vendredi 17 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2310973 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ROUSTAN DE PERON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 20 juillet 2023 et le 19 septembre 2023, la commune de Rives de l'Yon, représentée par Me Plateaux, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement la SARL Guillet-Joguet, la SCP Mjuris et Mme B A à lui verser en réparation la somme de 238 178, 58 euros, majorée des intérêts moratoires et composés ;
2°) de mettre solidairement à la charge de la SARL Guillet-Joguet, la SCP Mjuris et Mme B A le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2023, la SARL Guillet A, la SCP Mjuris et Mme B A, représentées par Me Roustan de Péron, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la commune de Rives de l'Yon le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par une lettre du 17 octobre 2023, les parties ont, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, été informées que la décision à rendre est susceptible d'être fondée sur le moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative, le litige ne se rapportant pas aux conditions d'occupation du domaine public de la commune de Rives de l'Yon et invitées à présenter leurs observations dans un délai de dix jours.
Par un mémoire, enregistré le 17 octobre 2023, la SARL Guillet-Joguet, la SCP Mjuris et Mme B A concluent au rejet de la requête comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître et à ce que soit mis à la charge de la commune de Rives de l'Yon le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire, enregistré le 18 octobre 2023, la commune de Rives de l'Yon conclut aux mêmes fins que ses précédentes écritures et demande au tribunal de juger que la juridiction administrative est compétente pour en connaître.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code monétaire et financier ;
- la loi n° 66-455 du 2 juillet 1966 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif (), les premiers vice-présidents des tribunaux () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; / () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; / () ".
2. Par un acte authentique des 26 et 31 juillet 2020, la commune de Saint-Florent-des-Bois, à laquelle s'est ensuite substituée la commune nouvelle de Rives de l'Yon, et la société à responsabilité limitée (SARL) Guillet-Joguet ont conclu un contrat de crédit-bail immobilier, d'une durée de quinze ans à compter du 1er juillet 2000, portant sur la location par cette société, crédit-preneur, à la commune, crédit-bailleur, d'un terrain bâti désormais cadastré section ZC n°122 situé dans le lotissement de la zone artisanale des Mollaires, au lieudit L'Oisellerie et comportant une option, pouvant être exercée à compter de la huitième année, d'achat de l'ensemble immobilier composé de ce terrain et de l'atelier-relais que la commune y avait édifié pour que la SARL Guillet-Joguet l'occupe en vue d'y exercer son activité. Un avenant du 29 août 2006 avait porté la durée du contrat à seize ans, pour échoir le 30 juin 2016. Se prévalant du non-paiement par le crédit-preneur de loyers et charges, la commune de Rives de l'Yon a, le 24 juin 2016, résilié ce contrat de crédit-bail et enjoint à la SARL Guillet-Joguet de quitter les lieux. Par une délibération du 30 septembre 2021, le conseil municipal de Rives de l'Yon a prononcé le classement dans le domaine public communal de cet atelier-relais. Par une délibération du 8 février 2023, ce conseil municipal a autorisé la désaffectation et le déclassement de la parcelle cadastrée section ZC n° 122 et de l'atelier-relais s'y trouvant édifié. La SARL Guillet-Joguet a quitté les lieux le 23 mars 2023. La commune de Rives de l'Yon demande au tribunal de condamner la SARL Guillet-Joquet, Mme A, sa gérante, ainsi que la société civile professionnelle (SCP) Mjuris, ès qualités de mandataire judiciaire de cette SARL, à lui verser en réparation la somme de 238 178, 58 euros, représentative de l'indemnité d'occupation qu'elle estime lui être due par cette société au titre de la période du 30 septembre 2021 au 8 février 2023, de la couverture de dépenses engagées par la commune en vue de l'expulsion de la société Guillet-Joguet, de l'indemnisation du préjudice occasionné par une résistance abusive de cette société, son retard à libérer les lieux et le maintien de déchets stockés dans les lieux, d'intérêts de retard stipulés par l'article 4 du contrat de crédit-bail des 26 et 31 juillet 2020 du fait du non versement des loyers, d'une clause pénale prévue par l'article 6 de ce contrat après résiliation et du remboursement de taxes foncières, stipulé par ce contrat.
3. Si la construction d'ateliers-relais par une commune a pour objet de favoriser son développement économique en complétant ses facultés d'accueil des entreprises et relève donc d'une mission de service public, cette circonstance ne suffit en revanche pas à faire regarder ces ateliers, qui ont vocation à être loués ou cédés à leurs occupants, comme étant affectés, une fois construits, à un service public et, sous réserve qu'ils aient fait l'objet d'un aménagement spécial, à les incorporer de ce seul fait dans le domaine public de la commune. Ainsi, le bail que la commune consent à une entreprise en vue de l'occupation d'un tel atelier-relais revêt, en l'absence de clause exorbitante du droit commun, le caractère d'un contrat de droit privé.
4. Le contrat de crédit-bail des 26 et 31 juillet 2020 n'est pas un contrat administratif par détermination de la loi. Il n'a pas pour objet de confier au crédit-preneur l'exécution même d'une activité de service public, ni de faire participer ce cocontractant de la commune à l'exécution d'une telle activité et ce, alors même qu'il a été conclu par la commune dans un but d'intérêt général. En outre, ce contrat, conclu sous l'empire de la loi du 2 juillet 1966 relative aux entreprises pratiquant le crédit-bail ensuite codifiée dans le code monétaire et financier, ne comporte pas non plus de clause qui, notamment par les prérogatives reconnues à la personne publique contractante dans l'exécution du contrat, impliquerait que, dans l'intérêt général, il relève du régime exorbitant des contrats administratifs.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il résulte une méconnaissance du principe de sécurité juridique, le contrat de crédit-bail des 26 et 31 juillet 2000, qui ne porte pas occupation du domaine public, ne revêt pas le caractère d'un contrat administratif et ce, dès l'époque de sa signature, époque à laquelle il ne résultait pas d'une jurisprudence établie que les contrats de bail ou de crédit-bail d'un atelier-relais entre une collectivité territoriale ou un établissement public de coopération intercommunale et une personne privée auraient constitué des contrats administratifs comme comportant occupation du domaine public. Sont, en outre, sans influence les énonciations du titre I de ce contrat, selon lesquelles " le présent contrat est qualifié de contrat administratif tant au regard de ce qui précède, qu'au regard des clauses exorbitantes qu'il contient, et notamment celle stipulée au titre III ".
6. Avant l'entrée en vigueur, le 1er juillet 2006, du code général de la propriété des personnes publiques, l'appartenance au domaine public d'un bien était, sauf si ce bien était directement affecté à l'usage du public, subordonnée à la double condition que le bien ait été affecté au service public et spécialement aménagé en vue du service public auquel il était destiné. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques, applicable depuis le 1er juillet 2006 : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ". Aux termes de l'article L. 2111-3 du même code : " S'il n'en est disposé autrement par la loi, tout acte de classement ou d'incorporation d'un bien dans le domaine public n'a d'autre effet que de constater l'appartenance de ce bien au domaine public () ".
7. L'atelier-relais formant l'objet du contrat de crédit-bail des 26 et 31 juillet 2000 puis, après la résiliation de ce contrat par la commune le 24 juin 2016 et jusqu'au 23 mars 2023, d'une occupation par la SARL Guillet-Joguet, avait été édifié par cette commune pour les besoins de cette société. Il n'était pas affecté à l'usage direct du public et, compte tenu de ce qui a été dit au point 3 de la présente décision, n'était pas spécialement aménagé en vue d'un service public auquel il aurait été destiné, ni n'était affecté à un service public pour les besoins duquel il aurait fait l'objet d'aménagements spéciaux ou indispensables. La délibération du 30 septembre 2021 n'a, compte tenu des dispositions de l'article L. 2111-3 du code général de la propriété des personnes publiques, pu avoir par elle-même pour effet de conférer le caractère d'une dépendance du domaine public à un bien ne satisfaisant pas, avant le 1er juillet 2006, aux conditions auxquelles était alors subordonnée l'appartenance d'un bien au domaine public, ni, depuis cette date, aux conditions prévues par l'article L. 2111-1 de ce code. Dans ces conditions, cet atelier-relais est insusceptible d'être qualifié de dépendance du domaine public, mais constitue une dépendance du domaine privé de la commune de Rives de l'Yon.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de cette commune, en tant qu'elle se prévaut d'une méconnaissance par la SARL Guillet-Joguet et ses ayants droit du contrat des 26 et 31 juillet 2000, se rapporte à l'exécution d'un contrat qui n'est pas de nature administrative. En tant que cette requête se fonde sur la responsabilité extra-contractuelle susceptible de résulter pour cette société et ses ayants droit des conditions de l'occupation de l'atelier-relais par ladite société après le 24 juin 2016, elle a trait aux conditions d'occupation d'une dépendance du domaine privé de cette commune et se rapporte ainsi aux conditions de gestion de ce domaine privé, sans se rapporter à la détermination de son périmètre ou de sa consistance. Par suite, cette requête, quel qu'en soit le fondement, échappe manifestement à la compétence de la juridiction administrative.
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la SARL Guillet-Joguet, de la SCP Mjuris et de Mme A, qui n'ont pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, le versement de la somme que demande la commune de Rives de l'Yon à ce titre. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au même titre par la SARL Guillet-Joguet, la SCP Mjuris et Mme A.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de statuer par voie d'ordonnance, en application des dispositions des 2° et 5° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la commune de Rives de l'Yon est rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Les conclusions présentées par la SARL Guillet-Joguet, la SCP Mjuris et Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Rives de l'Yon, à la SARL Guillet-Joguet, à la SCP Mjuris, ès qualités de mandataire judiciaire de la SARL Guillet-Joguet et à Mme B A.
Fait à Nantes, le 17 novembre 2023.
Le président,
A. DURUP DE BALEINE
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026