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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2309847

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2309847

mercredi 2 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2309847
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantATLANTIC JURIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 7 et 28 juillet 2023, Mme A Baron, représentée par Me Chaigneau, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 19 avril 2023, notifié le 11 mai 2023, par lequel le maire de la commune d'Essarts-en-Bocage, en qualité d'agent de l'Etat, l'a mise en demeure de cesser immédiatement les travaux de démolition partielle, de rénovation et d'extension d'une maison individuelle entrepris sur le terrain cadastré 084 ZW 108, sis 14 Le Moulin de la Coussaie, Les Essarts, sur le territoire de cette commune, en exécution du permis de construire qui lui a été délivré le 28 avril 2022 ;

2°) de mettre à la charge l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de rejeter les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune d'Essarts-en-Bocage.

Elle soutient que :

- le tribunal administratif de Nantes est territorialement et, en vertu de l'article R. 312-7 du code de l'urbanisme, matériellement compétent pour statuer sur le présent litige ;

- sa requête est recevable au regard des prescriptions des articles L. 521-1 et R. 522-1 du code de justice administrative.

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que les travaux objet du permis de construire délivré le 28 avril 2022 ne sont pas terminés, que leur interruption laisse un chantier non finalisé et non sécurisé, que la construction inachevée peut subir des dégradations en raison des intempéries, voire des vols de matériels, que l'entrée en jouissance de la construction sera nécessairement retardée le temps de l'instruction de son recours au fond, que le mobil-home qu'elle occupait a été vendu, qu'elle vit seule avec son fils dont elle assure l'instruction à domicile, et que les contrôles de l'enseignement ont été jugés satisfaisants, de sorte que l'autorisation accordée par l'Académie de Nantes reste valable pour l'année scolaire 2023-2024.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- l'arrêté interruptif de travaux du 19 avril 2023 est insuffisamment motivé, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et L. 480-2, alinéa 3, du code de l'urbanisme, faute notamment d'absence de mention de tout élément de fait ;

- il n'est pas justifié d'un procès-verbal d'infraction permettant au maire de prendre l'arrêté interruptif de travaux contesté, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme ;

- le maire de la commune d'Essarts-en-Bocage a omis à tort de lui communiquer le procès-verbal d'infraction, en méconnaissance du principe de respect des droits de la défense et du principe du contradictoire ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit au regard des prescriptions des articles L. 480-2 et L. 480-4 du code de l'urbanisme, faute d'être fondé sur l'établissement d'une infraction et compte tenu de la conformité des travaux de construction entrepris au permis de construire ;

- l'arrêté attaqué se fonde sur des faits matériellement inexacts dès lors qu'aucune inobservation de l'une des prescriptions du permis de construire n'est établie en l'espèce ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une autre erreur de droit au regard des prescriptions des articles L. 480-2 et L. 480-4 du code de l'urbanisme, en tant que le permis de construire autorise des travaux de démolition partielle de la maison alors que les démolitions ne figurent pas parmi les infractions qui peuvent faire l'objet des constats d'infraction prévus à l'article L. 480-1 du même code.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juillet 2023, la commune d'Essarts-en-Bocage, représentée par Me Tertrais, conclut au rejet de la requête. Elle demande en outre la mise à la charge de Mme Baron d'une somme de 3 000 euros.

Elle valoir que ni la condition d'urgence, ni celle de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ne sont réunies en l'espèce.

Le préfet de la Vendée a produit un mémoire, enregistré le 28 juillet 2023.

Il fait valoir qu'il n'a pas d'observations à développer en complément de celles de la commune d'Essarts-en-Bocage.

Vu :

- la requête de Mme Baron à fin d'annulation de l'arrêté interruptif de travaux du 19 avril 2023, enregistrée le 7 juillet 2023 sous le n° 2310011 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Vauterin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir présenté son rapport et entendu au cours de l'audience publique du vendredi 28 juillet 2023 à 9h30 :

- les observations de Me Chaigneau, représentant les intérêts de Mme Baron, qui développe les moyens et conclusions de la requête ;

- les observations de Me Tertrais, représentant de la commune d'Essarts-en-Bocage, qui conteste la réalité de la situation d'urgence et l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ;

- en l'absence du préfet de la Vendée ou de son représentant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 28 avril 2022, le maire de la commune d'Essarts-en-Bocage (Vendée) a accordé à Mme Baron un permis de construire n° PC 085 084 22 U0004 autorisant des travaux de démolition partielle, de rénovation et d'extension d'une maison individuelle sur le terrain cadastré 084 ZW 108, sis 14 Le Moulin de la Coussaie, Les Essarts, situé en zone agricole du plan local d'urbanisme intercommunal - Habitat (PLUIH), sur le territoire de cette commune. Le maire de la commune d'Essarts-en-Bocage a par ailleurs fait droit, par une décision du 2 mai 2022, puis par arrêté du 1er juillet 2022 portant permis de construire n° PC 085 084 22 U0057, à sa demande d'autorisation d'installation provisoire d'un mobil-home à usage d'habitation sur le même terrain pendant la durée des travaux de rénovation de sa maison individuelle, pour une durée maximale de 7 mois, soit jusqu'au 31 janvier 2023. Le 16 février 2023, un agent assermenté de la commune d'Essarts-en-Bocage a constaté, d'une part, la présence sur le terrain de Mme Baron de ce mobil-home, malgré l'expiration de la durée de validité du permis de construire du 1er juillet 2022, d'autre part, la non-conformité des travaux réalisés par Mme Baron au permis de construire du 28 avril 2022, l'agent assermenté ayant regardé ces travaux, par leur nature et leur ampleur, non comme des travaux de démolition partielle, de rénovation et d'extension de la maison individuelle, mais comme des travaux de construction neuve à usage d'habitation, non-autorisés par le PLUIH en zone agricole. Il en a dressé procès-verbal d'infraction le 8 mars 2023, transmis dans les conditions prévues à l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de la Roche-sur-Yon (Vendée). Après mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, le maire de la commune d'Essart-en-Bocage, agissant en qualité d'agent de l'Etat dans les conditions prévues à l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, a, par un arrêté interruptif de travaux du 19 avril 2023, notifié le 11 mai suivant, mis en demeure Mme Baron de cesser immédiatement les travaux entrepris sur sa maison individuelle, au motif de leur non-conformité au permis de construire délivré le 28 avril 2022. Par la présente requête, Mme Baron demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cet arrêté interruptif de travaux en date du 19 avril 2023 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Enfin, la condition d'urgence doit être appréciée à la date à laquelle le juge des référés statue.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté du 19 avril 2023 ordonnant l'interruption immédiate des travaux entrepris par Mme Baron sur la maison individuelle dont elle est propriétaire à Essart-en-Bocage, l'intéressée soutient que les travaux objet du permis de construire délivré le 28 avril 2022 ne sont pas terminés, que leur interruption, effective depuis le 10 mai 2023, laisse un chantier non finalisé et non sécurisé, que la construction inachevée peut subir des dégradations en raison des intempéries, voire des vols de matériels, que l'entrée en jouissance de la construction sera nécessairement retardée le temps de l'instruction de son recours au fond, qu'elle a vendu le mobil-home installé jusqu'alors sur son terrain, qu'elle vit seule avec son fils B, né en 2015, dont elle assure, conformément à l'autorisation donnée par la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Vendée, l'instruction à domicile, que les contrôles de l'enseignement donné par elle à son fils ont été jugés satisfaisants, de sorte que l'autorisation accordée par l'Académie de Nantes reste valable pour l'année scolaire 2023-2024.

5. Il est constant que par une lettre du 25 janvier 2023 adressée en recommandé avec avis de réception, le maire de la commune d'Essarts-en-Bocage a rappelé à Mme Baron qu'ainsi qu'elle en avait été informée en mai 2022, elle devait retirer de son terrain, avant le 31 janvier 2023, le mobil-home installé au cours de l'année 2022, et lui a fait connaître qu'un agent assermenté de la commune procéderait à une vérification sur place du respect de cette obligation, et qu'en cas d'infraction, un procès-verbal serait dressé avec transmission au procureur de la République pour suites judiciaires à donner. Par une lettre du 8 mars 2023, adressée également en recommandé avec avis de réception, le maire de la commune a fait part à Mme Baron de ce que l'agent assermenté, dépêché sur son terrain le 16 février 2023, avait constaté, d'une part, la présence illicite de son mobil-home, que Mme Baron a omis de retirer avant le 31 janvier 2023, d'autre part, la non-conformité des travaux réalisés au permis de construire délivré pour la maison individuelle, et qu'un procès-verbal d'infraction, transmis à l'autorité judiciaire, avait été dressé en conséquence. Par une lettre du 30 mars 2023, notifiée à Mme Baron dans des conditions analogues aux lettres des 25 janvier et 8 mars 2023, le maire de la commune d'Essarts-en-Bocage a informé Mme Baron de ce qu'il envisageait de prendre à son encontre un arrêté interruptif de travaux en ce qui concerne sa maison individuelle au motif que les travaux réalisés par elle, en tant qu'ils caractérisaient une démolition totale en vue de l'édification d'une construction neuve, interdite en zone agricole et non-conforme au permis de construire du 28 avril 2022, et non d'une démolition partielle avec rénovation et extension du bâti, qui avait été seule autorisée par ce permis de construire. Le maire invitait Mme Baron, par la même lettre du 30 mars 2023, à présenter ses observations sur ce projet de décision dans le cadre de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration. Mme Baron a communiqué au maire de la commune ses observations par une lettre du 7 avril 2023, avant que n'intervienne, en date du 19 avril 2023, l'arrêté interruptif de travaux en litige, notifié le 11 mai suivant.

6. Il résulte ainsi de l'instruction que Mme Baron a été informée dès le mois de janvier 2023 qu'un agent de la commune d'Essarts-en-Bocage serait chargé de vérifier le respect de ses obligations au regard des permis de construire qui lui avaient été accordés. Toutefois, en dépit des lettres du maire de la commune des 8 et 30 mars 2023 l'informant des infractions constatées à son encontre, et donc du risque réel que le maire ordonne à court terme une interruption de ses travaux, et des conséquences qui pouvaient en résulter pour elle, Mme Baron a manifestement poursuivi, après mars 2023, la réalisation des travaux de sa maison, tout du moins l'achat des matériaux nécessaires, ainsi qu'en attestent les devis des sociétés " Edycem, Infiniment Béton " et " Leduc, Industriel en Structure Bois ", demandés par Mme Baron en avril 2023, afférents à des travaux de gros-œuvre, et d'une durée de validité de quelques semaines seulement. Il résulte également de l'instruction, notamment d'un constat d'huissier effectué, sur place, le 10 mai 2023, à la demande de Mme Baron, que les travaux de démolition engagés par l'intéressée avaient conduit, à cette date, à ne laisser subsister de l'ancienne maison d'habitation, objet du permis de construire, qu'" une partie de la façade avant ", " le mur mitoyen d'avec le numéro 16 ", " le mur pignon opposé donnant sur une dépendance " et " un mur de refend " du mur de façade. Ainsi, compte tenu des courriers du maire de la commune d'Essart-en-Bocage de mars 2023, Mme Baron ne pouvait ignorer que l'étendue des travaux de démolition, et donc des travaux de rénovation, engagés par elle était litigieuse et qu'elle s'exposait, dès le début du mois d'avril 2023, au risque que le maire ordonne incessamment l'interruption de ces travaux. En tant qu'elle a poursuivi les opérations d'achat de matériaux de gros-œuvre après mars 2023 alors qu'elle était nécessairement consciente du risque d'interruption des travaux, Mme Baron doit être regardée comme ayant contribué à la réalisation de la situation d'urgence qu'elle invoque. En outre, les pièces qu'elle produit ne permettent pas d'établir qu'elle ne serait pas en mesure de se prémunir contre le risque de vol et de dégradation des matériaux de construction afférents aux travaux entrepris, et installés en plein air, aux abords de sa maison individuelle, ni que l'exécution de l'arrêté interruptif de travaux serait de nature à lui causer un dommage irréversible avant que le juge statue au fond sur la légalité de cet arrêté. Enfin, Mme Baron, qui indique avoir vendu son mobil-home sans au demeurant en justifier autrement que par un Sms du 27 juillet 2023, n'apporte aucune précision sur les conditions matérielles dans lesquelles elle dispense l'instruction à domicile à son fils, et ne permet pas ainsi d'établir que l'arrêté interruptif des travaux en litige aurait, par lui-même, pour effet de priver son fils de la possibilité de bénéficier de cette instruction à domicile.

7. Dans ces conditions, les circonstances dont Mme Baron se prévaut à l'instance ne permettent pas d'établir que l'arrêté interruptif de travaux du 19 avril 2023 en litige porterait atteinte de façon suffisamment grave et immédiate à sa situation pour considérer qu'est satisfaite la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension provisoire dans l'attente du jugement au fond. Dès lors que l'une des conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas remplie, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 19 avril 2023, Mme Baron n'est pas fondée à demander la suspension de l'exécution de cet arrêté interruptif de travaux. Il y a lieu, en conséquence, de rejeter sa requête en toutes ses conclusions, y compris celles afférentes aux frais de l'instance.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, par ailleurs, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune d'Essarts-en-Bocage.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme Baron est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Essarts-en-Bocage sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A Baron, au préfet de la Vendée, et à la commune d'Essarts-en-Bocage.

Fait à Nantes, le 2 août 2023

Le juge des référés,

A. Vauterin

La greffière,

M-C. Minard

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

5

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