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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2310974

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2310974

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2310974
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 6ème chambre
Avocat requérantL'HELIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2023, M. B C, représenté par Me L'Hélias, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel la préfète de la Mayenne l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et l'a obligé à se présenter une fois par semaine auprès de la du commissariat de police de Laval pour justifier des démarches accomplies en vue de son départ ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Mayenne de réexaminer sa situation au regard de son droit au séjour dans un délai de deux mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros à verser à son avocat, ou subsidiairement à son profit, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté soit compétent ;

- il n'a pas été entendu par les services de la préfecture de la Mayenne préalablement à l'édiction de l'arrêté en méconnaissance du droit à être entendu

-

prévu par les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il pourrait solliciter dans quelques mois un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou à titre subsidiaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle sera annulée dès lors qu'elle a été prise sur la base d'une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen des risques encourus en cas de retour en au Burundi ; la préfète n'apporte pas la preuve qu'il serait légalement admissible dans un autre pays ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, aux stipulations de l'article 3 de la convention des Nations-Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et les dispositions de l'article L.

721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'obligation de se présenter hebdomadairement à la gendarmerie :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2023, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier. Vu :

- la convention des Nations-Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

-

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Giraud, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. Giraud, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique. Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant burundais né le 15 octobre 1988, est entré en France le 28 octobre 2022. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 25 janvier 2023. Son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision d'irrecevabilité pour tardiveté de la Cour nationale du droit d'asile du 30 mai 2023. Par un arrêté du 10 juillet 2023, la préfète de la Mayenne a obligé M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et l'a astreint à se présenter une fois par semaine auprès du commissariat de police de Laval pour justifier des diligences accomplies en vue de son départ. M. C demande l'annulation des décisions du 10 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". L'article L. 612-1 du même code dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

3. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de

2.

présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision l'assignant à résidence dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

4. Par ailleurs, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français fait suite au refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié ou du bénéfice de la protection subsidiaire à l'étranger et à l'absence du bénéfice du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1, L. 542-2 et L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le droit d'être entendu n'implique pas, dans ce cas, que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'il est amené à prendre à son encontre, dès lors qu'il a déjà été entendu, comme en l'espèce, dans le cadre de sa demande d'asile.

5. Enfin, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

6. En l'espèce, il ressort seulement de la motivation de l'arrêté attaqué que M. C a fait l'objet d'un rejet de sa demande d'asile par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 mai 2023. Aucun autre élément n'est mentionné notamment sur les éléments de la situation de M. C qui auraient été pris en compte, actualisés, sinon une formule stéréotypée sur son absence de lien familial et personnel en France Cependant, il ressort des pièces du dossier que le rejet par la CNDA l'a été pour tardiveté et que M. C a sollicité un nouvel examen de sa demande d'asile. Il produit une convocation pour le 4 juillet 2023 au guichet unique de la préfecture de la Loire-Atlantique pour l'enregistrement de cette nouvelle demande d'asile. Il fait valoir et l'établit en produisant un certificat médical circonstancié du 25 avril 2023 établi par Dr D, psychiatre des hôpitaux, être dans un état de stress post- traumatique dans lequel il est notamment indiqué que M. C est " dans un état de sidération, complètement englué dans une incapacité à se projeter, à se construire () ". Dès lors, en l'état des pièces du dossier, ces éléments qui n'ont pas pu être présentés à l'administration, qui sont susceptibles d'influer le sens de la décision de la préfète de la Mayenne, M. C est fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu et à demander, pour ce motif, l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays d'éloignement qui lui ont notifiées le 26 février 2023.

2.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7,

L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

8. Conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français attaquée implique que la préfète de la Mayenne réexamine la situation de M. C et qu'elle lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à qu'elle ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans un délai de deux mois. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me L'Hélias, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette dernière de la somme de 1200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 juillet 2023 par lesquelles la préfète de la Mayenne a obligé M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Mayenne de réexaminer la situation de M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me L'Hélias, avocat de M. C, la somme de 1200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me L'Hélias et à la préfète de la Mayenne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

T. GIRAUD

Le greffier,

G. VIEL

La République mande et ordonne à la préfète de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Le greffier,

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