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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2310142

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2310142

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2310142
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPAUGAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 juillet et 25 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Paugam, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 1er juin 2023 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle, le préfet n'ayant notamment pas étudié s'il pouvait prétendre au renouvellement de son titre de séjour mention " étudiant " ;

- elle est entachée d'une erreur de fait s'agissant de l'existence d'un détournement de l'objet de son visa délivré poursuivi d'études en France ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le motif erroné tiré du détournement de l'objet du visa, surabondant, peut être neutralisé ;

- aucun des autres moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2023.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre la République française et la République du Cameroun relative à la circulation et au séjour des personnes (ensemble une annexe), signée à Yaoundé le 24 janvier 1994, approuvée par la loi n° 96-248 du 26 mars 1996 et publiée par le décret n° 96-1033 du 25 novembre 1996 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Chamkhi, substituant Me Paugam, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né en septembre 1993, est entré en France le 14 août 2021, sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique le renouvellement de son titre de séjour, puis a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par le biais d'une demande de changement de statut. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 1er juin 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler les décisions du 1er juin 2023.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant refus de délivrer un titre de séjour vise les textes dont il est fait application, notamment les dispositions de l'articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne également les éléments de la situation personnelle et familiale du requérant. Dans ces conditions, la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du refus de séjour attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 1er juin 2023 ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A. En particulier, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué et est confirmé par les écritures mêmes du requérant que s'il a dans un premier temps sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant, il a ultérieurement choisi de présenter une demande de changement de statut et de solliciter la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " en application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que M. A ne peut utilement invoquer la circonstance que le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas examiné la possibilité de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire et sans enfant, ne réside en France que depuis deux ans à la date de la décision attaquée, après avoir vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine. Il n'a résidé en France qu'en qualité d'étudiant et n'a pas souhaité obtenir le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. S'il invoque la présence en France de son père ainsi que celle de ses trois demi-sœurs et son demi-frères âgés de 11, 9, 8 et 4 ans et fait valoir son implication, établie par les pièces du dossier, dans leur vie quotidienne, il ressort des pièces du dossier qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de vingt-sept ans, n'y est pas dépourvu d'attaches privées et familiales puisqu'y résident sa mère, le conjoint de cette dernière, ainsi que deux de ses demi-frères. Il n'établit ni même n'allègue être dans l'impossibilité de rendre régulièrement visite aux membres de sa famille établis en France ni que ces derniers ne pourraient également lui rendre visite au Cameroun. Par ailleurs, le requérant, entré en France sous couvert d'un visa de long séjour mention étudiant, a suivi une formation en alternance pour l'année 2021-2022 qu'il n'a pas validée faute d'avoir trouvé une alternance. S'il mentionne son emploi en parallèle de ces études dans un restaurant de restauration rapide, ainsi qu'une promesse d'embauche du 2 octobre 2023, ces éléments ne sont pas de nature à établir une intégration professionnelle durable en France. Dans ces conditions, en refusant de délivrer à l'intéressé un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté une atteinte excessive au droit de M. A à une vie privée et familiale normale et n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet de la Loire-Atlantique a estimé, pour rejeter la demande de M. A tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", que l'intéressé ne justifierait avoir suivi des études en France depuis son arrivée et dès lors qu'il s'agirait d'un " détournement manifeste de l'objet du visa délivré dans le but de s'installer durablement en France métropolitaine ". M. A justifie à l'appui de ses écritures du suivi d'études, notamment au titre de l'année universitaire 2021-2022 auprès de l'école Amos. Le préfet, quant à lui, reconnait le caractère infondé de ce motif dans ses écritures en défense. Néanmoins, ainsi qu'il a été dit au point précédent, eu égard aux conditions et à la durée du séjour en France de M. A, le préfet de la Loire-Atlantique a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer qu'il ne remplissait pas les conditions posées par les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ". Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de fait commise par le préfet doit être écarté.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. A.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour ".

10. En application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision par laquelle le préfet a obligé M. A à quitter le territoire français, qui vise ces dispositions, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, dès lors qu'elle a été prise concomitamment à la décision de refus de titre de séjour, laquelle est, tel qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas examiné la situation particulière de M. A avant d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français.

12. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 du jugement que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus de séjour.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui faisant obligation de quitter le territoire français, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Paugam.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La présidente-rapporteure,

M. BERIA-GUILLAUMIE L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

em

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