prévues aux articles L. 311-2, L. 332-1 et L. 332-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de pouvoir s'opposer à son entrée en France si cette personne présente une menace pour l'ordre public.

4. Pour rejeter le recours formé à l'encontre de la décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a relevé que le demandeur, connu sous trois identités différentes par les autorités françaises, dont le statut de réfugié lui a été retiré par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 12 avril 2023, et qui se trouvait hors du territoire français depuis le 9 septembre 2020, ne disposait plus d'un droit au séjour en France depuis le 16 janvier 2021, date d'expiration de son récépissé de demande de carte de séjour.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, titulaire d'un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 16 janvier 2021, s'est rendu au Sénégal en septembre 2020 et n'a sollicité la délivrance d'un visa dit " de retour " que le 22 décembre 2022. Par suite, le récépissé du requérant était arrivé à expiration à la date de sa demande de visa, de sorte qu'il ne justifiait plus d'un droit au séjour à cette même date. Il ressort en outre des pièces du dossier, qu'antérieurement à la date de la décision attaquée, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a procédé au retrait de la protection internationale octroyée à l'intéressé, ce dernier s'étant rendu en Mauritanie où il s'est au demeurant déclaré " employé privé au service de diplomate " dans le cadre d'une demande de visa déposée auprès de l'ambassade d'Espagne à Nouakchkott (Mauritanie) en novembre 2022. Dans ces conditions, quand bien même, d'une part, cette décision de retrait aurait fait l'objet d'un recours devant la Cour nationale du droit d'asile et, d'autre part, l'intéressé ne représenterait pas une menace pour l'ordre public en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commission de recours, en se fondant sur le motif tiré de ce qu'il ne disposait plus d'un droit au séjour en France à la date de sa demande de visa, aurait entaché sa décision d'une erreur de droit au regard de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni d'une erreur manifeste d'appréciation, ni que cette décision méconnaîtrait l'article 33 de la convention de Genève de 1951 et celui du principe d'unité de la famille.

6. En second lieu, si M. A, lequel est entré en France en 1989, se prévaut de la présence d'une épouse et de ses cinq enfants sur le territoire français, il n'apporte aucun élément de nature à apprécier l'intensité et la continuité des liens affectifs qui l'uniraient à sa famille. Par suite, et alors qu'il constant que l'intéressé n'est pas rentré en France depuis septembre 2020 et qu'il n'a sollicité un visa dit " de retour " que le 22 décembre 2022, M. A n'est pas fondé à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni, en tout état de cause, celles du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni qu'elle aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la substitution de motifs sollicitée en défense, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées comme doivent l'être, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

Mme Glize, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.

Le rapporteur,

T. TAVERNIER

La présidente,

M. LE BARBIER La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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