vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2311253 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 juillet 2023 et le 30 novembre 2023, M. A B, Mme H C et Mme D F, cette dernière agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante de J C et E C, représentés par Me Regent, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Téhéran rejetant la demande de visa d'entrée et de long séjour présentée pour Mme H C et Mme D F et pour les jeunes J C et E C en qualité de membres de famille de réfugié ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au réexamen de leur situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Regent qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que M. B est arrivé sur le territoire français à l'âge de quinze ans mais qu'il n'a pu présenter sa demande d'asile faute de désignation d'un administrateur ad hoc, nonobstant le fait qu'il ait débuté ses démarches le 28 septembre 2017 ; qu'il doit donc être regardé comme étant mineur lors de sa demande d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'identité et le lien familial des demandeurs de visa avec le réunifiant sont établis par les éléments d'état civil et par des éléments de possession d'état ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le ministre a opposé aux demandeurs de visa un délai de trois mois à la suite de l'obtention du statut de réfugié pour déposer les demandes de visa ; par suite une question préjudicielle doit être posée à la Cour de justice de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union-européenne.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la décision attaquée doit se fonder sur le fait que le demandeur d'asile devenu majeur en cours de procédure, aurait dû solliciter la procédure de réunification dans un délai de trois mois après l'obtention de la protection ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le Convention internationale des droits de l'enfant
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 janvier 2024 :
- le rapport de Mme Fessard, rapporteure,
- les observations de Me Regent, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant afghan, né le 31 décembre 2000, a obtenu la qualité de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile, du 11 mars 2021. Sa mère, Mme D F, et ses frères et sœur, Mme G, M. J C, et M. E C ont demandé la délivrance de visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale à l'ambassade de France au Téhéran. L'autorité consulaire a rejeté ces demandes le 28 novembre 2022. Le recours formé contre ces décisions de refus devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision implicite née le 1er avril 2023, dont Mme D F, M. J C et Mme H C devenue majeure au jour de l'introduction de la requête, demandent au tribunal l'annulation.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". L'article L. 232-4 du même code précise cependant que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".
3. Faute pour les requérants de justifier de la présentation, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, d'une demande de communication des motifs de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision de la commission doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision de la commission étant née implicitement du silence gardé par elle sur le recours présenté par les requérants contre les décisions de l'autorité consulaires françaises, le moyen de la requête tiré de défaut d'examen particulier de la situation des requérants ne peut être qu'écarté que comme inopérant.
5. Il ressort du mémoire en défense du ministre de l'intérieur que, pour rejeter la demande du requérant, la commission de recours s'est fondée sur l'inéligibilité des requérants à la procédure de réunification familiale prévue à l'article L. 561- 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et suivants du même code : " () Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective.". Aux termes de l'article L. 521-9 du même code : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un mineur non accompagné, le procureur de la République, avisé immédiatement par l'autorité administrative, lui désigne sans délai un administrateur ad hoc. Celui-ci assiste le mineur et assure sa représentation dans le cadre des procédures administratives et juridictionnelles relatives à la demande d'asile ".
7. Il résulte de ces dispositions que les ascendants directs d'un enfant mineur non marié réfugié en France ou bénéficiaire de la protection subsidiaire peuvent demander à le rejoindre au titre de la réunification familiale. Ces mêmes dispositions prévoient que ces derniers peuvent être accompagnés, le cas échéant, par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective.
8. S'il ressort des pièces du dossier que M. A B, confié au service de l'aide sociale à l'enfance à compter du 9 août 2016, a été convoqué le 28 août 2017 au guichet unique pour demandeurs d'asile de la préfecture de Seine-et-Marne, il n'a déposé sa demande d'asile que le 25 janvier 2019, soit à l'âge de 18 ans. Il avait donc atteint la majorité civile. M. A B soutient que le retard du dépôt de sa demande d'asile est dû aux carences du service de l'aide sociale à l'enfance dans ses démarches administratives. Ces seules circonstances, si regrettables soient elles, ne sont pas suffisantes pour considérer que M. A B était mineur lors de sa demande d'asile, dès lors qu'il pouvait déposer seul une demande d'asile conformément aux dispositions précitées. Au surplus, le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir, sans être contesté, qu'un jeune mineur isolé peut déposer sa demande d'asile en l'absence de désignation d'un administrateur ad hoc en application de l'annexe 12 de la circulaire interministérielle du 25 janvier 2016, qui a été versée au débat. Par suite, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que la mère et les frères et sœur de M. B ne pouvaient être éligibles à la procédure de réunification dès lors que l'intéressé était majeur au moment de sa demande d'asile.
9. Si les requérants soutiennent que l'identité et le lien de filiation des demandeurs de visa sont établis avec le réunifiant, ce motif n'est pas opposé par les décisions attaquées. Par suite, le moyen est inopérant.
10. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment et eu égard à l'âge du requérant, âgé de 23 ans à la date de la décision attaquée, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union-Européenne doivent être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de transmettre la question préjudicielle à la Cour de justice de l'Union européenne, que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B, Mme H C, Mme D F et M. J C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, Mme H C, Mme D F, M. J C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Ravaut, conseiller,
Mme Fessard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.
La rapporteure,
A. FESSARD
La présidente,
H. DOUET
La greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026