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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2310374

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2310374

mardi 5 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2310374
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 juillet 2023 et 26 janvier 2024, M. H E I B demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 6 avril 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée et de long séjour en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) du 5 janvier 2023 lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de visiteur ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'administration a, à tort, requalifié sa demande de visa déposée en vue de demander l'asile en France, en demande de visa de long séjour en qualité de visiteur ;

- il dispose de ressources suffisantes pour couvrir ses frais durant son séjour en France dès lors qu'il sera pris en charge par son frère ;

- il souhaite s'établir en France auprès de son frère car il encourt des risques dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 juillet 2023 et 26 janvier 2024, Mme D B, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de la jeune G B, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 6 avril 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée et de long séjour en France a rejeté les recours formés contre les décisions de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) du 5 janvier 2023 refusant à Mme D B et à la jeune G B la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France en qualité de visiteuses ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'administration a requalifié, à tort, sa demande de visa déposée en vue de demander l'asile en France, en demande de visa de long séjour en qualité de visiteur ;

- elle dispose de ressources suffisantes pour couvrir ses frais durant son séjour en France dès lors qu'elle sera prise en charge par son beau-frère ;

- elle souhaite s'établir en France en raison de craintes dans son pays d'origine, ayant notamment été enseignante et membre active d'une association de défense des droits des femmes ;

- la situation politique en Iran ne lui permet plus d'y demeurer durablement.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

III. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 juillet 2023 et 26 janvier 2024, Mme C B demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 6 avril 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée et de long séjour en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) du 5 janvier 2023 lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de visiteur ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'administration a requalifié, à tort, sa demande de visa déposée en vue de demander l'asile en France, en demande de visa de long séjour en qualité de visiteur ;

- elle dispose de ressources suffisantes pour couvrir ses frais durant son séjour en France dès lors qu'elle sera prise en charge par son frère ;

- elle souhaite s'établir en France en raison de craintes dans son pays d'origine, ayant notamment été membre active d'une association de défense des droits des femmes ;

- la situation politique en Iran ne lui permet plus d'y demeurer durablement.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dubus,

- et les observations de Me Thullier, substituant Me Bourgeois, représentant M. H E I B, Mme D B et Mme C B.

Des notes en délibéré ont été produites le 8 février 2024 pour les requérants, et n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. H E I B, Mme D B, Mme C B et la jeune G B, ressortissants afghans, ont sollicité la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France en qualité de visiteurs auprès de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran). Par des décisions du 5 janvier 2023, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par des décisions implicites nées le 6 avril 2023, dont M. H E I B, Mme F et Mme C B demandent, chacun en ce qui le concerne, l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours formés contre ces décisions consulaires.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2310374, 2311315 et 2311316 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, dès lors, de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des formulaires de demandes de visa d'entrée et de long séjour en France, que les requérants ont indiqué solliciter, chacun en ce qui le concerne, la délivrance d'un visa pour établissement familial, sans préciser, notamment dans la case " autre " des formulaires, présenter leur demande en vue de demander l'asile en France. Par suite, la commission de recours n'a pas commis d'erreur de droit en considérant les demandes de visas comme étant présentées en qualité de visiteurs.

4. En second lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur est chargée d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. (). ". Aux termes de l'article D. 312-8-1 du même code : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ".

5. En application des dispositions précitées de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d'une demande de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié les motifs retenu par cette autorité, tirés en l'espèce, de l'absence de moyens d'existence suffisants des demandeurs pour financer leur séjour en France, de l'absence d'engagement à n'exercer aucune activité professionnelle, de l'absence d'assurance maladie adéquate et valable, du risque de détournement par les demandeurs de l'objet de leurs visas à des fins de maintien illégal en France, et du caractère incomplet et non fiable des informations communiquées pour justifier de l'objet et des conditions de leur séjour.

6. D'une part, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : 1° Des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° () des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs, d'une part, à l'objet et aux conditions de son séjour et, d'autre part, s'il y a lieu, à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement () ". Aux termes de l'article L. 312-2 du même code : " () Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour. La durée de validité de ce visa ne peut être supérieure à un an. () ". Aux termes de l'article L. 426-20 du même code : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. / Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. () ".

7. Il résulte des dispositions de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, éclairées par celles de l'article L. 426-20 du même code, que lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de visiteur, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France peut légalement fonder sa décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne justifie pas des moyens d'existence suffisants pour faire face aux dépenses liées à son séjour en France.

8. Les requérants produisent deux attestations établies le 3 juillet 2023, respectivement par M. E A B et par sa compagne, aux termes desquelles ces derniers s'engagent à subvenir aux frais de séjour des requérants et à les héberger au cours de leur séjour en France. Ces attestations, postérieures aux décisions attaquées, sont toutefois sans incidence sur la légalité des décisions en cause. En toute hypothèse, il ressort des pièces du dossier que M. E A et sa compagne, qui ne perçoivent qu'un revenu mensuel global d'environ 3 400 euros, ne peuvent être regardés comme disposant de ressources suffisantes pour leur permettre d'assumer effectivement la prise en charge financière de trois adultes et d'un enfant supplémentaires. Dans ces conditions, en rejetant le recours dont elle était saisie, en raison de l'insuffisances des moyens de subsistance des requérants, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'illégalité. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la commission aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ce seul motif, qui suffisait à fonder légalement la décision, alors au surplus que les requérants ne produisent aucune preuve de souscription d'une assurance santé et d'un engagement à ne pas travailler.

9. D'autre part, le moyen tiré l'existence de craintes dans leur pays d'origine ne peut être utilement invoqué à l'encontre de décisions portant refus de délivrance de visas demandés en qualité de visiteur, alors qu'il ressort au demeurant des écritures des requérants qu'ils vivent actuellement en Iran.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. H E I B, de Mme F et de Mme C B doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. H E I B, de Mme F et de Mme C B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H E I B, à Mme F, à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Dubus, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe 5 mars 2024.

La rapporteure,

P. DUBUS

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2, 2311315, 2311316

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