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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2310578

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2310578

lundi 19 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2310578
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBARBOT-LAFITTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juillet et 22 décembre 2023, M. B E, représenté par Me Barbot-Lafitte, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite née le 26 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 1er juin 2023 de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) refusant de délivrer à Mme G C F un visa de long séjour au titre de la réunification familiale, ainsi que cette décision consulaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ce visa ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à défaut, au seul titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- les dispositions des articles L. 561-2 et L. 561-5 sont méconnues, dès lors que son identité et celle de son épouse ainsi que le lien matrimonial qui les unit sont établis, et qu'ils étaient mariés à la date d'introduction de sa demande d'asile ;

- le motif tiré de ce que la demandeuse de visa aurait tenté frauduleusement d'obtenir un visa n'est pas fondé ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont méconnues.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés ;

- M. E et Mme C F ne peuvent se prévaloir du statut de conjoints ;

- M. E et sa compagne ne justifient pas d'une vie commune suffisamment stable et continue avant l'introduction de la demande d'asile de M. E.

M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme André a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant afghan, né le 22 août 1996, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié en France. Mme C F, qu'il présente comme son épouse, a sollicité un visa en qualité de membre de famille d'un réfugié auprès de l'autorité consulaire à Téhéran (Iran), laquelle a rejeté sa demande le 1er juin 2023. Par une décision née le 26 août 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. M. E demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision consulaire du 1er juin 2023 :

2. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui instituent un recours administratif préalable obligatoire, que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite de cette commission s'est substituée à la décision du 1er juin 2023 de l'autorité consulaire française en Iran. Il en résulte, d'une part, que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours, d'autre part, que le moyen tiré du défaut de motivation, soulevé à l'encontre de la décision consulaire, doit être écarté comme inopérant.

Sur la légalité de la décision implicite née le 26 août 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; (). ". Aux termes des dispositions de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".

4. La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le rapprochement familial du conjoint ou des enfants d'une personne admise à la qualité de réfugié ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité du lien matrimonial entre les époux ou du lien de filiation produits à l'appui des demandes de visa.

5. Il ressort de l'accusé de réception du recours administratif préalable obligatoire dont elle a été saisie que, pour rejeter la demande de visa de long séjour présentée par Mme C F, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est appropriée les motifs opposés par l'autorité consulaire tirés de ce que, d'une part, la demandeuse de visa ne justifie pas de son identité et de son lien de famille et, d'autre part, ses déclarations conduisent à conclure à une tentative frauduleuse pour obtenir un visa.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'acte de mariage n°1193390, délivré le 8 juin 2021 par le directeur adjoint de la cour d'appel de la province d'Hérat, unissant M. E et Mme C F, qui confirme leur mariage religieux célébré en 2016, a été enregistré auprès des autorités de la République islamique d'Afghanistan postérieurement à la demande d'asile de M. E déposée le 23 août 2017. Par suite, la reconnaissance du mariage et son opposabilité aux tiers ne peut être regardée comme antérieure à cette demande. M. E et Mme C F ne peuvent ainsi se prévaloir que du statut de concubins. Il ressort également des pièces du dossier que M. E a quitté l'Afghanistan en 2017. Alors qu'il soutient qu'il a vécu avec Mme C F l'année suivant leur mariage, chez ses parents, il ressort de son récit d'asile que " chacun vivait de son côté ". S'il produit, par ailleurs, des photographies, des échanges de messagerie, et une attestation de sa sœur, témoin à son mariage, ces documents, au demeurant non datés ou non traduits, ne sont pas suffisants pour établir qu'il disposait d'une vie stable et continue avec Mme C F avant l'introduction de sa demande d'asile. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en rejetant la demande de visa présentée par Mme C F, en se fondant sur le motif tiré de ce qu'elle ne justifie pas d'un lien familial au sens de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de l'instruction qu'elle aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

7. En second lieu, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E, qui, s'il s'y croit fondé, peut présenter une demande de regroupement familial, doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction ainsi que de celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvet, présidente,

Mme André, première conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2024.

La rapporteure,

M. ANDRE

La présidente,

C. CHAUVET

La greffière,

A. VOISIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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