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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2311411

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2311411

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2311411
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 juillet 2023 et 16 février 2024, M. B A, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation temporaire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- il n'est pas établi qu'il ait été signé par une autorité habilitée ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article L. 611-1, 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant son édiction ;

- la décision contestée méconnaît l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision l'interdisant de retour sur le territoire français :

- l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de renvoi et du délai de départ, la prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cantié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 20 novembre 2003, est entré en France le 2 novembre 2021, sous couvert d'un visa de court séjour. Par un arrêté du 19 juillet 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il pourra être reconduit et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Bruno Forest, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 22 février 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Maine-et-Loire lui a donné délégation à l'effet de signer, " les décisions d'éloignement des étrangers (obligations de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai de départ volontaire, décisions fixant le pays de renvoi, d'interdiction de retour () ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué fait mention des motifs utiles de droit et de fait qui constituent le fondement des mesures qu'il comporte. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'une ou l'autre des décisions prises à son encontre est insuffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire et sans charge de famille, résidait en France depuis moins de deux ans à la date de l'arrêté attaqué. Alors que le requérant n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, la présence en France de M. A, qui est l'auteur de faits de tentative de viol, constitue une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, les décisions contestées n'ont pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public poursuivis par l'autorité administrative. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été mis en cause dans le cadre d'une procédure enregistrée au parquet d'Angers pour tentative de viol. Bien que cette mise en cause ait fait l'objet d'un classement sans suite pour irresponsabilité de l'auteur des faits le 25 novembre 2022, la déclaration d'irresponsabilité pénale a pour seul effet de reconnaître que la responsabilité pénale de l'auteur ne peut pas être engagée, sans interdire au préfet, saisi d'une demande de titre de séjour, de tenir compte dans son appréciation du comportement général du demandeur et des faits en cause, au regard de l'atteinte à l'ordre public résultant de ses agissements. De plus, il ressort du procès-verbal du 19 juillet 2023 que le requérant a de nouveau été mis en cause pour des faits de tentative de viol, alors même qu'il était hospitalisé dans un établissement de soins psychiatriques. Aux vues de la réitération de ces comportements et de leur gravité, le préfet n'a pas méconnu le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les autres moyens invoqués par le requérant :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A a été informé de l'intention du préfet de Maine-et-Loire de prendre à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français, lors de son audition menée par les services de gendarmerie nationale au cours de sa garde à vue le 19 juillet 2023. Toutefois, il ressort du procès-verbal de cette audition qu'assisté d'un avocat, il a été interrogé sur la durée de son séjour en France, sur la présence éventuelle de sa famille sur le territoire et qu'il a été invité explicitement à formuler toutes observations orales utiles sur sa situation. En outre, le requérant ne soutient pas qu'il aurait été privé de la possibilité de transmettre au préfet des informations susceptibles de faire obstacle à l'édiction de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 9°L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A est hospitalisé depuis novembre 2022 au centre de santé mentale d'Angers où il bénéficie de soins psychiatriques. Toutefois, le requérant n'établit que l'arrêt de ces soins entraînerait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 6, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne les autres décisions contestées :

11. Eu égard à ce qu'il a été dit précédemment, le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Kaddouri et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

M. CANTIEL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

M. BARES

La greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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