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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2311276

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2311276

jeudi 29 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2311276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantVERITE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a annulé la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, née le 16 juillet 2023, refusant de délivrer des visas de long séjour au titre de la réunification familiale à quatre enfants allégués de réfugiés congolais. Le tribunal a jugé que l'administration n'a pas examiné les éléments de possession d'état produits par les requérants pour établir les liens familiaux, entachant ainsi sa décision d'une erreur de droit au regard de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, il a enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er août 2023, M. B G et Mme A F, agissant tant en leurs noms propres qu'en qualité de représentants légaux de Dondi Tshanda Tshimanga, d'Agnès Kambala Tshimanga, d'Eldredge Mbiya Manda, d'Eljhinis Nyashi Mbiya et d'Emmanuel Tshala Mbiya, représentés par Me Vérité, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision née le 16 juillet 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre les décisions de l'ambassade de France en E démocratique du Congo refusant de délivrer à Dondi Tshanda Tshimanga, à Agnès Kambala Tshimanga, à Eldredge Mbiya Manda, à Eljhinis Nyashi Mbiya ainsi qu'à Emmanuel Tshala Mbiya des visas de long séjour au titre de la réunification familiale a, à son tour, implicitement refusé de délivrer les visas sollicités ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer les visas sollicités, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à leur conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle ou d'admission à l'aide juridictionnelle partielle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser aux requérants en application des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les demandeurs de visas, leurs enfants, sont éligibles au bénéfice de la réunification familiale sur le fondement des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les liens familiaux sont établis par les éléments de possession d'état versés au dossier ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 16 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 juillet 2024 :

- le rapport de M. Templier, conseiller ;

- et les observations de Me Vérité, avocate des requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. G et Mme F, ressortissants congolais (E démocratique du Congo), se sont vu reconnaître en France la qualité de réfugiés par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 17 août 2021. Des demandes de visas de long séjour au titre de la réunification familiale ont été déposées pour Dondi Tshanda Tshimanga, Agnès Kambala Tshimanga, Eldredge Mbiya Manda, Eljhinis Nyashi Mbiya et Emmanuel Tshala Mbiya, leurs enfants allégués. Ces demandes ont toutefois été rejetées par des décisions de l'ambassade de France en E démocratique du Congo. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ces décisions consulaires, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, implicitement refusé de délivrer les visas sollicités par une décision née le 16 juillet 2023, dont les requérants demandent l'annulation au tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne Dondi Tshanda Tshimanga, Agnès Kambala Tshimanga, Eldredge Mbiya Manda et Eljhinis Nyashi Mbiya :

2. Aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ". Il ressort des dispositions précitées que la décision en litige doit être regardée comme étant fondée sur le même motif que les décisions consulaires auxquelles elle s'est substituée, tiré de ce que les liens familiaux allégués des demandeurs avec les bénéficiaires de la protection de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ne correspondent pas à l'un des cas leur permettant d'obtenir des visas au titre de la réunification familiale.

3. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. ". Aux termes de l'article L. 561-5 du même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. (). ".

4. Il résulte de ces dispositions que, lorsque la venue d'une personne en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'un réfugié statutaire, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs, l'absence de caractère probant des actes d'état civil produits pour justifier de l'identité et, le cas échéant, du lien familial de l'intéressé avec la personne réfugiée.

5. En outre, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Il résulte des dispositions de l'article 47 du code civil que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

6. Enfin, il incombe aux autorités administratives françaises de tenir compte des jugements rendus par un tribunal étranger relativement à l'état et à la capacité des personnes sauf à ce qu'ils aient fait l'objet d'une déclaration d'inopposabilité, laquelle ne peut être prononcée que par le juge judiciaire, ou, à établir l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.

7. Pour justifier de l'identité des demandeurs de visas ainsi que des liens familiaux allégués avec les réunifiants, les requérants produisent le jugement supplétif n° RC 6314 rendu le 13 août 2021 par le Tribunal pour enfants de D / H démocratique du Congo) ainsi que les actes de naissance en assurant la transcription, ces documents précisant bien que les demandeurs, nés respectivement les 24 avril 2006, 29 décembre 2007, 4 avril 2009 et 16 mars 2011, sont les enfants de M. G et de Mme F. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne remet pas en cause le caractère probant de ces documents. Par suite, les demandeurs, enfants biologiques des réunifiants et tous âgés de moins de dix-neuf ans lors du dépôt de leurs demandes de visas, étaient éligibles à la délivrance de visas de long séjour au titre de la réunification familiale. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur de droit.

En ce qui concerne Emmanuel Tshala Mbiya :

8. Il ressort des pièces du dossier que, s'agissant d'Emmanuel Tshala Mbiya, la décision litigieuse doit être regardée comme étant fondée sur le motif tiré de ce que le lien familial allégué du demandeur de visa avec les bénéficiaires de la protection internationale ne correspond pas à l'un des cas lui permettant d'obtenir un visa au titre de la réunification familiale.

9. L'identité ainsi que le lien de filiation du demandeur avec M. G et Mme F sont également établis par le jugement n° RC 6314 rendu le 13 août 2021 par le tribunal pour enfants de D / C, non critiqué par le ministre de l'intérieur et des outre-mer. Dans ces conditions, les requérants sont également fondés à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation s'agissant d'Emmanuel Tshala Mbiya.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que des visas de long séjour soient délivrés à Dondi Tshanda Tshimanga, à Agnès Kambala Tshimanga, à Eldredge Mbiya Manda, à Eljhinis Nyashi Mbiya ainsi qu'à Emmanuel Tshala Mbiya. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer aux intéressés les visas sollicités, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

12. M. G a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Vérité, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 16 juillet 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Dondi Tshanda Tshimanga, à Agnès Kambala Tshimanga, à Eldredge Mbiya Manda, à Eljhinis Nyashi Mbiya et à Emmanuel Tshala Mbiya les visas de long séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Vérité la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B G, à Mme A F, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Vérité.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2024.

Le rapporteur,

P. TEMPLIER

La présidente,

M. LE BARBIER

La greffière,

S. JEGO

La E mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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