mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2310367 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | SAS ITRA CONSULTING |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2310367 les 14 juillet 2023 et 18 septembre 2023, Mme B D, agissant en son nom et en qualité de représentante légale de l'enfant mineur E, représentée par Me Traoré, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite du 15 mai 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 11 janvier 2023 de l'autorité consulaire française à C (république démocratique du Congo) refusant à l'enfant E la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de membre de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa demandé ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et procède d'une appréciation manifestement erronée des actes d'état civil produits, en méconnaissance de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette même décision méconnaît les dispositions de l'article L. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que le demandeur bénéficie d'un droit à la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France ;
- elle méconnaît les dispositions des articles 371-2 et 371-4 du code civil ;
- ladite décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
II- Par une requête enregistrée le 18 septembre 2023 sous le n° 2313739, Mme B D, agissant en son nom et en qualité de représentante légale de l'enfant mineur E, représentée par Me Traoré, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 11 janvier 2023 de l'autorité consulaire française à C (république démocratique du Congo) refusant à l'enfant E la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de membre de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et procède d'une appréciation manifestement erronée des actes d'état civil produits, en méconnaissance de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette même décision méconnaît les dispositions de l'article L. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que le demandeur satisfait aux conditions d'entrée sur le territoire français justifiant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3, des articles 10 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés et que la décision pouvait être légalement fondée sur un autre motif tiré de l'absence de jugement de déchéance de l'autorité parentale ou de délégation de l'autorité parentale du père du demandeur.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D, ressortissante congolaise née le 24 avril 1991, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 14 décembre 2010. L'enfant mineur E, son fils allégué, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à C (république démocratique du Congo), en qualité de membre de famille d'une bénéficiaire de la protection subsidiaire. Par une décision du 11 janvier 2023, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 15 mai 2023, puis par une décision du 22 août 2023, dont Mme D doit être regardée comme demandant l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre cette décision consulaire.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2310367 et 2313739 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur l'étendue du litige :
3. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête n° 2310367 de Mme D tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 11 janvier 2023 de l'autorité consulaire française à C refusant de délivrer à l'enfant mineur E un visa d'entrée et de long séjour en France, doivent être regardées, comme celles de la requête n° 2313739, comme étant dirigées contre la décision du 22 août 2023 par laquelle la commission de recours a expressément rejeté ce recours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, pour rejeter le recours dont elle était saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle vise expressément, et sur les motifs tirés de ce que, d'une part, l'identité du demandeur et son lien de filiation avec la réunifiante ne sont pas établis par les actes d'état civil produits, lesquels ne présentent pas de caractère authentique et, d'autre part, Mme D ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son fils allégué, ni lui apporter un soutien affectif et communiquer régulièrement avec lui. Une telle motivation, qui comporte, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision, satisfait aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. Aux termes de l'article L 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". L'article L 561-5 de ce code précise par ailleurs que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux.".
7. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France. Figurent au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents d'état civil produits.
8. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ", ce dernier disposant que " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
9. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
10. Afin d'établir l'identité du demandeur et leur lien de filiation, Mme D produit un acte de naissance n° 4079 volume VII folio n° CXIX/2022 délivré par un officier d'état civil de la commune de Limete (république démocratique du Congo) portant transcription d'un jugement supplétif n° RCE 13.094/II du 10 juin 2022 rendu par le tribunal pour enfants de C/ A (république démocratique du Congo). Toutefois, la requérante ne justifie pas, ni même n'allègue, que cet acte d'état civil procéderait à l'annulation des précédents actes de naissance du demandeur établis en 2015, 2017 et 2021, produits par le ministre. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission de recours a pu valablement estimer qu'au regard de la coexistence de plusieurs actes de naissance pour une même personne, établis au surplus dans deux communes distinctes, l'identité de l'enfant E et, par suite, son lien de filiation avec la requérante n'étaient pas établis. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, qui suffisait à fonder la décision attaquée.
11. En troisième lieu, si la requérante fait valoir que la présence de l'enfant E sur le territoire français ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, et que ce dernier n'aurait pas fait l'objet d'un signalement aux fin de non-admission, ni d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire, d'expulsion, d'interdiction de retour, de circulation ou d'une interdiction administrative, en application des dispositions de l'article L. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, susceptibles de le rendre inéligible à la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France, de telles circonstances, à les supposer établies, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elles ne lui servent pas de fondement. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
12. En quatrième lieu, si la requérante fait valoir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions des articles 371-2 et 371-4 du code civil, en ce qu'elle l'empêcherait de contribuer à l'éducation et à l'entretien de l'enfant mineur E, elle n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier la portée. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
13. En cinquième et dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, faute d'établissement de l'identité du demandeur de visa et de son lien de filiation avec Mme D, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3, des articles 10 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'accueillir la substitution de motif demandée par le ministre, que les requêtes de Mme D doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2310387 et n° 2313739 de Mme D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Roncière, première conseillère,
M. Revéreau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le rapporteur,
P. REVEREAU
Le président,
P. BESSE La greffière,
S. BRIAND
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2, 2313739
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026