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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2311306

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2311306

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2311306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - Mme SPECHT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er août 2023, Mme B C A, représentée par Me Sidobre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et l'a astreinte à se présenter trois fois par semaine au commissariat de police de Saumur en vue d'indiquer les diligences dans la préparation de son départ ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) condamner l'Etat aux dépens.

Elle soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- son état de santé fait obstacle à son éloignement ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision l'astreignant à se présenter au commissariat de police pour indiquer ses diligences dans la préparation de son départ :

- l'illégalité de la décision portant OQTF entache d'illégalité la décision l'astreignant à se présenter au commissariat de police pour indiquer ses diligences dans la préparation de son départ.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par une décision du 1er août 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Specht-Chazottes, vice-présidente pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Specht-Chazottes, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Après avoir prononcé à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction en application des dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante tchadienne née le 5 mars 1990, a déclaré être irrégulièrement en France le 30 juillet 2022 et a sollicité le 28 septembre 2022 la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande a été rejetée par une décision du 24 novembre 2022 du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) confirmée par un arrêt du 12 juin 2023 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 22 juin 2023, préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et l'a astreinte à se présenter trois fois par semaine au commissariat de police de Saumur en vue d'indiquer les diligences dans la préparation de son départ. Par sa requête, Mme A, demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ".

3. Mme A, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, dont le droit de se maintenir sur le territoire français en qualité de demandeuse d'asile a ainsi pris fin conformément aux prévisions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui n'est pas titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° de l'article L. 611-1 de ce code, se trouve dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le préfet peut obliger l'étranger à quitter le territoire français.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci vise les textes dont il est fait application et énonce avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de fait, en particulier la situation de l'intéressée, et les circonstances de droit qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient Mme A, il ressort de la motivation de la décision attaquée que le préfet de Maine-et-Loire a procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de la requérante avant de décider de lui faire obligation de quitter le territoire français.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. " Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 611-2 de ce code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : / 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; / 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".

7. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que, dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie qu'elle prévoit des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

8. Si Mme A soutient que son état de santé fait obstacle à son éloignement et invoque à cet égard un traitement contre la migraine, des examens gynécologiques et de sénologie, ainsi que des douleurs abdominales et des palpitations qu'elle estime être des manifestations physiques de traumatismes subis dans son pays, elle n'apporte aucun élément médical, à l'exception d'une ordonnance médicale pour un traitement antimigraineux, permettant d'établir l'existence et la gravité éventuelle des pathologies invoquées. Ainsi, en l'état des pièces du dossier, le préfet a pu, sans commettre d'appréciation estimer que la requérante n'était pas au nombre des étrangers ne pouvant faire l'objet d'une mesure d'éloignement avant la saisine de l'avis du collège de l'OFII.

9. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant pour contester l'obligation de quitter le territoire français, laquelle n'a pas pour objet de renvoyer Mme A sans son pays d'origine.

10. Enfin, compte tenu des motifs exposés aux points précédents, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de Mme A.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle se réfère notamment aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'absence de justification par l'intéressé de l'existence d'une menace personnelle en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée.

12. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient Mme A, il ressort de la motivation de la décision attaquée que le préfet de Maine-et-Loire a procédé à un examen particulier de la situation de la requérante avant de fixer le pays à destination duquel elle est susceptible d'être renvoyée d'office.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de cette convention stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Mme A soutient être exposée à des risques de persécutions et de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Tchad et en particulier à des violences de la part de son père du fait de son refus, à la suite du décès accidentel de son époux, de se remarier au frère de son défunt époux selon la pratique coutumière du lévirat. Elle indique être toujours l'objet de menaces de mort de la part de son père. Si elle produit à cet effet des copies d'écrans d'un téléphone portable comportant des listes d'appels manqués et des messages menaçants, ainsi qu'une convocation datée de mai 2023 destinée à son père pour un entretien dans les locaux de la gendarmerie en relation avec la plainte qu'aurait déposée le second mari de la requérante du fait de sa fuite, dont l'authenticité et le motif ne sont pas établis, ces éléments, ainsi que l'extrait d'un rapport de l'association Amnesty International de 2023 sur la situation des femmes au Tchad, ne sont pas de nature à établir la réalité, l'actualité et le caractère personnel des craintes invoquées, alors au demeurant que sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant le pays de destination.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision l'astreignant à se présenter à la gendarmerie en vue d'indiquer ses diligences dans la préparation de son départ :

15. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". Aux termes de l'article R. 721-6 du même code : " Pour l'application de l'article L. 721-7, l'autorité administrative désigne le service auprès duquel l'étranger effectue les présentations prescrites et fixe leur fréquence qui ne peut excéder trois présentations par semaine. ".

16. En application de ces dispositions, le préfet de Maine-et-Loire a assorti la mesure d'éloignement prise à l'encontre de Mme A d'une obligation de présentation présenter trois fois par semaine au commissariat de police de Saumur en vue d'indiquer les diligences dans la préparation de son départ.

17. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que Mme A invoque à l'encontre de la décision lui faisant obligation de se présenter à la gendarmerie doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte ainsi qu'en tout état de cause la demande de condamnation de l'Etat aux dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A, au préfet de Maine-et-Loire, et à Me Sidobre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

La magistrate désignée,

F. SPECHT- CHAZOTTES

La greffière

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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