vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2311049 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | BESSE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 26 juillet 2023 sous le numéro 2311049, M. A B, représenté par Me Besse, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de l'autorité consulaire française à Rabat (Maroc) en date du 23 juin 2023 lui refusant un visa d'entrée et de long séjour valant titre de séjour " passeport talent " ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer un visa de long séjour " passeport-talent " et de délivrer à son épouse et ses trois enfants des visas de long séjour " famille de passeport talent ", dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au réexamen de leur dossier de demandes de visas dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un visa long séjour mention " passeport talent " ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'il a fourni un dossier complet justifiant l'objet et les conditions du séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la décision attaquée est fondée sur le fait que M. B ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un visa de long séjour mention " passeport talent " et que son employeur n'a pas maintenu son offre de recrutement ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 15 septembre 2023 sous le numéro 2313573, M. A B, représenté par Me Besse, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Rabat du 23 juin 2023 lui refusant un visa d'entrée et de long séjour valant titre de séjour " passeport talent " ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités par lui-même et sa famille dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au réexamen de sa situation et celle de sa famille dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation en ce qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un visa long séjour mention " passeport talent " ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'il a fourni un dossier complet justifiant l'objet et les conditions du séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la décision attaquée est fondée sur le fait que M. B ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un visa de long séjour mention " passeport talent " et que l'employeur n'a pas maintenu son offre de recrutement ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Fessard a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain, né le 8 février 1979, demande au tribunal d'annuler la décision de l'autorité consulaire à Rabat en date du 23 juin 2023 et la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France lui refusant un visa de long séjour valant titre de séjour " passeport talent ".
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2311049 et 2313573 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation:
3. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision prise par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, dont la saisine préalable à un recours contentieux est obligatoire à peine d'irrecevabilité de celui-ci, se substitue à la décision prise par l'autorité consulaire ou diplomatique sur la demande de visa. Par un courrier réceptionné le 13 juillet 2023, le requérant a contesté la décision consulaire auprès de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, dont le silence gardé sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet. Il résulte des dispositions qui précèdent que les conclusions de M. B doivent donc être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
4. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de l'autorité consulaire doit être écarté comme étant inopérant.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24 ". Aux termes de l'article L. 412-2 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Enfin aux termes de l'article L. 421-11 du même code , dans sa version applicable au litige: " l'étranger qui occupe un emploi hautement qualifié, pour une durée égale ou supérieure à un an, et justifie d'un diplôme sanctionnant au moins trois années d'études supérieures ou d'une expérience professionnelle d'au moins cinq ans d'un niveau comparable se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent-carte bleue européenne " d'une durée égale à celle figurant sur le contrat de travail dans la limite de quatre ans, sous réserve de justifier du respect d'un seuil de rémunération fixé par décret en Conseil d'Etat (). ".
6. Aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours. ". La commission doit être regardée comme s'étant approprié le motif retenu par les autorités consulaires soit, en l'espèce, " les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé sont incomplètes et/ou non fiables ".
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant n'aurait pas transmis des informations fiables et complètes pour justifier l'objet et les conditions de son séjour. Dans ces conditions, il est fondé à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
8. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
9. Le ministre fait valoir dans un mémoire en défense communiqué le 7 novembre 2023 qu'il entend défendre la décision attaquée sur le motif tiré de ce que le requérant ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un visa de long séjour mention " passeport talent ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B est titulaire d'un diplôme " des hautes études scientifiques High Tech ", spécialité informatique système - génie logiciel, délivré par l'établissement High Tech, qui correspond à un niveau de diplôme sanctionnant au moins trois années d'études supérieures, au sens des dispositions précitées, et dont le ministre n'a pas remis en cause l'authenticité. Par suite, il répond à l'une des conditions alternatives posées à l'article L. 421-11 précité pour se voir délivrer le visa sollicité. Au surplus, il ressort de ces mêmes pièces que M. B a exercé depuis le 13 juin 2011, les missions de responsable informatique. Le ministre fait valoir que l'expérience du requérant doit être regardé comme étant celle d'un technicien de maintenance eu égard à la rémunération perçue. Le niveau de rémunération ne semble toutefois pas suffire, à lui seul, à établir que M. B n'aurait pas exercé des missions correspondant à son niveau de qualification. Il n'y a pas lieu de faire droit à la substitution de motifs demandée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France lui a refusé la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour portant la mention " passeport-talent ".
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité, au profit de M. B, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
13. L'annulation de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France refusant un visa de long séjour à M. B n'implique pas nécessairement la délivrance de visas aux membres de sa famille alors qu'il ne ressort d'aucune pièce des dossiers que des demandes de visas auraient été déposées pour l'épouse et l'enfant de l'intéressé. Les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de délivrer des visas de long séjour à son épouse et à trois enfants sont rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française à Rabat en date du 23 juin 2023 refusant à M. B un visa de long séjour valant " titre de séjour passeport-talent " est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à M. B le visa sollicité, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Ravaut, conseiller,
Mme Fessard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
La rapporteure,
A. FESSARD
La présidente,
H. DOUET
La greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2311049,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026