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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2311236

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2311236

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2311236
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation8ème chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le sous-directeur des visas sur le recours, réceptionné le 3 avril 2023, contre la décision de l'autorité consulaire française à Rabat (Maroc) refusant de lui délivrer un visa de court séjour ;

2°) d'enjoindre à l'autorité consulaire française à Rabat ou à toute autorité compétente, à titre principal de délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure faute de preuve de la réunion régulière de la commission ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que son inscription au système d'information Schengen avait expiré à la date de la décision de refus de visa ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne représente aucune menace pour l'ordre public ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait l'administration pour refuser la délivrance du visa sollicité par M. B en présence d'une décision d'expulsion toujours en vigueur à la date de sa décision.

Par un mémoire enregistré le 17 juin 2024 M. B présente des observations sur le moyen susceptible d'être relevé d'office par le tribunal.

Il fait valoir que l'arrêté d'expulsion n'a fait l'objet d'aucun réexamen en dépit de l'obligation prévue en ce sens par l'article L. 524-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le droit au respect de la vie privée et familiale du demandeur de visa, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, impose qu'il puisse retrouver ses proches en France.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;

- le règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né en 1977, demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le sous-directeur des visas sur le recours, réceptionné le 3 avril 2023, contre la décision de l'autorité consulaire française à Rabat (Maroc) refusant de lui délivrer un visa de court séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En application des dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux décisions de refus de visas postérieures au 1er janvier 2023, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision, qui se substitue à la décision initiale, doit être regardée comme s'étant appropriée les motifs de la décision initiale. La décision implicite du sous-directeur doit donc être regardée comme s'étant approprié les motifs opposés par l'autorité consulaire française à Rabat, tirés de ce que, d'une part, le demandeur a fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen par la France, et d'autre part la Slovaquie a estimé qu'il représentait une menace pour l'ordre public ou la sécurité intérieure.

3. Aux termes de l'article L. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne satisfait pas aux conditions d'entrée sur le territoire français lorsqu'il se trouve dans les situations suivantes : () 3° Il fait l'objet d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire, d'une décision d'expulsion, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une interdiction de circulation sur le territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire. " Aux termes de l'article L. 632-6 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 632-3 et L. 632-4, les motifs de la décision d'expulsion donnent lieu à un réexamen tous les cinq ans à compter de sa date d'édiction. () A défaut de notification à l'intéressé d'une décision explicite d'abrogation dans un délai de deux mois, ce réexamen est réputé avoir conduit à une décision implicite de ne pas abroger. Cette décision est susceptible de recours. () "

4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé à l'encontre de M. A B le 15 octobre 2009 une décision d'expulsion. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'autorité administrative aurait abrogé cette décision d'expulsion, dont il résulte des dispositions précitées de l'article L. 632-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle ne peut intervenir que par une décision explicite de l'administration. Par suite, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'administration était tenue de refuser la délivrance du visa sollicité par M. B. Ainsi, les moyens tirés du vice de procédure entachant la décision attaquée, de l'insuffisance de motivation de cette décision et du défaut d'examen particulier du recours doivent dès lors être écartés comme inopérants.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

6. Si le requérant fait valoir qu'il s'est marié en 2000 avec une ressortissante marocaine vivant en France et qu'ils ont eu ensemble cinq enfants nés en France entre 2003 et 2020, il ne produit pas de pièces de nature à établir le maintien des liens avec son épouse et ses enfants depuis son départ de France en 2015. Il n'est pas non plus établi que ces derniers seraient empêchés de lui rendre visite au Maroc, ni que M. B ne pourrait solliciter l'abrogation de la mesure d'expulsion le visant. Par suite il y a lieu d'écarter les moyens de la requête tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le sous-directeur des visas a rejeté le recours formé contre la décision de visa opposée à M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

8. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que les conclusions relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Chatal, conseillère,

M. Ravaut, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2024.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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