mercredi 21 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2311531 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 1ère chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête enregistrée le 4 août 2023 sous le numéro 2311531, M. A B, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2023 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente et que le préfet était empêché pour signer cet acte ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
II- Par une requête enregistrée le 4 août 2023 sous le numéro 2311533, Mme C B, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2023 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Elle soulève les mêmes moyens que dans la requête n° 2311531.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par les requérants ne sont fondés.
M. et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2024.
Vu les pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Specht-Chazottes, première vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés aux articles L. 572-6, L. 614-9 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Specht-Chazottes, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application des dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2311531 et 2311533 concernent la situation d'un couple de ressortissants étrangers, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
2. M. B, ressortissant bangladais né le 2 juillet 1979, et Mme B, ressortissante sud-africaine née le 3 janvier 1994, sont entrés irrégulièrement en France le 21 mars 2022 et ont sollicité l'asile le 19 avril suivant. Leur demande respective de reconnaissance de la qualité de réfugié ont été rejetées par des décisions du 15 juillet 2022 du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmées par des arrêts de la Cour nationale du droit d'asile du 5 juin 2023. Par deux arrêtés du 26 juillet 2023, le préfet de la Vendée leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai. Par deux requêtes n° 2311531 et 2311533, les intéressés demandent au tribunal, chacun en ce qui le concerne, d'annuler ces arrêtés.
Sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 9 janvier 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), M. et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à leur admission provisoire au bénéfice de cette aide sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Anne Tagand, secrétaire générale de la préfecture de Vendée. Par arrêté du 23 mars 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, le préfet de la Vendée lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi des étrangers en situation irrégulière. Par ailleurs, il n'est ni établi ni même allégué que le préfet n'aurait pas été absent ou empêché. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué manque en fait.
En ce qui concerne la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Les requérants font valoir qu'ils résident en France depuis un an et demi avec leurs cinq enfants, dont quatre sont scolarisés, le dernier étant né sur le territoire. Toutefois, leur présence sur le territoire national est récente et n'est due qu'à l'instruction de leurs demandes d'asile qui ont été définitivement rejetées le 5 juin 2023 et les requérants ne justifient pas d'attaches personnelles, en particulier familiales, anciennes, intenses et stables en France. Ainsi, alors que les décisions attaquées ne font pas obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France des requérants, le préfet de la Vendée, en leur faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décision attaquées ont été prises.
6. En troisième lieu, aux termes des stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
7. La circonstance que les enfants en âge scolaire des requérants sont scolarisés en France, à l'école primaire et à l'école maternelle, et que le dernier d'entre eux est né sur le territoire, ne suffit pas à établir que leur intérêt supérieur a été méconnu. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que leurs enfants subissaient des discriminations en Afrique du Sud en raison des origines bangladaises de leur père, ils ne l'établissement pas. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions portant obligation de quitter le territoire français faites aux requérants, qui ne sont pas de nature à séparer les enfants de leurs parents, méconnaissent l'intérêt supérieur de leurs enfants.
8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de cette convention stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. B, ressortissant bangladais, a indiqué avoir quitté son pays en 2004 du fait d'un litige foncier avec son cousin et a rejoint l'Afrique du Sud, où il a épousé en 2010 Mme C B, ressortissante de ce pays. Le couple et leurs quatre enfants ont quitté ce pays en mars 2022 à la suite du meurtre du beau-frère de Mme B et en raison des discriminations subies liées aux origines bangladaises de Monsieur. Cependant, alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées en dernier lieu par la CNDA, qui a jugé que les faits allégués et les craintes énoncées n'étaient pas établis, tant à l'égard des menaces invoquées en Afrique du Sud qu'au Bangladesh les requérants n'apportent aucun élément permettant d'établir la réalité d'une menace actuelle et personnelle pour leur vie ou leur sécurité en cas de retour en Afrique du Sud ou au Bangladesh. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. et de Mme B doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. et Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les requêtes n°2311531 et 2311533 présentées par M. et Mme B sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C B, au préfet de la Vendée et à Me Rodrigues Devesas.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.
La magistrate désignée,
F. SPECHT-CHAZOTTES La greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2 et 2311533
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026