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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2310764

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2310764

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2310764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantL'HELIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 juillet et 18 septembre 2023, Mme E A, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale des enfants B D C et B F C, représentée par Me L'Helias, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 24 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre les décisions de l'autorité consulaire française en Centrafrique refusant de délivrer aux enfants B D C et B F C des visa de long séjour en qualité de membre de la famille d'une bénéficiaire de la protection subsidiaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer ces visas dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer les demandes dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'identité des demandeurs de visa et leur lien familial avec elle sont établis ;

- il n'est pas établi que ses déclarations aient été incohérentes ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par ordonnance du 12 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 12 avril 2024.

Un mémoire présenté par le ministre de l'intérieur et des outre-mer a été enregistré le 22 mai 2024, soit postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55 %) par une décision du 23 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Heng a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E A, ressortissante centrafricaine, s'est vu admettre au bénéfice de la protection subsidiaire par décision du directeur général de l'Office de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 14 octobre 2015. Elle a présenté des demandes de visa de long séjour auprès de l'autorité consulaire française en Centrafrique au titre de la réunification familiale pour le compte de B D C et de B F C, ressortissants de même nationalité qu'elle présente comme ses enfants. Cette autorité a refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision du 24 août 2023, dont Mme A demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.

2. En premier lieu, la décision attaquée se réfère aux articles L. 311-1, L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique que, pour rejeter les demandes de visas litigieuses, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que l'identité des demandeuses de visa et leur lien familial avec Mme A n'étaient pas établis, les déclarations de Mme A relevant, en outre, d'une intention frauduleuse. Dès lors, contrairement à ce que soutient la requérante, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / (). ". L'article L. 561-5 de ce code dispose que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".

4. La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le rapprochement familial des enfants d'une personne bénéficiaire de la protection subsidiaire ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance des visas sollicités en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité du lien de filiation produits à l'appui des demandes de visa.

5. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

6. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.

7. Pour justifier de l'identité des demandeuses de visas et du lien de filiation les unissant à elle, Mme A produit le volet n° 1 et le volet n°2 des actes de naissance n° 1296 et 1295 dressés le 15 septembre 2015 faisant état de la naissance les 7 novembre 2008 et 5 août 2006 de B Merveille C et de B D C, de l'union de Louis C et de E A. Toutefois, il ressort de ces documents d'état civil que les actes de naissance initiaux ont été dressés en transcription des jugements supplétifs n° 6485 et n° 6484 rendus le 4 septembre 2015 par le tribunal civil du premier degré de Bangui. En l'absence de production de ces décisions juridictionnelles étrangères, qui suppléent à l'absence d'un acte d'état civil, les actes de naissance précités ne peuvent faire foi au sens des dispositions de l'article 47 du code civil puisque ces jugements sont indissociables des actes dont ils permettent l'établissement. En outre, et à supposer que Mme A ait entendu établir de manière subsidiaire le lien familial par la possession d'état, la production de quelques preuves de transferts d'argent, le plus ancien remontant au mois d'octobre 2021 et la plupart étant réalisés en faveur de tiers, et du courrier du préfet de la Mayenne rejetant la demande de regroupement familial initiée en septembre 2021, ne suffisent pas à établir le lien familial allégué, alors que Mme A bénéficie de la protection subsidiaire en France depuis 2015. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu se fonder sur le motif rappelé au point 2.

8. En troisième lieu, si Mme A fait valoir que l'administration n'établit pas le caractère frauduleux de ses déclarations, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif sur lequel elle se fonde.

9. En dernier lieu, et compte tenu de ce qui précède, la seule production des mandats de transfert d'argent mentionnés au point 7, alors que, comme dit au même point 7, Mme A a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire en 2015, ne permet pas d'établir que la séparation avec B Merveille C et B D C porterait atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale ou méconnaîtrait l'intérêt supérieur de ces enfants. Aussi, Mme A n'expose pas d'éléments permettant d'apprécier concrètement les conditions de vies des demandeuses de visa. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également l'être.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à Me L'Helias et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvet, présidente,

Mme André, première conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

La rapporteure,

H. HENGLa présidente,

C. CHAUVETLa greffière,

A. VOISIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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