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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2311387

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2311387

mercredi 24 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2311387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDESFRANCOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 août 2023, M. A B, représenté Me Desfrançois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce que le préfet a estimé qu'il représentait une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rimeu,

- et les observations de Me Desfrançois, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant nigérian né le 16 février 1976, est entré en France en mai 2014. Il a bénéficié d'un titre de séjour valable du 4 juin 2021 au 3 décembre 2021. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 16 septembre 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui constitue le fondement de la demande de titre de séjour du requérant, expose de manière suffisante les éléments relatifs à la situation de ce dernier pris en compte par le préfet de la Loire-Atlantique pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le refus de titre de séjour attaqué, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivé. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se fondant sur la circonstance que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public. Il a ainsi relevé que le requérant a été condamné, le 3 octobre 2018, par la cour d'appel de Rennes à quatre mois d'emprisonnement pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte de solidarité, et le 14 août 2019, par la cour d'appel de Rennes à six ans d'emprisonnement pour des faits de traite d'être humain commise à l'égard de plusieurs personnes et de proxénétisme aggravé. Dans ces conditions, eu égard à la gravité et au caractère récent des faits commis par M. B, le préfet de la Loire-Atlantique a pu légalement, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre public et, pour cette raison, lui refuser la délivrance du titre de séjour sollicité.

6. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que l'application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature en l'espèce à faire échec aux dispositions de l'article L. 425-9 du même code, qui prévoient la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à l'étranger " dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dernières dispositions ne peut qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. B se prévaut de la durée de son séjour en France, de son intégration professionnelle ainsi que de la présence sur le territoire de sa fille mineure née en 2016 et de sa compagne qui l'héberge à titre gratuit. Toutefois, il n'apporte aucun élément attestant de la présence en France de sa fille alors qu'il ne conteste pas que la mère de l'enfant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire. En outre, si M. B se prévaut de sa relation avec une compatriote depuis le mois de juin 2022, celle-ci apparait comme récente à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, M. B ne peut être regardé comme ayant noué en France des liens particulièrement anciens, stables et intenses. Par ailleurs, si M. B justifie avoir bénéficié d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu avec la société Elior Services en tant qu'agent de service et produit à ce titre deux bulletins de salaire pour les mois de juin et juillet 2022, ces circonstances ne suffisent pas à établir une insertion professionnelle particulière sur le territoire. Enfin, au surplus, ainsi qu'il a été au point 5, la présence en France de M. B représente une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En sixième et dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. La décision de refus de délivrance de titre de séjour n'a ni pour objet ni pour effet de séparer l'intéressé de sa fille née en 2016. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. B a subi un accident cardio-vasculaire en mai 2021 et qu'il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire en raison de son état de santé jusqu'au 3 décembre 2021. Toutefois, par un avis du 11 mai 2022, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Si M. B, qui suit dorénavant un traitement médical composé de Tahor, de Karderig, d'Amlor, de Temerit, d'Aldactone et de Tareg, soutient que la liste des médicaments essentiels au Nigéria ne fait état d'aucun substitut pour le bêtabloquant et l'inhibiteur calcique, il ressort des éléments produits en défense, notamment de liste des médicaments enregistrés dans le pays par l'administration nigériane que des substituts existent pour l'ensemble des médicaments du traitement de M. B, notamment le Temerit et l'Amlor. Par ailleurs, la seule circonstance que M. B soit reconnu travailleur handicapé ne suffit pas à établir qu'il ne pourrait pas avoir accès au système de soins et aux médicaments nécessaires au Nigéria. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 8, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B participerait à l'entretien et à l'éducation de sa fille. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 5, il s'est rendu coupable de faits de violence sur partenaire ainsi que de traite des êtres humains. Par suite,

M. B n'est pas fondé à soutenir que son éloignement du territoire français porterait atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille.

16. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 8 et 13, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué, qui vise les textes applicables et rappelle que l'OFII a estimé qu'il pouvait voyager vers le Nigéria et qu'aucun élément du dossier ne justifiait des risques de persécution ou mauvais traitement en cas de retour dans son pays d'origine, que la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée.

18. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

19. Ainsi qu'il a été dit au point 13, M. B n'établit pas que, contrairement à l'avis de l'OFII du 11 mai 2022, il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ne ressort des pièces ni que, contrairement à cet avis du

11 mai 2022, il ne pourrait pas voyager vers le Nigéria, ni qu'il y risquerait des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de celles à fin d'injonction sous astreinte et de celles présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Desfrançois.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.

La présidente-rapporteuse,

S. RIMEU

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

X. JEGARD

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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