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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2309971

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2309971

lundi 3 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2309971
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2023, Claire Adams A, représentée par Me Cissé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 27 juin 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 14 avril 2023 de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'enfant d'un ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer ce visa sous astreinte de 200 euros par jour de retard dès la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que sa filiation avec un ressortissant français est établie ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 avril 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que Claire Adams A est mineure et n'est pas représentée à l'instance ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un courrier du 4 avril 2024, Claire Adams A a été invitée, en application de l'article R. 612-1 du code de justice administrative, à régulariser les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en tant qu'elle lui refuse la délivrance d'un visa de long séjour, dès lors que celle-ci, née le 16 décembre 2006, est mineure. Elle a été informée qu'à défaut de régularisation dans le délai de quinze jours, ces conclusions pourraient être rejetées comme irrecevables. Cette demande tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 du code de justice administrative.

Par un mémoire enregistré le 19 avril 2024, M. B A a régularisé les conclusions présentées par Claire Adams A, en les reprenant à son nom.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Heng,

- et les observations de Me Cissé, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Claire Adams A, ressortissante sénégalaise née le 18 décembre 2006, qui se présente comme la fille de M. B A, ressortissant français, a présenté auprès de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) une demande de visa de long séjour pour établissement familial. Par une décision du 14 avril 2023, cette autorité a rejeté cette demande. Par une décision implicite née le 27 juin 2023, dont M. A demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Par une décision du 6 juillet 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a expressément rejeté ce recours.

Sur l'objet du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision.

3. Il en résulte que les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite née le 27 juin 2023 doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 6 juillet 2023 par laquelle la commission a confirmé le refus opposé par l'autorité consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. La décision attaquée se réfère aux articles L. 311-1, R. 311-2 et L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique que, pour rejeter la demande de visa litigieuse, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, l'acte de naissance C A n'était pas probant de sorte que le lien de filiation avec M. A n'était pas établi, et d'autre part, de ce que ce dernier, qui n'a pas mentionné Claire Adams A lors de la déclaration d'acquisition de la nationalité française souscrite le 8 octobre 2018, ne justifie pas contribuer effectivement à l' entretien et à l' éducation de l'enfant. Dès lors, contrairement à ce qui est soutenu, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, s'il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer aux enfants de moins de 21 ans de ressortissants français les visas qu'ils sollicitent afin de mener une vie familiale normale, elles peuvent toutefois opposer un refus à une telle demande pour des motifs d'ordre public.

7. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

8. Sont produits à l'appui de la requête deux copies littérales de l'acte de naissance n° 199 dressé le 22 janvier 2015 faisant état de la naissance C A le 18 décembre 2006 de B A et de Mamadinding Kante. Toutefois, il ressort de ces documents d'état civil que l'acte de naissance initial a été dressé en transcription du jugement d'autorisation n° 13545 du 6 août 2018. En l'absence de production de cette décision étrangère, qui supplée à l'absence d'un acte d'état civil, cet acte de naissance ne peut faire foi au sens des dispositions de l'article 47 du code civil puisque ce jugement est indissociable de l'acte dont il permet l'établissement. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu se fonder sur le motif rappelé au point 2.

9. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ne sont pas assortis de précision suffisante pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, M. A n'expose pas d'éléments permettant d'apprécier concrètement les conditions de vie, privée et familiale, au Sénégal C A.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvet, présidente,

Mme André, première conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.

La rapporteure,

H. HENG

La présidente,

C. CHAUVET

La greffière,

C. GUILLAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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