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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2311194

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2311194

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2311194
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Néraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 14 septembre 2022 par lesquelles le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant du moyen commun aux décisions attaquées :

- il n'est pas établi qu'elles ont été signées par une autorité compétente ;

S'agissant de la décision de refus de délivrance de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation professionnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas motivée au regard des craintes qu'il invoque ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie,

- et les observations de Me Néraudau, représentant M. B.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 28 mars 2024.

1. M. A B, ressortissant congolais (République du Congo) né en juin 1982, est entré régulièrement en France le 13 février 2019, sous couvert d'un visa court séjour valable jusqu'au 24 février 2019. La demande d'asile qu'il a présentée le 28 mars 2019 a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 28 octobre 2020. Son recours contre cette décision a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 18 février 2021. M. B a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile, qui a été rejetée par l'OFPRA le 25 février 2022. Son recours contre cette seconde décision a été rejeté par une décision de la CNDA du 30 août 2022. Par un courrier du 1er février 2021, M. B a déposé une demande de titre de séjour. Cette demande a été rejetée par un arrêté du préfet de la Sarthe du 14 septembre 2022, portant en outre obligation de quitter le territoire français et fixation du pays d'éloignement. M. B demande l'annulation des décisions du 14 septembre 2022.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Eric Zabouraeff, secrétaire général du préfet de la Sarthe. Par arrêté du 19 avril 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe lui a donné délégation pour signer " tous arrêtés, décisions, saisines juridictionnelles, circulaires, rapports, correspondances documents et avis, relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Sarthe ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

4. Il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour de M. B était uniquement fondée sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il ressort des motifs de l'arrêté litigieux que le préfet, qui a relevé que l'intéressé " n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement ", n'a pas examiné d'office si M. B pouvait prétendre au titre de séjour prévu par les dispositions de l'article L. 423-23 du même code, la mention de ces dispositions dans les visas de l'arrêté attaqué résultant d'une erreur de plume. Le requérant ne peut, dès lors, utilement soutenir que la décision de refus de titre de séjour méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur ", répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Il résulte, en outre, de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

7. M. B entend se prévaloir de son intégration professionnelle et sociale en France, de la présence de sa tante et de sa cousine en France et de ses craintes en cas de retour en République du Congo. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la concubine et l'une des enfants mineurs de M. B ainsi que trois de ses frères résident en République du Congo, que son autre enfant mineur réside en République démocratique du Congo et qu'un autre de ses frères réside au Gabon. Dans ces conditions et alors en tout état de cause qu'il ne justifie au demeurant pas de la présence alléguée de sa tante et de sa cousine en France, M. B ne démontre pas, par la seule production de quatre attestations de soutien émanant de personnes rencontrées grâce à ses activités bénévoles, qu'il aurait établi le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. En outre, ses engagements associatifs pour les sections sarthoises des associations du Secours Catholique et de l'Entraide Protestante ne suffisent pas à caractériser des considérations humanitaires ou un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées. L'intéressé allègue également son intégration professionnelle. S'il justifie, par la production de plusieurs pièces dont notamment des bulletins de paie et un formulaire de l'Unédic, avoir exercé plusieurs vacations de quelques heures par jour en qualité d'animateur et de surveillant des études pour la commune du Mans durant l'année scolaire 2020/2021, il ne produit pour l'année scolaire 2021/2022 qu'un courrier du même employeur attestant de ce qu'il a été recruté en qualité d'agent des études surveillées pour de l'accompagnement au devoir seulement une heure par jour, à compter du 2 septembre 2021, sans démontrer qu'il aurait effectivement occupé cet emploi, ni qu'il l'exerçait toujours à la date de la décision attaquée. En tout état de cause, eu égard au caractère ponctuel et relativement récent de cette activité professionnelle, M. B n'établit pas avoir une intégration professionnelle particulièrement intense en France. Dans ces conditions, s'il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Sarthe s'est borné à prendre en compte son activité d'animateur à la pause méridienne alors que M. B justifie avoir cumulé cette vacation avec d'autres vacations, il résulte de ce qui précède que le préfet aurait pris la même décision s'il avait pris en compte ces éléments et que, dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation professionnelle. Enfin, M. B fait valoir en tant que motif exceptionnel de nature à l'admettre au séjour le fait qu'il a des craintes en cas de retour dans son pays d'origine dès lors qu'il y aurait été menacé en raison de sa qualité de témoin dans une affaire de trafic de stupéfiants, que son appartement aurait été saccagé et que sa mère aurait été assassinée. Toutefois, le requérant ne produit aucune pièce de nature à justifier ses allégations et notamment à établir que le décès de sa mère serait lié aux faits qu'il aurait dénoncés et il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile et sa demande de réexamen ont été rejetées par l'OFPRA, et ses recours contre les décisions de l'OFPRA rejetés par la CNDA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, et notamment eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de M. B et à la présence dans son pays d'origine de sa compagne et d'un de ses enfants, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations citées au point 8 doit être écarté.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le préfet de la Sarthe n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. B.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait elle-même illégale du fait de cette illégalité.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, l'arrêté litigieux, qui mentionne la nationalité du requérant, vise, en droit, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il souligne que M. B n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la CEDH en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision fixant le pays de destination comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent et le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait entachée d'un défaut de motivation quant à ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine.

14. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté litigieux, qui mentionne notamment la nationalité du requérant et le rejet de sa demande d'asile et de la demande de réexamen de cette dernière, ni des pièces du dossier, que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'un défaut d'examen de la situation de M. B. Par suite, ce moyen doit être écarté.

15. En troisième lieu, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait elle-même illégale du fait de cette illégalité.

16. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

17. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en République du Congo. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Néraudau et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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