mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2311299 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | ROULLEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er août 2023, Mme B A, représentée par Me Roulleau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Elle soutient que :
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 ainsi que celles du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste d'appréciation ; il présente en effet des troubles psychologiques majeurs et suit un traitement médicamenteux important pour lutter contre sa maladie ; il ne pourra bénéficier d'un traitement approprié au Nigéria ni voyager sans risque vers ce pays ;
- en prononçant une mesure d'éloignement à son encontre alors que sa demande d'asile est toujours pendante devant la Cour nationale du droit d'asile, le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 541-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation ; la Cour a en effet renvoyé, le 7 juillet 2023, son dossier devant une formation collégiale ;
- en prononçant son éloignement, le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; son époux réside avec elle et est également demandeur d'asile ; il séjourne dès lors régulièrement sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 13 novembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante nigériane née le 19 novembre 1980, déclare être entrée en France le 20 décembre 2021 avec son époux. Ils ont chacun déposé une demande d'asile, le 29 décembre 2021, à la préfecture de Maine-et-Loire. Ces demandes ont été rejetées par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 mars 2023. Parallèlement au dépôt de sa demande d'asile, Mme A a présenté, le 8 décembre 2022, une demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en invoquant des raisons de santé. Consulté sur cette demande, le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a émis, le 5 avril 2023, un avis selon lequel si l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Faisant sien cet avis, le préfet de Maine-et-Loire a, par un arrêté du 5 juillet 2023, rejeté la demande de titre de séjour, fait obligation à Mme A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".
3. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
4. Comme il a été dit, le collège des médecins de l'OFII a, dans son avis du 5 avril 2023, estimé que si l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine.
5. Mme A fait valoir qu'elle souffre de troubles psychologiques majeurs associés à un stress post traumatique et d'une dépression chronique en lien direct avec son vécu au Nigéria, qu'elle est suivie depuis plus d'un an au centre médicopsychologique de Cholet et justifie prendre un traitement médicamenteux important pour lutter contre la maladie. Elle soutient que son état de santé nécessite une prise en charge médicale spécifique en France dont le défaut entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et ce, sans qu'elle puisse bénéficier d'un traitement effectif au Nigéria. Toutefois, si la requérante justifie avoir été reçue 28 fois, entre le 22 avril 2022 et le 12 juillet 2023, au centre médicopsychologique pour des entretiens infirmiers et médicaux et produit une ordonnance, contemporaine de la décision attaquée, lui prescrivant la prise quotidienne des médicaments Moclamine, Zopiclone, Cyamemazine, Alprazolam et Nozinan, elle ne fournit aucun certificat médical décrivant la gravité et l'évolution de ses troubles de santé ainsi que les risques qu'un arrêt de sa prise en charge pourrait entrainer. Aussi, les pièces versées au dossier ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation du préfet, fondée sur l'avis du collège de médecins de l'OFII. Par suite, alors même que l'ensemble des médicaments prescrits à l'intéressée ne seraient pas effectivement disponibles au Nigeria, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et commis une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 542-2 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 () ". Aux termes de l'article L. 531-24 : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / () / 2° Le demandeur a présenté une demande de réexamen qui n'est pas irrecevable ; / () ".
7. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, le recours introduit par Mme A contre la décision du directeur général de l'OFPRA du 31 mars 2023 rejetant sa demande d'asile était pendant devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Dans l'extrait Telemofpra produit par le préfet de Maine-et-Loire, cette demande d'asile est qualifiée de " première demande enregistrée en procédure accélérée ". Ainsi, le préfet n'est pas fondé à soutenir, d'une part, que cette demande d'asile s'analysait comme une demande de réexamen au sens du 2° de l'article L. 531-24 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, que le droit de Mme A de se maintenir sur le territoire français avait pris fin dès le rejet de sa demande par l'OFPRA, en application des dispositions, également précitées, du d) du 1° de l'article L. 542-2 dudit code, lesquelles renvoient au 2° de l'article L. 531-24 de ce code. Par suite, en prononçant une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de Mme A dès le 5 juillet 2023, alors que l'intéressée disposait encore à cette date d'un droit au maintien sur le territoire français jusqu'à ce que la CNDA statue sur son recours, le préfet de Sarthe a méconnu les dispositions, citées ci-dessus, de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 30 janvier 2024, le préfet de Maine-et-Loire a prononcé à l'encontre de Mme A une nouvelle obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Dès lors, l'annulation prononcée par le présent jugement n'implique ni la délivrance d'un titre ni le réexamen de la situation de la requérante. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme au conseil de Mme A, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté attaqué du 5 juillet 2023 du préfet de Maine-et-Loire est annulé en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Julien Roulleau.
Délibéré après l'audience du 13 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
Mme Claire Martel, première conseillère,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
Le président-rapporteur,
L. MARTIN
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. MARTEL
La greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
fm
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026