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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2309860

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2309860

lundi 3 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2309860
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantHARIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 juillet et 11 août 2023, Mme A D, agissant en qualité de représentante légale des enfants E F D et K D, ainsi que Mme C B D, représentées par Me Harir, demandent au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, la décision née le 12 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre les décisions de l'ambassade de France en I démocratique du Congo refusant de délivrer à Mme C B D, à E F D et à K D, des visas de long séjour a, à son tour, implicitement refusé de délivrer les visas sollicités et, d'autre part, ces décisions consulaires ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de faire délivrer les visas sollicités dans un délai de deux semaines à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen des demandes dans la même condition de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle des demandeuses dès lors qu'elles ont sollicité des visas de long séjour en qualité d'enfants d'une ressortissante française et non en qualité de visiteuses ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les demandeuses remplissent l'ensemble des conditions auxquelles la délivrance de visas de long séjour en qualité " d'enfants d'une ressortissante française " est subordonnée ;

- elles remplissent, par ailleurs, l'ensemble des conditions auxquelles la délivrance de visas de long séjour en qualité " de visiteuses " est subordonnée ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par ordonnance du 17 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 octobre 2023 à 17h00.

Un mémoire en défense présenté par le ministre de l'intérieur et des outre-mer le 2 mai 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Tavernier a été entendu au cours de l'audience publique du 13 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux jugements respectivement rendus les 1er février et 28 septembre 2016, le tribunal pour enfants de G/H (I démocratique du Congo) a, d'une part, confié à Mme A D, ressortissante française, la garde de C J, E F D et K D, ressortissantes congolaises (I démocratique du Congo) et, d'autre part, prononcé l'adoption des intéressées par cette même personne. Par un jugement du 13 novembre 2019, le tribunal de grande instance de Paris a déclaré exécutoires sur le territoire français les deux jugements susmentionnés et dit que ces deux décisions produiront en France les effets d'une délégation d'autorité parentale et d'une adoption simple. Des demandes de visas de long séjour ont alors été déposées au bénéfice de Mme B D, de E F D et de K D auprès de l'ambassade de France en I démocratique du Congo, laquelle a rejeté ces demandes. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ces décisions consulaires, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, implicitement refusé de délivrer les visas sollicités par une décision née le 12 août 2023, laquelle en application des dispositions de l'article

D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est substituée aux décisions consulaires. Les requérantes doivent donc être regardées comme demandant au tribunal l'annulation de la seule décision implicite née le 12 août 2023 du silence gardé par la commission.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les autorités diplomatiques ou consulaires chargées de l'examen des demandes de visa ne peuvent refuser la délivrance d'un visa de long séjour au descendant de moins de vingt- et- un ans d'un ressortissant français que pour un motif d'ordre public.

3. Aux termes des dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ". Il ressort des dispositions précitées que la décision en litige doit être regardée comme étant fondée sur le même motif que les décisions consulaires auxquelles elle s'est substituée, tiré de ce que les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé des demandeuses sont incomplètes et/ou ne sont pas fiables.

4. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 1, que C J, E F D et K D ont été confiées à Mme A D, ressortissante française, par deux jugements respectivement rendus les 1er février et 28 septembre 2016 par le tribunal pour enfants de G/H. L'administration n'établit pas ni même n'allègue que ces jugements seraient frauduleux ou contraires à la conception française de l'ordre public international. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, et notamment des échanges de courriels avec l'autorité consulaire française à G, que les visas de long séjour ont été sollicités en vue de permettre aux demandeuses de s'établir en France auprès de leur mère adoptive. Dans ces conditions, et alors qu'aucun élément ne permet d'établir que les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé des demandeuses seraient incomplètes ou ne seraient pas fiables, les requérantes sont fondées à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérantes sont fondées à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que des visas de long séjour soient délivrés à Mme B D, E F D et K D. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer aux intéressées les visas de long séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de sa notification.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme globale de 1 200 euros à verser à Mme D et à Mme B D au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 12 août 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme B D, à E F D et à K D les visas de long séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme D et à Mme B D la somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Mme C B D, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.

Le rapporteur,

T. TAVERNIER

La présidente,

M. LE BARBIERLa greffière,

S. JEGO

La I mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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