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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2309626

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2309626

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2309626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 7ème chambre
Avocat requérantDESFRANCOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Desfrançois, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 2 juillet 2023 par lesquelles d'une part le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office, a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et d'autre part l'assigné à résidence dans le département de Loire-Atlantique pour une durée de six mois et l'a obligé à se présenter trois fois par semaines auprès du commissariat central de Nantes ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation dans un délai de quarante-huit heures ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le centre de ses attaches privées et familiales est en France avec sa compagne avec laquelle il vit depuis le mois de décembre 2022 et les trois enfants de celle-ci ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; il souffre de luxations récurrentes, pathologie handicapante qui limite l'usage de ses bras ; il doit envisager une opération pour retrouver le plein usage de ses bras ; il justifie de soins médicaux sur le territoire français dont il ne peut bénéficier en Algérie ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- le préfet n'a pas examiné sa situation au regard des risques éventuellement encourus en cas de retour en Algérie, le préfet ne pouvant se fonder uniquement sur la circonstance qu'il n'a pas sollicité l'asile ;

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation, et méconnait les dispositions de l'article L. 621-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le fait qu'il a été placé en garde à vue à deux reprises pour des faits d'usage de stupéfiants sans condamnation ne permet pas de considérer qu'il constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'ordre public ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la perspective raisonnable n'est pas justifiée ;

- la décision de pointage porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale au regard de l'éloignement de son domicile et du coût de trajet et de la nécessité pour lui d'emmener à l'école les enfants de sa compagne et de les garder pendant les vacances scolaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée,

- les observations de Me Desfrançois, représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A ressortissant algérien né en novembre 1999, entré en France à une date inconnue, un an avant la décision contestée selon ses déclarations, a été interpellé par les services de police pour des faits de violences volontaires en réunion et en état d'ivresse le 2 juillet 2023. Par des décisions du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux années. Par la présente requête, M. A demande l'annulation des décisions du 2 juillet 2023.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

3. En premier lieu, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

4. L'obligation de quitter le territoire français du 2 juillet 2023 comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de son insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. M. A est entré en France selon ses déclarations en 2022 environ un an avant la décision contestée, après avoir vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine. Il ne soutient pas être dépourvu d'attaches privées et familiales en Algérie où il a vécu plus de vingt ans. S'il allègue résider à Couëron avec sa compagne de nationalité française et les enfants de celle-ci depuis décembre 2022, admis aux urgences du centre hospitalier universitaire de Nantes en mars 2023, il a déclaré vivre avec son frère à Nantes et n'apporte aucun autre élément de nature à établir la réalité de la relation alléguée, ni à supposer celle-ci établie, l'ancienneté de cette relation. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France de M. A, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En troisième lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

8. Si M. A produit un compte-rendu d'hospitalisation aux urgences du centre hospitalier universitaire de Nantes établissant qu'il a souffert à plusieurs reprises de luxation de l'épaule en 2022 et 2023, aucun document produit ne permet d'établir ni que le défaut de prise en charge médicale aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni en tout état de cause, qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. A.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

10. L'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". L'article L. 612-2 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, l'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

11. En premier lieu, la décision refusant d'accorder à M. A un délai de départ volontaire vise l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement dès lors qu'il ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, avait explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, s'était soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement adoptée en 2022, et ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes puisqu'il ne pouvait présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il ne justifiait pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Il suit de là que la décision est suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté.

12. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 du jugement que l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas annulée par le présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire devrait être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

13. L'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de cette convention stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 2 juillet 2023 qui évoque les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et relève que l'intéressé n'établissait pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées dans son pays d'origine ou qu'il y serait exposé à des peines ou des traitements contraires aux stipulations de la convention, que l'intéressé n'avait pas déposé de demande d'asile et qu'il ne faisait état d'aucun risque, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen de la situation de l'intéressé avant de décider son renvoi dans son pays d'origine.

15. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination de M. A comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée. Il suit de là que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

16. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 du jugement que l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas annulée par le présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays d'éloignement devrait être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur l'interdiction de retour :

17. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

18. En premier lieu, la décision portant à l'égard de M. A interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans comporte l'exposé détaillé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée. Il suit de là que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté comme manquant en fait.

19. En deuxième lieu, l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'égard de M. A est fondée sur l'absence de délai de départ volontaire qui lui est opposée par le même arrêté du 2 juillet 2023. Par ailleurs, la durée de deux années déterminée par le préfet de la Loire-Atlantique en application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas uniquement fondée, contrairement à ce que soutient le requérant, sur l'existence d'une menace à l'ordre public, mais également sur la faible durée de séjour de l'intéressé sur le territoire français, sur son absence d'attaches personnelles et familiales intenses et stables en France, sur la circonstance qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2022, non exécutée, et également sur les faits qu'il a été interpellé à deux reprises par les services de police pour usage de stupéfiants en mai 2022 et octobre 2022. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur d'appréciation et méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à deux années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français opposée à M. A.

20. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au 6 et dès lors que la réalité et la stabilité de la relation alléguée de M. A avec une ressortissante française n'apparaissent pas établies, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prononçant à l'égard de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux années, le préfet de la Loire-Atlantique a porté au droit de l'intéressé à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive et donc méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'assignation à résidence :

21. L'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

22. En premier lieu, la décision assignant M. A à résidence dans le département de la Loire-Atlantique pour une durée de six mois et l'obligeant à se présenter trois fois par semaines (les lundis, mercredis et vendredis) au commissariat central de Nantes comporte l'exposé détaillé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée. Il suit de là que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

23. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 du jugement que l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas annulée par le présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision l'assignant à résidence devrait être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

24. En troisième lieu, la décision, fondée sur les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est précisément fondée sur la circonstance que l'intéressé étant dépourvu de document d'identité et de voyage ne peut quitter le territoire français et doit être autorisé à se maintenir provisoirement sur le territoire français jusqu'à ce qu'il existe une perspective raisonnable d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. M. A ne peut donc utilement invoquer à l'encontre de cette décision l'absence de perspective raisonnable d'exécution.

25. En dernier lieu, si M. A conteste l'obligation qui lui est faite dans l'arrêté du 2 juillet 2023 de se présenter trois fois par semaine auprès du commissariat central de Nantes au motif qu'il résiderait à Couëron et s'occuperait des enfants de sa compagne et estime dès lors que ces obligations de pointage porteraient une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale, il résulte de ce qui a été dit au point 6 du jugement que la réalité de la relation alléguée n'est pas établie, ni même les obligations ainsi alléguées à l'égard des enfants de la jeune femme, le requérant ayant indiqué résider à Nantes en mars 2023. Il suit de là que ce dernier moyen doit être écarté.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Desfrançois et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

La magistrate désignée,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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