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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2311222

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2311222

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2311222
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGUERIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juillet 2023 et 20 août 2024, M. E A, représenté par Me Guérin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du moyen commun :

- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été signé par une autorité habilitée ;

- les mesures qu'il comporte n'ont pas été prises à l'issue d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, en l'absence de caractérisation de ce que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cantié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né en 2002, déclarant être entré en France au mois d'octobre 2019, a été confié au conseil départemental de la Loire-Atlantique dans le cadre d'une ordonnance de placement provisoire suivi d'une mesure de tutelle. Par la suite, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 mai 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur les moyens communs :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D B, adjoint de Mme C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme C ou, en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, à son adjoint, à l'effet de signer, notamment, " les décisions portant refus de titre de séjour () assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire et d'une décision fixant le pays de renvoi () ". Dès lors qu'il n'est pas établi que Mme C n'était ni absente ni empêchée à la date de l'arrêté attaqué, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte manque en fait.

3. En second lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre les mesures que comporte cet acte. Par suite, le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été opéré doit être écarté.

Sur les autres moyens invoqués par le requérant :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au litige : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire () peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 435-3 de ce code : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.

5. Pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique a retenu que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public et que l'intéressé ne justifie pas d'une scolarité réelle et sérieuse.

6. D'une part, le préfet soutient que M. A est défavorablement connu des services de police pour des divers faits commis de 2020 à 2022. Le requérant admet dans ses écritures avoir fait l'objet d'une condamnation à une peine d'emprisonnement de quatre mois avec sursis pour des faits de vol aggravé par deux circonstances commis le 6 novembre 2020, ainsi que d'une amende de 500 euros pour des faits délictuels. Dans ces conditions et eu égard à la gravité et à la réitération des faits ainsi reconnus, c'est sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation que le préfet a estimé que la présence en France de M. A constitue une menace pour l'ordre public.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance en 2020, poursuivait, depuis le mois de septembre de la même année une scolarité au lycée professionnel privé de coiffure Pierre Masson de Saint-Herblain (Loire-Atlantique), plus précisément un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en coiffure. Il a par la suite suivi une formation " mention complémentaire coupe couleur " au sein du même établissement. Au cours de cette période, il a été accompagné par le service " Premier accueil des mineurs protégés et accompagnés " (PAMiPA) de l'association Saint-Benoît Labre, qui a émis un avis favorable à son encontre. Toutefois, le préfet fait valoir, sans être utilement contredit, qu'au cours de cette scolarité, les bulletins scolaires de l'intéressé font état de cinquante-deux demi-journées d'absence non justifiées. De plus, le requérant n'établit pas sa volonté de s'insérer par le travail. S'il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A vit en couple avec une ressortissante française depuis le mois de janvier 2022, l'ancienneté de cette relation n'est pas établie et doit ainsi être regardée comme récente à la date de la décision en litige. Par ailleurs, le requérant ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 6 et 7 que c'est sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement des dispositions prévues à l'article

L. 435-3 précité.

9. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le préfet, en refusant l'admission au séjour de M. A, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public poursuivis. Dès lors, le moyen tiré de la violation des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté. Il y a lieu d'écarter, pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du même code et de ce que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

10. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision refusant son admission au séjour.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision distincte fixant le pays de renvoi :

12. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions prises à son encontre, portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761 1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Guérin et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

C. CANTIÉL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

M. BARÈS

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

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