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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2311524

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2311524

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2311524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 4 août 2023 sous le numéro 2311523, M. H, représenté par Me Philippon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 23 janvier 2023 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré et lui a notifié une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 publiée conformément aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle a été retirée suite à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour le 4 juillet 2023 ;

- elle est illégale en ce qu'il entre dans les conditions d'attribution de plein droit d'un titre de séjour et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination et de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête de M. F est irrecevable en raison de sa tardiveté ; l'arrêté contesté a été présenté à l'adresse de l'intéressé le 24 janvier 2023 et est revenu auprès de ses service le 26 janvier 2023 avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse " ;

- il n'y a pas lieu de statuer les conclusions de la requête de M. F tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français dès lors que la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour a abrogé la mesure d'éloignement et la décision fixant le pays d'éloignement ;

- les autres moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle 5 mars 2024.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions de M. F dirigées contre les décisions du 23 janvier 2023 portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire français sont irrecevables, ces décisions ayant été abrogées, antérieurement à l'enregistrement de la requête, par la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour le 12 juillet 2023.

II. Par une requête, enregistrée le 4 août 2023 sous le numéro 2311524, Mme E G, représentée par Me Philippon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 23 janvier 2023 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) à titre subsidiaire, d'abroger les décisions du 23 janvier 2023 portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 publiée conformément aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est illégale en ce qu'elle entre dans les conditions d'attribution de plein droit d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la décision concernant son époux ayant été abrogée, les membres de la famille seront séparés ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination et fixant le délai de départ volontaire :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête de Mme G est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les autres moyens soulevés par Mme G ne sont pas fondés.

Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 5 mars 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F et Mme E G, ressortissants géorgiens nés respectivement en mai 1979 et en décembre 1984, déclarent être entrés en France le 27 mars 2017. Leurs demandes de reconnaissance de la qualité de réfugié ont été rejetées par une décision du 14 novembre 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Leurs recours contre les décisions de l'OFPRA ont été rejetés par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 12 septembre 2018. Leurs demandes de réexamen ont également été rejetées par deux décisions des 9 et 27 novembre 2018. Par la suite, ils ont tous deux fait l'objet de décisions du préfet de la Loire-Atlantique du 14 novembre 2018 portant obligation de quitter le territoire. M. F a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par une décision du 9 octobre 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection contre l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée le 14 novembre 2018. Par un jugement du 4 juillet 2023 n° 1913796, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision du 9 octobre 2019 et a enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer la situation de M. F dans un délai de deux mois. Entretemps, M. F et Mme G avaient sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance de titres de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Leurs demandes ont été rejetées par deux arrêtés du 23 janvier 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office lorsque le délai sera expiré et notifiant à M. F une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. F et Mme G demandent au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions du 23 janvier 2023.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2311523 et 2311524 concernent les membres d'un même couple, portent sur des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions de M. F tendant à l'annulation des décisions du 23 janvier 2023 portant à son égard obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire français :

3. Il ressort des pièces du dossier que le 12 juillet 2023, le préfet de la Loire-Atlantique a délivré à M. F une autorisation provisoire de séjour, pendant le réexamen de sa situation ordonnée par le jugement du tribunal administratif de Nantes du 4 juillet 2023. Cette autorisation a implicitement mais nécessairement emporté abrogation de la mesure d'éloignement, de la décision fixant le délai de départ volontaire, de la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressé était susceptible d'être reconduit d'office et de celle lui notifiant une interdiction de retour sur le territoire français d'une année. Cette décision est antérieure à l'introduction de la requête, laquelle évoque dans ses développements la délivrance de cette autorisation provisoire de séjour. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant à l'égard de M. F obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français, décisions qui avaient disparu avant l'enregistrement de la requête, sont irrecevables.

Sur le surplus des conclusions des requêtes :

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :

4. Les arrêtés du 23 janvier 2023 ont été signés pour le préfet, compétent en application des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et par délégation par Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration. Par un arrêté du 5 septembre 2022, publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a accordé à la directrice des migrations et de l'intégration délégation à l'effet de signer dans le cadre des attributions relevant de sa direction " - tous arrêtés et décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception des arrêtés réglementaires et des circulaires au maires ", et plus particulièrement au titre du bureau du séjour, " - les décisions portant refus de titre de séjour () assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire, d'une décision fixant le pays de renvoi, d'une décision portant sur le délai de retour volontaire ", et au titre du bureau du contentieux et de l'éloignement, " - les décisions portant obligation de quitter le territoire assorties ou non d'une décision portant sur le délai de retour volontaire avec ou sans mesure de surveillance ; () / - les décisions fixant le pays de renvoi () ". Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés attaqués manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour à l'égard de M. F et de Mme G :

5. En premier lieu, il ne ressort pas ni de la motivation des arrêtés attaqués ni des autres pièces des dossiers que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. F et Mme G. Par ailleurs, la circonstance que le préfet n'a pas pris en compte les pièces complémentaires envoyées le 16 juin 2023 alors que les décisions attaquées auraient été portées à la connaissance des requérants le 10 juillet 2023 ne saurait relever à elle seule d'un tel défaut d'examen. Dès lors le moyen tiré du défaut d'examen de la situation des requérants doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. M. F et Mme G déclarent être entrés en France le 27 mars 2017 respectivement à l'âge de 38 ans et 33 ans, accompagnés de leurs enfants A, âgée de 12 ans et Giorgi, âgé d'environ six mois. Les requérants sont mariés. Ils n'ont pas exécuté les précédentes mesures d'éloignement prises à leur égard le 14 novembre 2018 par le préfet de la Loire-Atlantique suite au rejet définitif de leurs demandes d'asile. Si, le 5 avril 2018, Mme G a donné naissance au troisième enfant du couple et s'il ressort des attestations de scolarité produites que les trois enfants du couple sont scolarisés, les deux membres du couple, à la date du refus de séjour contesté, sont en situation irrégulière et font l'objet de mesures d'éloignement. En outre, ils ne démontrent pas non plus avoir rompu tout lien avec leur pays d'origine dans lequel ils ont vécu la majorité de leur vie. Enfin, les requérants n'apportent pas davantage d'éléments de nature à établir que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstruire en Géorgie ou que la scolarité de leurs enfants ne pourrait se poursuivre dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, l'implication de Mme G au sein de l'association du " Secours Populaire " depuis septembre 2021 et au sein de l'association " Emmaüs " depuis le 20 avril 2021 et le fait que M. F et Mme G suivent régulièrement des cours de français ne suffisent pas à établir que les intéressés justifient d'une insertion particulière dans la société française, alors en outre que M. F a fait l'objet de condamnations pénales, à quatre mois et six mois d'emprisonnement avec sursis, pour des faits de violences sur mineur, usage illicite de stupéfiants et des faits de violences sur conjoint. Dans ces conditions, M. F et Mme G ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique, en refusant de leur délivrer les titres de séjour sollicités, aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 ni qu'il aurait entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

9. Il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur ", répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Il résulte, en outre, de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

10. Ainsi qu'il a été dit au point 7 du jugement, M. F et Mme G déclarent résider en France depuis mars 2017. Il ressort de ce qui a été exposé au même point du présent jugement que les requérants, mariés et parents de trois enfants de nationalité géorgienne, n'établissent pas avoir développé des relations personnelles et familiales d'une particulière intensité, stabilité et ancienneté en France. Ils ne justifient d'aucune activité salariée depuis leur arrivée sur le territoire, la promesse d'embauche produite étant postérieure aux refus de séjour contestés. Ainsi, la situation de M. F et Mme G ne se caractérise pas, dans les circonstances de l'espèce, par des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires de nature à justifier une admission au séjour des intéressés sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

11. En quatrième lieu, M. F et Mme G ne peuvent utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, résultant de la circulaire du 28 novembre 2012, qui sont dépourvues de tout caractère impératif et ne constituent pas des lignes directrices.

12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 10 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de ses décisions sur la situation de M. F et de Mme G.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'égard de Mme G :

13. En premier lieu, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré, par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

14. En deuxième lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 du jugement que Mme G ne remplit pas les conditions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français au motif que Mme G remplirait les conditions d'attribution de plein droit d'un titre de séjour doit donc être écarté.

15. En troisième lieu, selon les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du jugement, la seule circonstance, au demeurant postérieure à l'obligation de quitter le territoire français contestée, que l'époux de Mme G s'est vu délivrer en juillet 2023 une autorisation provisoire de séjour le temps de l'examen de sa demande de titre de séjour en raison de son état de santé n'impliquant pas à elle seule un droit pérenne au séjour de ce dernier.

17. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

18. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, la circonstance que M. F et son épouse ne sont pas dans la même situation de séjour sur le territoire n'implique pas, par elle-même, que la cellule familiale ne puisse pas se reconstituer en Géorgie, dès lors qu'il n'est nullement établi ni même allégué que les intéressés ne pourraient y être légalement admissibles ou qu'ils y encouraient des risques, l'autorisation provisoire de séjour délivrée à M. F lui ayant au demeurant été délivrée postérieurement à la décision contestée. En outre, il n'est fait état d'aucun obstacle à la scolarisation de leurs trois enfants par les arrêtés contestés. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination et le délai de départ volontaire à l'égard de Mme G :

19. L'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'intéressée n'est pas fondée à invoquer l'illégalité de ces décisions pour demander l'annulation, par voie de conséquence, des décisions fixant le pays de destination et le délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les conclusions de Mme G tendant à l'abrogation des décisions du 23 janvier 2023 portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :

20. Il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir d'abroger des décisions individuelles portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays d'éloignement décisions dont il lui appartient d'apprécier la légalité à la date à laquelle elles ont été prises. Il est loisible en revanche à l'étranger de saisir l'autorité compétente d'une demande tendant à l'abrogation de telles décisions ainsi qu'à un nouvel examen de sa situation de séjour, notamment pour se prévaloir de circonstances postérieures à cette date. Il en résulte qu'il ne peut être fait droit aux conclusions subsidiaires de Mme G tendant à l'abrogation des décisions du 23 janvier 2023 portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays d'éloignement.

21. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Loire-Atlantique en défense, que les requêtes de M. F et Mme G doivent être rejetées, en toutes leurs conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. F et Mme G sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Mme E G, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Philippon.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien

R. HANNOYER

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2311523, 2311524

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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